Des voix s’élèvent pour réglementer la pratique de la dot en RD Congo

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Le mariage qui est l’union légale entre l’homme et la femme nécessite certains préalables notamment le versement de la dot. Vielle tradition dans la culture bantoue et ailleurs, la dot fait partie des facteurs qui prouvent que le futur époux sera en mesure de prendre soin de sa future épouse surtout sur le plan matériel.  Car, c’est au mari qu’incombe cette responsabilité conformément à l’organisation de la société.

Cette convention entre les deux futures belles familles était strictement symbolique jadis.  Cela permettait à l’homme d’honorer la femme de son choix dans un délai raisonnable et favorisait  également la régulation de la situation matrimoniale  des époux pour vivre sous le même toit.

Autres temps, autres mœurs. Le temps passe les choses changent également. Désormais,  la dot n’a plus sa valeur  symbolique d’autre fois pour la famille qui donne en mariage sa fille. Elle est désormais un moyen de récupérer  le capital investi en elle en terme de nourritures ; soins de santé ; éducation, etc. C’est triste de constater aujourd’hui le montant exorbitant que la belle famille demande à leur futur beau, fils en guise de dot.

Beaucoup des jeunes gens qui souhaitent se marier et même certains responsables déplorent cette manière de faire des potentielles belles familles. Pour contourner cet obstacle, certains amants désireux de vivre ensemble s’arrangent  pour cohabiter suite à une grossesse de la femme, parfois sans l’accord de leurs  familles respectives. C’est la raison principale de la montée  des unions libres en RDC et particulièrement dans la ville de Kinshasa. Le phénomène communément appelé « Yaka tovanda» (Traduction littérale : viens qu’on cohabite)
s’est installé. Il est devenu fréquent de trouver un homme et une femme ayant des enfants sans que leur union soit reconnue par leurs familles, ni par l’Etat, étant donné que l’un entraine l’autre. La crise socio-économique que traverse le pays depuis plusieurs années serait à la base.

Jean, recemment marié, a déclaré qu’il regrette s’être marié très vite car pendant qu’il s’apprêtait à doter celle qui est aujourd’hui sa femme légitime, son père était malade.  Juste quelques mois après son mariage  son père est  décédé, faute de moyens pour  le faire soigner. Il a déclaré que l’argent qu’il a dépensé pour son mariage pouvait servir à soigner son défunt père  même si c’est Dieu qui décide du sort des hommes. Au moins là il aurait la conscience tranquille d’avoir accompli son devoir de fils.

Nadine Pyana, mariée il y a près quatre ans, nous a révélé que lorsqu’elle a eu connaissance de ce que sa famille avait exigé comme biens  et argent  pour sa dot, elle a pris le courage de parler à son père. « J’ai estimé que ma dot était exorbitante par rapport aux revenus de mon futur mari en ce temps-là et j’ai demandé à mon père d’agir pour obtenir la réduction. C’est grâce à mon intervention que mon père a demandé à sa  famille de revoir à la baisse la quantité des biens demandés ainsi que le montant de la dot », a-t-elle-expliqué.

Pour les rares hommes qui réussissent à réunir les moyens pour verser la dot de leurs futures épouses, le constat est loin d’être satisfaisant. Car, juste après la noce, les jeunes mariés se retrouvent généralement dans une situation de crise financière pendant une longue période à cause des dépenses engagées lors des préparatifs du mariage. D’autres se retrouvent dans une situation d’endettement insoutenable, ce qui leur laisse un goût amer du mariage.

L’idéal serait que la voix de la première concernée, c’est-à-dire la femme, soit prise en compte pendant qu’on élabore la liste des biens ou l’argent à recevoir de l’époux. Car, premièrement, c’est  d’elle qu’il s’agit. Deuxièmement, elle connaît bien la situation financière de son futur époux. La femme  devrait se battre pour qu’elle soit impliquée et non qu’elle soit traitée comme un objet ou une marchandise à la merci de son propriétaire.

Même si en RD Congo le Livre III du Code de la famille relatif à la
dot dans son article 62, laisse à la coutume concernée de régler la
question de la dot, des hommes et des femmes doivent militer en faveur
d’une loi pour réglementer la pratique de la dot pour éviter le
désordre observé en cette matière dans le pays.
Dans les villes cosmopolites congolaises, les familles ne recourent
plus forcément à leur coutume, mais à la conjoncture. Le montant
demandé par une famille qui marie sa fille peut aller jusqu’à plus de
10.000$ américains. Rares sont les familles qui actuellement exigent
moins de 1000$ américains.  A côté de cette somme, la famille de la
mariée remet à la famille du marié une liste des biens à recevoir. On
y trouve de paquet des allumettes aux pagnes de luxe pour femmes ou
poste téléviseur ou encore un générateur du courant électrique en
passant par des sacs de sel, sacs de sucre, etc. Il y a même des
familles qui ont osé exiger des moyens de déplacement tel qu’un vélo,
une moto, une voiture ou un bus.
Le problème a pris tellement de l’ampleur qu’il nécessite
l’intervention des pouvoirs publics, bien que timidement, des voix
s’élèvent déjà pour dénoncer la dérive. Et il n’y a que le
renforcement de ces voix qui peut aider à changer les choses. Selon la
ministre honoraire du Genre, actuellement experte en genre, Faïda
Mwangilwa, les réflexions sont en cours et il y a des avancées, car
des propositions ont été faites dans le sens d’améliorer la situation.

Nanou Ngindu Nkete

Cette production est réalisée avec l’appui de l’IRC à travers son
programme Protection et Autonomisation de la Femme (PAF) en
partenariat avec l’UCOFEM.