Des millions d’électeurs disparus du fichier électoral : les Congolais interrogent le Pnud et la Monusco

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L’affaire de la disparition des millions d’électeurs du fichier de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), révélée par Le Phare dans sa livraison d’hier lundi 15 août 2011, n’en finit pas de susciter des commentaires dans les salons politiques de la place de Kinshasa. L’on continue à se demander comment le « pouvoir organisateur des élections » a pu se permettre une telle bourde. L’on ne comprend en effet pas qu’après les pannes des kits électoraux qui ont provoqué la perte des données sur l’enrôlement, les CD en provenance des circonscriptions électorales à problèmes et censés suppléer aux défaillances techniques des ordinateurs, se soient révélés vides à leur arrivée à Kinshasa.

Du coup, les Congolais se souviennent que le 28 juin dernier, la Résolution 1991 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (voir page 4) avait expressément donné mandat à la Monusco, son antenne en République Démocratique du Congo, non seulement d’apporter un appui technique et logistique à l’organisation des élections mais aussi de protéger la population civile, de constater et dénoncer les violations des droits humains, de favoriser des échanges réguliers et permanents entre parties prenantes au processus électoral, etc.

Compte tenu du droit de regard sur le processus électoral congolais accordé à la Monusco ainsi qu’à d’autres structures telles que le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), nos concitoyens sont en droit de s’inquiéter des brevets d’excellence délivrés à la CENI par la communauté internationale au sujet des opérations de révision du fichier électoral. Cela est d’autant inquiétant que des révélations provenant de plusieurs sources (Opposition Politique, Parlement, Ong de la Société civile, confessions religieuses) font état de l’existence de nombreuses irrégularités dans l’enrôlement des électeurs, la taille démographique des circonscriptions électorales, la répartition des sièges, la gestion du serveur central, etc.

De nombreuses questions commencent à se poser au sujet du partenariat CENI-Monusco-PNUD depuis que l’enquête menée en commun par ce trio au sujet de l’enrôlement des mineurs, des militaires, des policiers et des étrangers avait donné des résultats qui sont en train d’être contredits par les réalités du terrain. Alors que les félicitations étaient en train de fuser de toutes parts, la nouvelle relative à la perte des données concernant plusieurs millions d’électeurs vient de rappeler à tous qu’il y a péril pour le processus électoral congolais.
Il ne s’agit plus, pour la CENI, de s’expliquer au sujet de la disparition de 14.000 électeurs du territoire de Budjala, dans la province de l’Equateur, mais pour le cas des millions de concitoyens détenteurs des cartes d’électeurs mais non éligibles pour le vote car inconnus du fichier électoral.

Des questions angoissantes au Pnud et à la Monusco

La tension est en train de monter aussi bien au sein du corps électoral que des états-majors politiques. Tout le monde redoute un coup fourré soit au moment du dépôt des candidatures aux élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, sénatoriales, urbaines, municipales, des gouverneurs de provinces et chefs de secteurs, soit encore à l’heure cruciale du vote. L’on se demande où sont passés la Monusco et le PNUD pour ne pas constater que sur les 32 millions d’enrôlés annoncés dans le fichier électoral, plusieurs millions ne sont plus trouvables.

Les experts de la Monusco et du PNUD ont-ils réellement été associés au travail de revisitation de ce fichier électoral ? Dans le cas d’une réponse affirmative, l’on est en droit de se demander s’ils ont pris en compte les alertes aux irrégularités et s’ils ont eu la preuve formelle que le fichier électoral était réellement transparent. Concrètement, comment ont-ils traduit sur le terrain la Résolution des Nations Unies leur faisant obligation de surveiller étroitement les opérations pré-électorales ?
Aujourd’hui, les faits indiquent que tout ne va pas aussi bien que le soutenaient, il y a quelque temps, la CENI et ses bailleurs de fond extérieurs. Avec des millions d’électeurs disparus et des CD vides à trois mois des scrutins présidentiel et législatifs, les Congolais aimeraient savoir ce qui les attend.

Kimp.

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