Des personnes avec handicap accusent le gouvernement

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Des Congolais vivant avec handicap ont dénoncé mercredi le non respect de leurs droits par le Gouvernement congolais. C’était dans la salle de réunion de la paroisse Saint Augustin à Lemba, à l’issue de la visite par des députés européens d’un échantillon d’activités menées par le Programme Intégré pour les personnes vivant avec handicap (PVH), réalisées par l’Archidiocèse de Kinshasa. Cette rencontre tombait à point nommé, car le monde entier célèbre ce vendredi 03 décembre 2010 la Journée Internationale des personnes avec handicap. En RDC, le sort des personnes avec handicap n’est guère reluisant. La ratification de la Convention de Nations Unies pour les personnes avec handicap n’est pas encore ratifiée et la loi organique protégeant les PVH pas votée.

 

 Pour bien comprendre le débat, il sied d’indiquer d’entrée de jeu que plus de 650 millions de personnes  avec handicap, soit environ 10% de la population mondiale, souffre d’une quelconque incapacité. 82% vivent dans les pays en développement. Or, seuls 2% des enfants avec handicap de ces pays ont accès à l’éducation ou bénéficient de services adaptés à leurs besoins, note le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Les adultes avec handicap souffrent autant.
L’échange de la paroisse Saint Augustin l’a prouvé.
 M. Zacharie a déploré l’absence de prise en charge des personnes souffrant de paralysie de la moelle épinière. « Elles restent clouées à la maison », a-t-il précisé.
M. Aimé Manzenza, Président de l’Association des Aveugles, a regretté l’absence de la loi organique protégeant les PVH, en application de l‘article 49 de la Constitution qui stipule : « La personne du troisième âge et la personne avec handicap ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuels et moraux. L’Etat a le devoir de promouvoir la présence de la personne avec handicap au sein des institutions nationales, provinciales et locales. Une loi organique fixe les modalités d’application de ce droit ». M. Manzenza a rappelé en outre que les personnes avec handicap continuent de demander l’organisation par le Gouvernement des états généraux pour identifier leurs problèmes spécifiques et des solutions adéquates à y apporter.
 M. Alphonse Badiganga, Président de l’Association des Sourds du Congo, demande une « solidarité agissante en faveur des sourds-muets ». Cela passerait par la promotion du langage des signes, la formation des interprètes qualifiés, l’appui aux sourds pour des activités génératrices des revenus et l’insertion de ceux ayant des compétences appropriées dans le monde professionnel.
  M. Kabasele, Président du Collectif des Associations des Aveugles du Congo, a relevé la difficulté pour les aveugles de se procurer des matériels pour faciliter le déplacement et profiter notamment de nouvelles technologies de l’information et de la communication.  Il a plaidé pour l’installation en RDC d’un magasin et d’une imprimerie pour résoudre ce problème, soulignant l’existence des ordinateurs adaptés aux aveugles.
 Sourd et enseignant au Village Bondeko, M. Albert a affirmé que le sourd est bloqué devant un médecin ou un agent de l’ordre. Il a alors demandé aux députés d’incorporer le langage des signe comme 5ème langue nationale.
 M. Manu a souhaité un programme spécifique d’appui aux étudiants avec handicap. M. Joseph Kanyinda, accompagnateur des malades, a dénoncé le manque de voies d’accès aux bâtiments publics pour les personnes avec handicap. En clair, les bâtiments de l’Etat n’offrent pas de rampe pour faire passer une chaise roulante, etc.
M. Yves Nyanya est licencié en Informatique. Il déplore la marginalisation dont sont victimes les PVH dans les milieux du travail. « Malgré des réussites aux tests d’embauche, je suis toujours éliminé par après à cause de mon état physique ». C’est ce qu’a aussi dénoncé Ange Lukufu, une autre PVH, qui clame sa compétence.
 Continuant à s’adresser aux deux députés européens présents dans la salle, Mme Assumani a demandé la présence de la femme avec handicap dans les instances législatives du pays. Mlle Nzita, sourde-muette,  a souhaité l’augmentation des nombres des machines à coudre pour la coupe-couture. Accompagnatrice à domicile, Mlle Ntela Kesa a justifié la présence la mendicité de certaines PVH par le manque de débouchés d’emploi et des AGR pour elles, avant que M. Joseph dénonce le non accès à l’information pour les sourds ; les chaînes de télévision n’offrant aucune interprétation des journaux télévisés pour eux, même lors des messages du Chef de l’Etat à la nation.
 Ne plus voir en elles (Personnes avec handicap)  des «problèmes», mais des titulaires de droits
 Les deux députés européens, Thijs Berman (Néerlandais, s’occupant des questions de développement au sein du Parlement européen) et Michael Gahler (Allemand), ont été très émus par ce cri du cœur des PVH congolais. « Vos remarques et préoccupations sont claires et nous aiderons notre travail à Bruxelles », a indiqué Michael Gahler. Il a promis d’influencer l’insertion de la prise en compte des personnes avec handicap dans tout projet de construction des bâtiments publics financés par l’Union européenne.  Comme son collègue, il a souligné que la plupart des actions en faveur des PVH devraient se réaliser ici même au pays. Il a invité ses interlocuteurs à maintenir la pression sur le Pouvoir public pour la défense de leurs droits, tout en promettant le plaidoyer auprès de leurs homologues Députés congolais, particulièrement pour la ratification de la Convention des Nations Unies relative aux personnes avec handicap.
 Pour rappel, un changement radical s’est opéré au cours des 20 dernières années concernant les PHV, indique le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme: d’une conception de l’invalidité fondée sur la charité, on est passé à une approche fondée sur les droits des personnes handicapées.
 En substance, envisager l’invalidité dans l’optique des droits de l’homme revient à considérer les personnes avec handicap comme des sujets, non plus comme des objets, et, partant, à ne plus voir en eux des «problèmes», mais des titulaires de droits. L’important, c’est de situer le problème ailleurs que dans la personne handicapée elle–même et d’étudier la façon dont les systèmes sociaux et économiques tiennent compte (ou non, selon les cas), de la différence induite par l’incapacité. Le débat sur les droits des personnes avec handicap doit donc être rattaché à un autre débat, plus général, portant sur la place que la société fait au droit à la différence, souligne le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Guy-Marin Kamandji

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