Des otages à l’Equateur et au Sud-Kivu

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Un touriste espagnol se trouvait entre les mains des insurgés Enyele, depuis plus d’une semaine, dans la forêt de la province de l’Equateur. Il avait été surpris comme passager à bord du MB  Super Malaika,  en provenance de Kisangani, arraisonné par les précités en amont de Mbandaka. On apprend qu’une opération commando menée par des éléments des FARDC, sur instruction du Chef de l’Etat, leur commandant suprême, s’est soldée par la libération de Mario Sarsa. On signale que l’ambassadeur d’Espagne à Kinshasa, Félix  Costales, très inquiet sur le sort de son compatriote, était lundi à Mbandaka dans l’espoir d’être mieux informé.

Au Sud-Kivu par contre, les 8 personnes – 7 Congolais et un Suisse – membres de la Croix-Rouge Internationale enlevés par des combattants Mai-Mai Yakutumba sont toujours détenues par leurs ravisseurs dans la localité de Kasakwa, non loin de Fizi. Les tractations se poursuivent entre cette organisation humanitaire et les précités.

L’analyse de ces deux faits montre que dans l’un et l’autre cas, ce sont des innocents qui sont pris comme éléments de chantage pour certainement des revendications politiques dont les observateurs ignorent les contours. La prise d’otages est un sport jusque-là peu pratiqué par les Congolais. Sa relance simultanée à l’Est et à l’Ouest du pays, dans des zones de conflits armés, fait penser aux agendas cachés des groupes politico-militaires en rupture avec le pouvoir central.

Tout le monde sait que l’armée régulière est engagée dans une guerre d’usure contre les combattants Mai-Mai depuis plusieurs années dans la province du Sud-Kivu tandis que dans celle de l’Equateur, elle est confrontée, depuis quelques mois, au même type d’épreuve. Que veulent les preneurs d’otages ? Pourquoi ont-ils choisi un touriste espagnol et des humanitaires, dont un citoyen suisse ? Quand vont-ils ôter les masques pour décliner clairement leurs cahiers des charges ? Des acteurs politiques seraient-ils derrière leurs actes ? Est-ce une manière de compenser leur infériorité militaire sur le terrain ?

Voilà autant de questions qui se bousculent dans les têtes des Congolaises et Congolais. Celle qui les tourmente le plus, c’est celle de savoir à quoi riment, sur notre territoire, des actes propres aux organisations terroristes.

Décideurs politiques interpellés

Alan Doss, Représentant spécial du Secrétaire Général de l’Onu dans notre pays et patron de la Mission des Nations Unies au Congo, a jeté un vrai pavé dans la marre, la semaine dernière, en préconisant le dialogue entre le gouvernement et les insurgés Enyele. C’est vrai qu’il s’agit là d’une pilule très amère à avaler, au regard de l’option levée en son temps par le Chef de l’Etat, au lendemain de la signature des accords de paix entre les FARDC et les rebelles du CNDP, et selon laquelle il ne devrait plus être question, à l’avenir, d’accorder des primes de guerre aux groupes armés.

La proposition du numéro un de la Monuc est fort gênante dès lors qu’elle sous-entend un règlement pacifique du conflit armé qui secoue l’Equateur depuis septembre 2009 sur fond de concessions politiques « extra-constitutionnelles ». Mais, à ce stade, qu’il s’agisse des Mai-Mai ou des Enyele, le pouvoir central devrait apporter des réponses rassurantes aux inquiétudes de nos compatriotes, de plus en plus en enclins à cultiver la psychose de la peur.

Il lui faudrait notamment consolider le dispositif de défense nationale dans l’optique de la prévention de mauvais coups et de la riposte diligente en cas de trouble de la paix à travers le territoire national. Les Congolaises et Congolais veulent avoir la garantie que leur armée, leur police et leurs services des renseignements les protégent efficacement, 24 sur 24 heures, et qu’ils n’ont plus à craindre des raids éclairs mais traumatisants du genre de celui des Enyele le dimanche 04 avril à Mbandaka. Ils aimeraient aussi être assurés qu’ils ne vont pas, un de ces quatre matin, tomber dans le piège de ceux qui semblent avoir choisi une autre manière de les terroriser : la prise d’otages.

                                   Jacques Kimpozo

 

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