Des «otages» politiques congolais à la CPI ?

0
35

Mises à part des considérations d’ordre politique discutables, le gouvernement congolais a parfois raison de persister dans son refus de livrer Jean-Bosco Ntanganda à la CPI (Cour Pénale Internationale), en dépit de fortes pressions fusant de toutes parts, notamment des organisations internationales et des puissances occidentales. Avec le Procureur argentin Luiz Moreno Ocampo montant en ligne, la CPI a pris l’habitude de considérer la RDC comme une pépinière d’otages politiques congolais déguisés en détenus coupables des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Thomas Lubanga, Germain Katanga, Matthieu Ngudjolo, Jean-Pierre Bemba Gombo, se morfondent depuis longtemps dans les cellules dorées de la Haye. On ne voit pas un pays qui ait autant gentiment prêté main-forte à la CPI que la RDC. Mais jusqu’ici aucun de ces 4 dossiers n’est avancé pour qu’on puisse en espérer un dénouement quelconque. Le premier de tous à être cueilli et transféré à La Haye, Thomas Lubanga ne sait rien de son sort éventuel. Va-t-il être libéré ou condamné ? Depuis un certain temps, la CPI ne s’occupe même plus de son cas, sauf une timide réactivation cette semaine. 

            Il en est de même de Germain Katanga et Matthieu Ngudjolo. La procédure est alambiquée, lente et ennuyeuse pour ces compatriotes. Toutefois, le dossier le plus intéressant et sans cesse d’actualité dès le départ de l’arrestation de l’homme jusqu’ici, est pour la CPI celui de Jean-Pierre Bemba. Ocampo est très actif, au point de paraître en faire son affaire personnelle, affichant des attitudes d’arrogance et d’arrière-pensées visiblement malveillantes. On va de report en report indéfiniment, rien qu’au niveau de la procédure préalable à l’ouverture effective du procès. Le dernier report est celui décidé par la chambre de première instance III de l’ouverture du procès qui était fixée au 04 juillet puis au 14 de ce même mois. La défense avance des exceptions d’irrecevabilité et d’abus de procédure. La CPI s’est déjà fait livrer 4 prévenus de la RDC dont elle n’est parvenue à liquider aucun dossier. Mais elle semble estimer que peu importent ses désespérantes lenteurs, elle doit absolument puiser encore dans la pépinière de Kinshasa pour remplir davantage les cellules de La Haye, d’éléments retirés toujours du vivier de la RDC.

            Sans le dire expressément tout en intériorisant le fond sous-jacent de son refus, Kinshasa trouverait injuste qu’on lui tienne rigueur du bouclier qu’il se fait de Ntanganda, s’estimant rester sans concurrent en matière de coopération exemplaire avec la CPI. Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende l’avait insinué plus d’une fois, illustrant l’injustice et la partialité de la CPI par l’effacement de sa liste noire des criminels afghans. On rétorquerait que la comparaison est insoutenable, la RDC et l’Afghanistan étant deux pays différents sans liens de coopération similaires avec la Haye. Mais Kinshasa n’a pas tort de rappeler qu’il a déjà mis à la merci de la CPI 4 prévenus que l’interminable procédure tâtonnante rend pareils à des otages politiques détenus à La Haye. Le pénitencier néerlandais est devenu comme un endroit de relégation des éléments de la RDC que la CPI juge sélectivement peu recommandables, selon le signalement des portraits-robots qu’elle donne d’eux. Relégation c’est le mot approprié quand on sait que depuis 4 ans à partir de l’arrestation de Thomas Lubanga en 2006, qu’aucun de tous les prévenus dont les dossiers, qui sont en instance à la CPI n’a vu son cas trouver son dénouement d’une manière ou d’une autre.

            Pour Jean-Bosco Ntanganda qui suscite même des interventions pressantes des organisations internationales de Défense des droits de l’Homme et des puissances occidentales, Luiz Moreno Ocampo aurait eu peut-être raison de mettre Kinshasa au pied du mur si au moins il avait évolué avec les dossiers dont il est déjà en possession pour montrer qu’il n’agit pas pour se donner vainement en spectacle, mais qu’il travaille correctement afin de permettre à ces 4 prévenus congolais d’être fixés définitivement sur leur sort. On n’est pas loin de penser qu’il devrait être instrumentalisé par certaines forces occultes dont la consigne consisterait à se faire livrer des éléments particulièrement ciblés pour en faire des otages à La Haye à la faveur de longs et indéfinis atermoiements procéduraux. Finalement, le cas Ntanganda vient de brouiller Kinshasa et la CPI, assombrissant ainsi les termes de leur coopération. Entre-temps, Moreno continue à se cogner la tête contre les murs avec le dossier Jean-Pierre Bemba qu’il trouve plus intéressant, et pour lequel apparaissent des erreurs de procédure, d’où un énième report.. 

Jean N’Saka wa N’Saka

Journaliste indépendant

 

LEAVE A REPLY

*