Deux crapauds dans une marre célèbrent 50 ans de mensonges

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(Par Thierry Nlandu,  Professeur à la Faculté des Lettres, Université de Kinshasa, Consultant en Développement Organisationnel)

Si demain, il y avait « érections » », pardon « élections » ; c’est l’objet d’un débat surprenant entre deux crapauds, l’un mâle et l’autre femelle, couchés dos sur l’écorce d’une eau aux couleurs troubles d’une nation en déperdition, dans une de ces nombreuses marres que les eaux de pluie construisent avec une architecture dont seuls les trous de nos routes, champs et chants entiers gardent le secret.

Deux crapauds, dans une marre et qui en avaient mare jouaient au «nzango » en prenant un bain de soleil dont l’énergie transpiraient à travers leurs fébriles pattes moins attrayantes que celles des grenouilles, mais que la boue éthique n’arrivaient pas à atteindre !

« Les leaders des crapauds au pouvoir ont, semble-t-il, d’eux-mêmes, par souci du bien-être de tous les crapauds, mais étrangement avec l’insistance de la communauté internationale des crapauds, décidé d’organiser les élections en 2011 ».

« J’ai admiré les efforts du « Crapaud haut-parleur » chargé de la Communication, transformé à chaque apparition à la télé, en Sinistre Ministre, chargé de la désinformation et de la manipulation des informations ». 

D’un visage sans expression dont les rides de nombreux mensonges publics sont cachés par des mains maquilleuses expertes que seule la Radio Télévision Nationale recrute, le Crapaud Sinistre balaie d’un revers ce que la haute hiérarchie du haut de sa colline mal inspirée qualifie d’ingérence de certains caciques membres de la communauté internationale qui ne s’aperçoivent pas que le Congo post conflit est plus souverain qu’il ne l’était hier sous un Maréchal qui régnait dans un marécage? 

Il n’y va pas de mains mortes. Les mensonges d’aujourd’hui se joignent à ceux d’hier pour célébrer nos cinquante ans de mensonges : 

« La capacité de nuisance des rebelles de la LRA en Province Orientale a été réduite à néant », juste le temps d’apprendre que ces derniers viennent de faire un massacre de 321 personnes dans cette contrée ; mais c’est le moment choisi aussi par le sinistre Ministre pour délocaliser le débat sur le nombre de victimes et ne retenir qu’une vingtaine au grand mépris des populations de cette partie du pays dont même les élus ont été rendus aphones par l’audacieux cynisme de la voix et de la prestance du porte parole de ce gouvernement qui a, semble-t-il, pour autre charge de protéger ses concitoyens! 

« Les Enyeles , c’est juste une bande de paysans qui se battent pour des étangs ».

« Mais ils ne se battent pas avec des filets de pêche ni encore moins avec des hameçons ! »

« Oui ; c’est ce que disent les ennemis de notre peuple, jaloux de la paix restaurée sous la houlette du Président de la République et de son Gouvernement dont je suis le porte parole ( libanga oblige) ! ».

« Mais ils viennent de prendre l’aéroport de Mbandaka ! Ils sont loin des étangs ! A moins que l’aéroport ne soit cet étang dont les « maboongo » seraient les avions »

« Non, trêve d’ironie ! Les Enyeles ont été vite neutralisés par nos vaillantes Forces de l’ordre. D’ailleurs nos services de sécurité étaient au courant. Comment expliquez-vous la présence du Gouverneur à Kinshasa ?»

« Les Enyeles, nous le savons tous, n’opèrent pas de manière classique. Ils utilisent des techniques de guérilla ».

« Mais, alors, personnes ne les a chassés de l’aéroport. Ils sont partis d’eux-mêmes. Certainement après avoir pris ce qu’ils étaient venus chercher ! »

« Je vous ai dit qu’ils ont été chassés par nos vaillants soldats. Si vous avez une autre version vous en porterez seul la responsabilité » 

Le Sinistre Ministre est sinistré. Son visage tourne au pâle. Le maquillage a besoin de retouches pour voiler les rides ravins, érosions, conséquences des nombreux et réguliers mensonges érigés en « malewa » quotidien, typhoïde et amibes assurés pour le salut des concitoyens et « yennes » va-nu-pieds vivant à la périphérie du savoir, de l’avoir et du pouvoir. 

Sa voix a besoin d’eau ; mais malheureusement, le Gouverneur de la ville vient d’interdire l’eau en sachet. Son regard a quitté l’objectif de la caméra pour interpeller ces journalistes non initiés à la théâtralisation de l’information publique. Par leurs questions, ces néophytes, fils et filles du théâtre populaire de l’improvisation lèvent le voile d’une mise en scène chaque jour plus maladroite parce qu’à cours d’imagination mensongère. 

Le Sinistre Ministre ne sait à quel mensonge se vouer. Pourquoi pas : la question de la MONUC ! Quelle aubaine ! De quoi distraire les Congolais et me donner encore quelques minutes de prestation à la Télé Nationale : 

« La MONUC doit partir » ;

« Non, elle doit se redéployer à l’Est ; l’Ouest étant plus calme ! »

« Nous ne voyons pas quel a  été l’apport de la MONUC » 

Les gesticulations se font de plus en plus vives en commençant par les membres inférieurs ou mieux le « lopele » du crapaud qui a de la peine à coller à l’écorce du marécage, pays du Maréchal dont on fut le porte parole quelques mois avant sa chute! Le Sinistre n’est pas sûr de l’information qu’il livre. Il sait qu’il peut être contredit à tout moment. 

« Quoi ? »

« Tu as entendu que la MONUC reste ? »

« Tu portes seul la responsabilité de cette affirmation »

« Mais… »

« Mais quoi ? Moi je sais que la MONUC est partie parce qu’elle a cessé d’exister. Actuellement le Congo est en partenariat avec la MONUSCO qui restera au Congo le temps de la stabilisation de sa permanente déstabilisation » 

« Qui dit mieux ? » 

« Supu na tolo », MONUSCO comme le « cycle court » LOTOKO sont des métaphores drogues qui « enfument » l’esprit lors des mensonges médiatiques, souvent apocalyptiques. La MONUSCO est née pour vivre longtemps, car la stabilisation du Congo,  n’est pas pour demain ! Que les crapauds se le disent en augmentant les décibels de leurs croassements résignés. 

Du bruit, du bruit et encore du bruit. Il faut toujours en produire, car c’est l’une des composantes de la pilule « pansement gastrique » qui adoucit la douleur de ce peuple et lui permet de rêver d’un monde meilleur que d’autres bâtiront pour lui, sans lui et surtout à la sueur de son front dans les 50 ans à venir. Illusion dont la survie est assurée par les fréquents mensonges  aux contours formels sans détours, toujours renouvelés, plus audacieux, plus beaux, plus attrayants, mais toujours monstrueux.    

Ensemble, ils tentent péniblement d’occuper l’espace des mensonges laissés libres par le crapaud Sinistre, souvent en panne d’inspiration. Tous, ils lui offrent une passe en or pour rebondir et nous faire le coup: 

« Des traitres à la nation, à la solde de puissances étrangères obscures »,

« Des oranges pourries qui ont pour mission de saboter le passage des affiches tableau de rêve Cinq Chantiers à la réalité»,

« Des éternels insatisfaits dont la démocratie doit se débarrasser »,

« De Mobutistes en mal de …. »   

Les nombreuses Télés, radios et autres journaux font l’effet multiplicateur de ces mensonges qui doivent garder le peuple abruti jusqu’au prochain mensonge distraction de rêve que sera le monstre défilé du 30 Juin, célébrant avec faste et faim la fête du Cinquantenaire dans la marre, au pays des crapauds.   

Cet évènement « valium » offrira un sommeil réparateur aux crapauds, juste le temps de se refaire avant la grande messe « opium » de la coupe du Monde qui permettra aux producteurs des mensonges étatiques de prendre un temps de répit et d’affûter leurs armes pour plus d’efficacité. 

50 ans de mensonges, tous plus vieux que les anciens, mais qui peuvent vivre et rester vifs dans une mare sans amarres, terre sans repères ni pères. 50 ans de mensonges célébrés en songe sur des éponges suceuses du sang des crapauds de la périphérie de la mare. 50 ans de peines, sans haine, prometteurs d’un Ciel toujours aussi lointain que ce « Point d’Achèvement » PPTE qui nous achève chaque jour un peu plus et à petit feu. 

Les mensonges n’ont pas changé et tournent toujours autour de la « souveraineté de nos tares »,  de « l’indépendance de l’arrogance de nos ignorances collectives », de « la richesse, saison sèche de nos corps et âmes sans pèche », de « l’abondance des chiques dans des orteils rustiques, épileptiques et sans éthiques », « des plaies pansée sans pensée ni pansement », de « la violence sans élégance qui donne naissance à une mort et sème la désolation parmi ceux que l’on aime» hier comme aujourd’hui : 

Floribert Chebeya   

Mort de « leur » plus belle mort

Emporté par ces mensonges au quotidien

Qui se nourrissent du sang des vaillants

Afin de créer l’évènement

Autour duquel ils tisseront les nouveaux mensonges

A la musique connue d’avance : 

• Le Gouvernement condamne cet odieux meurtre et promet de faire « la » ou mieux « sa » lumière sur cet assassinat.

• Une enquête indépendante mais dépendante d’une justice de façade au visage en jade sera menée.

• Cette enquête aboutira à un procès « équitable » dans cette cour  « étable » et table sur laquelle les conclusions de ce genre de procès sont d’avance, gravées en lettre de mort: 

1. « Floribert Chebeya a été assassiné par des hommes en uniforme non autrement identifiés ! », vive la rumba qui déhanche les hanches du mensonge.

2. Ou encore « des Kuluna, victimes consentantes, accepteront de porter la responsabilité du meurtre et seront présentés devant les juges pour une justice sans juges. Ils accepteront d’être condamnés à mort pour calmer nos esprits et surtout épargner la vie des véritables commanditaires et exécuteurs de cet horrible acte », vive la salsa de nos nombreux  mensonges, violences faites à nos sœurs qui portent et donnent la vie !  

50 ans après, les mensonges sont toujours là sans être las sur des matelas en « la » qui refusent de quitter le sol au premier son de la note « sol » d’un solfège, collège de fausses notes émises par des fosses sceptiques, antiques cantiques, aux odeurs d’une corruption qui refuse d’annoncer Sion. 

Triste réalité si pas fatalité d’une terre belle que des êtres fantômes en errance permanente ne veulent pas mériter. En quête de boucs émissaires, le peuple de crapauds se trompe fréquemment d’adversaire, le regard tourné vers un ailleurs, toujours plus responsable de ses malheurs que lui-même.

 

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