Des pasteurs congolais roulés dans la farine

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Limitées dans leurs sources de financement et alimentées seulement par les offrandes et les dons de quelques fidèles fortunés, les nombreuses églises de réveil de notre pays, font figure de parent pauvre. Elles ne cessent de rêver comme certaines organisations non gouvernementales, de pouvoir bénéficier d’une aide extérieure, afin de résoudre les problèmes de construction de temples, de sièges et de la résidence du pasteur.

            Comme la manne ne vient plus du ciel, bon nombre des chefs religieux l’attendent de la générosité de rares donateurs dont le prestige et le renom reflètent le volume de leur porte-monnaie.

            Mais combien ont reçu cette grâce de susciter la compassion de ces hommes d’affaires en quête de nouveaux marchés et des leaders tenant à élargir le cercle de leur base politique?

            On ne saurait les recenser pour l’instant sur l’ensemble du territoire national.

C’est dans cette recherche éffrenée des moyens que bon nombre de représentants légaux des églises de réveil ont fait la connaissance des bandes d’escrocs. Très rusés, ces derniers leur ont fait miroiter une aide financière extérieure consistante pour laquelle ils ont dû payer certains frais bancaires ou de transfert des fonds, des cartes prépayées et tant d’autres dépenses.

            Les pasteurs que les mécréants ont roulés dans la farine, ont agi avec une facilité et une naïveté déconcertantes qui ne peuvent que surprendre et révolter certains esprits éveillés. 

Des échos favorables provenant de Dar-es-salam

            Le prophète Martin Mutombo Tshishiku, responsable de l’Eglise des Saints dont le siège est implanté dans la ville de Tshikapa, l’une de nombreuses victimes de ces bandes d’escrocs, a effectué en juin dernier, une mission d’évangélisation à Lubumbashi. Un matin, son téléphone sonne. Dès qu’il décroche, c’est un soi-disant expatrié habitant Dar-es-salam qui va lui parler des échos favorables de sa campagne d’évangélisation dans la capitale cuprifère et de son église qui jouissait déjà d’une grande notoriété en Afrique australe.

Son correspondant en profitera pour lui demander des nouvelles de quelques membres de son église, de sa famille, ainsi que de ses amis d’enfance. C’est ce qui l’a mis en confiance, car le curieux interlocuteur paraissait le connaître parfaitement.

Lors de cet entretien téléphonique, l’inconnu a exprimé la  volonté de le soutenir financièrement, afin qu’il puisse étendre davantage ses œuvres et faire rayonner l’Eglise des Saints, au-delà des frontières nationales.

Dans la foulée, il a promis de lui envoyer dans les semaines qui viennent, la somme de 125.000 dollars soigneusement gardés dans un coffre-fort.

            Pour le prophète Martin Mutombo Tshishiku, cela ne pouvait être qu’un geste providentiel.

Trois jours plus tard, les choses s’accélèrent. Un appel téléphonique venant de Dar-es-salam lui demandait de se rendre à l’aéroport de la Luano, où l’attendait une dame en instance de voyage pour la Tanzanie. C’est à cette émissaire, une créature de rêve, élégante et parée des bijoux, qu’il a remis le montant de 2.000 dollars exigés comme frais de transfert du fameux colis.

            Alors qu’il ne revenait pas encore de son agréable surprise, le représentant légal de l’Eglise des Saints apprendra qu’il devait aller retirer un coffre-fort à une agence de transfert de fonds.

            A cette adresse, l’accueil est chaleureux et il a pu retirer le coffre-fort avec consigne d’attendre que lui soit envoyé le code secret et des consignes particulières pour l’ouvrir et accéder au financement lui alloué.

            Comme le coffre-fort pesait, le prophète Martin Mutombo était curieux de découvrir le contenu. Voilà qu’il se mit à parler de son aventure à ses amis. L’un deux comprit d’emblée qu’il s’agissait là d’une escroquerie et qu’il devait casser le fameux coffre-fort pour s’en convaincre.

            Ce qui fut fait. Déverrouillé, le coffre-fort livra ses secrets. Il contenait des liasses de faux billets de dollars. Dès cet instant, le chef spirituel de l’Eglise des Saints se rendit à l’évidence qu’il était victime d’une escroquerie. Tous comptes faits, il avait déjà déboursé en faveur de la bande d’escrocs, la somme de 3.726,98 dollars puisée dans la caisse de son église.

Face à cette escroquerie, on lui recommanda alors de saisir le Bataillon de la police d’investigations criminelles à Kinshasa. Ce qui allait lui permettre certainement de démanteler cette bande des malfaiteurs. Un billet d’avion, le voilà à Kinshasa pour déposer une plainte à la police.

            Le commissaire principal Midjo, un des limiers de cette unité spécialisée de la police, avons-nous appris, se mit à la recherche de l’escroc qui se réfugiait dans la capitale. Comme stratégie, le pasteur téléphona à un certain Ibushi pour lui signaler l’envoi à Kinshasa, de la somme de 1.500 dollars à percevoir aux guichets de la société Soficom.

            Un matin, un jeune homme frêle de teint sombre se présente aux guichets de cette entreprise. Il se nomme Mukaya et tient à toucher de l’argent pour le compte de M. Ibushi, le destinataire, empêché.

            A la caisse, un incident va rassurer les enquêteurs du Bataillon de la police d’investigations criminelles qu’il s’agit bel et bien de l’escroc. Au lieu de lui remettre la somme de 1.500 dollars, le caissier lui dira que l’expéditeur lui avait plutôt envoyé 8.500 FC.

            Sur le champ, le suspect est appréhendé et acheminé au camp Lufungula où il a reconnu certaines pièces à conviction.

            Le prophète Martin Mutombo qui est encore à Kinshasa, et qui a été confronté à l’escroc, réclame justice, et que lui soient d’abord restituent, la somme de 3.726,98 dollars, ainsi que les frais de voyage Lubumbashi – Kinshasa – Lubumbashi, les frais de séjour et des dommages et intérêts pour les nombreux préjudices subis. 

            Comme il fallait s’y attendre, dans plusieurs agences de transfert de fonds, on a retrouvé non seulement des copies de bordereaux de retrait de fonds signés par l’escroc, mais que Mukaya Buitshi ou Jean Buitshi alias Edo alias Ibushi aurait roulé beaucoup d’hommes d’affaires dans plusieurs villes de la république.

            La police qui tient à reconstituer son palmarès, cherche à identifier d’autres victimes, ainsi que les membres de sa bande. Car, l’homme n’en serait pas à son premier forfait du genre.

Affaire à suivre !       

                                    J.R.T.

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