Des réseaux de contrefacteurs et escrocs devant les Affaires foncières

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Accueil chaleureux, sens élevé de serviabilité et de courtoisie, et forte dose de politesse : tel est le cérémonial de l’activisme débordant dont font montrent de groupes de jeunes gens qui, dans le périmètre des bureaux des  Circonscriptions foncières de Lukunga à Gombe, Funa à Kasa-Vubu, Mont Amba à Limete et Tshangu à Ndjili, continuent à opérer en toute impunité dans la ville de Kinshasa.
Affublés de la fausse qualité d’agents des Affaires foncières, ils proposent aux éventuels demandeurs de lopins de terres et des titres de propriété. Ils disposent dans leurs sacs et mallettes, de véritables bureaux mobiles capables de vous délivrer en moins de quelques heures, les formulaires de demandes de terres, de contrats de location, des extraits cadastraux et même des certificats d’enregistrement et autres titres de propriété. Des faux cachets, des faux procès-verbaux de mesurage et de bornage, même la signature apposée sur tous ces documents transpire le faux. L’industrie du faux.
Et qu’elle tourne à plein régime et fait pas mal de victimes. Cette industrie emploie des réseaux tentaculaires où l’on retrouve de fabricants de faux formulaires, de faux sceaux, des spécialistes de fausses signatures, des commissionnaires et des escrocs vendeurs de terrains. Une organisation structurée et hiérarchisée, fonctionnant avec deux chaînes, celle de la fabrication de faux titres de propriété et celle de la mise en vente de l’illusion. Quelques fois, les réseaux revendent des terrains appartenant à autrui et dont les propriétaires, ont soit voyagé à l’intérieur du pays ou à l’extérieur, soit en difficulté pour la mise en valeur.
Célestin Munya, 48 ans, commerçant, s’est fait rouler un jour du mois de mars 2015, par une bande d’escrocs sans scrupules. Tout a commencé en se rendant aux bureaux de la Circonscription foncière du Mont Amba, à Limete. Avant de traverser le petit boulevard, un jeune garçon l’aborde pour lui proposer ses services. Selon son baratin, il était en mesure d’effectuer toutes ses démarches pendant que lui pouvait attendre majestueusement les documents, assis devant un kiosque, sirotant une boisson gazeuse et grignotant un sandwich garni de charcuterie.
Des minutes s’écoulent, l’inconnu entre et ressort de plusieurs bureaux pour demander quelques frais. Célestin Munya ne se fait pas prier deux fois. Au bout d’une heure et demie, voilà le fameux agent qui lui exhibe enfin le document sollicité. On le prendrait pour un original. Même le coup d’œil d’un détective peu chevronné s’y tromperait.
C’est son cousin, avocat, étonné par le temps éclair mis pour l’obtention des titres de propriété, qui dernièrement, a découvert la supercherie. Le contrat de location était faux sur toute la ligne, même si le sceau et la signature paraissaient authentiques.
Marthe Mbungu, femme commerçante, cherchait un terrain à Kinkole où ériger une galerie marchande. Un commissionnaire l’a entraîné à la circonscription foncière de Tshangu à Ndjili. Devant les bureaux, un accueil chaleureux leur est réservé par deux fonctionnaires qui prétendaient avoir une solution à proposer à la dame. Entretien dans une terrasse, la visite des lieux est fixée un dimanche.
Le jour convenu, les agents de l’Etat promènent la dame à travers certaines rues et finissent par croiser un vieil homme qu’ils ont présenté comme le propriétaire de deux parcelles contigües bordant la route de Bandundu. Membre de la bande, il va prétendre qu’il serait intéressant de causer dans un bar et éviter la curiosité de ses petits-frères et de ses neveux. Conversation très animée, l’homme a d’abord opposé une résistance farouche, avant de céder au baratin de deux agents des Affaires foncières agissant comme des commissionnaires immobiliers. Accord de vente obtenu, un rendez-vous est arrêté pour l’achat d’une parcelle au prix de 50.000 dollars.
Des jours plus tard, après le paiement de la somme et l’établissement de l’acte de vente, une semaine est accordée au vendeur pour apprêter les titres de propriété en vue d’effectuer la mutation. Les choses se gâteront, car toute la bande était devenue introuvable, et injoignable.
Les escrocs venaient de frapper un coup, avant de disparaître après le partage du butin.
D’autres faits enregistrés par des victimes à Kinshasa montrent que dans le domaine foncier, des réseaux de malfaiteurs dépouillent de paisibles citoyens de leurs économies, sous prétexte de leur vendre des lopins de terre, ou de leur délivrer des titres de propriété.
Pour échapper à ce genre d’escroqueries, et avant de s’engager dans de telles démarches, il est désormais recommandé de se confier aux bureaux de l’Etat et auprès des fonctionnaires de différents services. Et non, faire confiance au premier escroc venu.
J.R.T.