Deux écueils pour la presse congolaise : l’environnement économique et l’accès aux sources d’information (PAR LE PRESIDENT DE L’OMEC, POLYDOR MUBOYAYI MUBANGA)

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 Il y a un an et demi, l’Observatoire des Médias Congolais et l’Union Nationale de la Presse du Congo annonçaient, dans un communiqué conjoint, l’organisation du Prix annuel de la liberté de la presse Lucien Tshimpumpu.  Cette décision faisait suite à un triste constat : la liberté de la presse était toujours malmenée avec  l’amplification des actes de violence  contre les hommes et les femmes des médias aussi bien à Kinshasa qu’en provinces. Un média audiovisuel a été plastiqué et de nombreux journalistes bastonnés lors des manifestations publiques, en plus de la confiscation de leurs matériels de travail. Plus grave, on a déploré  l’invasion des lieux de travail par des hommes armés en violation de la Résolution 1738 du Conseil de Sécurité des Nations Unies  du 26 décembre 2006 ainsi que de la Résolution 29 de la 29me session de la Conférence générale de l’Unesco condamnant les violences contre les journalistes.

En instituant le Prix national de la liberté de la presse Lucien Tshimpumpu, l’OMEC et l’UNPC poursuivent cinq objectifs :
1. Contribuer à la promotion de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo
2. Susciter un esprit d’émulation au sein de la corporation
3. Assurer la promotion du journalisme d’investigation
4. Encourager les journalistes à plus d’excellence
5. Pousser les pouvoirs publics à avoir une meilleure perception des risques qu’encourent les professionnels des médias dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’Information.
Pour l’Observatoire des Médias Congolais, la réalisation de ces objectifs induit  l’amélioration progressive de l’image de la presse nationale du point de vue qualitatif et  favorise aussi une couverture apaisée des périodes électorales.


 Nous savons tous le prix que les médias et ceux qui pratiquent le métier d’informer ont payé au cours de la dernière période électorale. Nous connaissons les excès qui nous ont frappés mais aussi les fautes que nous devons nous reprocher. Mais quelles que soient les appréciations des uns et des autres au sujet des événements qui se sont déroulés pendant cette période, il incombe aux journalistes que nous sommes un seul devoir, celui de rester fidèles à l’Acte d’engagement du Journaliste Congolais auquel chacun de nous a librement souscrit. Cet Acte, il est utile d’en rappeler quelques prescrits, impose à tout journaliste :
-de servir l’intérêt général et de fournir à l’opinion une information exacte, libre, honnête et complète ;
– de ne rien avancer sans être en mesure d’en apporter la preuve, de bannir le mensonge, l’altération des documents et la déformation des faits ;
-de prendre l’entière responsabilité de tous ses écrits, même anonymes ;
-de s’abstenir de toute incitation à la haine ainsi que l’apologie de toute valeur négative ; etc

Excellence Monsieur le Ministre de la Communication et des Médias, Relations avec le Parlement et Initiation à la Nouvelle Citoyenneté,
Les obligations que l’Acte d’engagement du Journaliste impose aux journalistes congolais nous poussent à nous tourner vers vous pour souligner que leur réalisation passe aussi par deux préalables :
1. L’amélioration de l’environnement économique des médias
2. et le libre accès des journalistes aux sources d’information.
 Dans son mot de circonstance prononcé au début de cette cérémonie, le Secrétaire Général de l’Union Nationale de la Presse Congolaise nous a rappelé l’historique de la Journée Nationale de la Presse. Permettez-nous de prolonger sa réflexion en rappelant que c’est depuis le Congrès de N’Sele, en juillet 1980, que les dispositions concernant l’amélioration de l’environnement économique des médias ont été arrêtées. Promulguées le 2 avril 1981, elles n’ont connu à ce jour aucun début d’exécution. Nous saisissons l’occasion que nous offre cette cérémonie pour vous prier d’être notre interprête auprès de vos collègues ministres en vue d’obtenir les arrêtés d’exécution de la loi en ce qui concerne le régime des facilités en faveur de la presse nationale. Il y a urgence et il y a surtout péril en la demeure, d’autant plus que plusieurs médias audiovisuels  mettent déjà la clé sous la porte, liquidés par l’excès des taxes qui marquent actuellement notre environnement économique.


 Nous saisissons également cette occasion pour poser l’épineuse question de l’accès aux sources, surtout officielles.  En cette période cruciale où le pays fait face à une nouvelle agression, et où les agresseurs communiquent abondamment, il n’est pas normal que les journalistes congolais n’aient pas accès à l’information auprès des officiels congolais. La guerre qui se déroule à l’Est n’est pas que militaire. Elle est aussi communicationnelle et il serait dangereux de perdre cette dernière à la suite de l’impossibilité dans laquelle les journalistes se trouvent d’accéder aux sources officielles et de croiser celles-ci en vue de disposer d’une information fiable destinée au public conformément aux prescrits de l’article 24 de la constitution.
 Tout en présentant nos sincères félicitations aux heureux lauréats, nous ne pouvons terminer ce mot de circonstance sans remercier le Programme Interbailleurs Médias pour la Démocratie et la Transparence  en République Démocratique du Congo dont l’appui financier nous a permis d’organiser ce Prix.
Je vous remercie.

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