Des leaders religieux préconisent la négociation, une brigade régionale, l’accroissement de l’aide humanitaire et l’élimination de ses soutiens

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La dynamique  du dialogue e et de la négociation  entre les parties prenantes avec  relance du processus de l’Accord  de JUBA, la protection des  civils affectés par les atrocités de  la LRA (Lord’s Resistance Army)  ainsi que de es humanitaires, et la formation d’une brigade  régionale bien disciplinée motivée et bien équipée, sont les principales recommandations du Réseau Régional et  Interconfessionnel des Leaders.  Ce Réseau a aussi recommandé l’accroissement de l’aide humanitaire, et la condamnation des personnnes, Organisations et  gouvernements qui soutiendraient la LRA. Le RRILRP ne sous-estime pourtant pas  l’intervention militaire comme voie de solution à la crise LRA, préconisée et mise en oeuvre  depuis plus de 25 ans par le gouvernement ougandais, ensuite par les gouvernements congolais et  centrafricains, rapporte caritas.dev.cd.

Le RRILRP estime en effet que le problème de la LRA est devenu un phénomène régional et  international. A ce jour, la LR RA inquiète Ouganda, le Sud-Soudan, la République Centrafricaine  (RCA) et la République Démocratique du Congo (RDC). Et si on ne met pas fin à cette  régionalisation de la crise, la LRA étendra géographiquement sa nocivitté et pourra s’attaquer  même aux intérêts des nations au-delà des frontières africaines, en offrant ses sales besognes aux  mouvements terroristes bien constitués et virulents, comme Al Qu’Aïda. Face à l’ampleur du  problème que suscite la présence de la LRA, la recherche de la solution devrait être une  affaire de tout le monde, de toutes les nations : une préoccupation majeure de la  communauté internationale.

En fait, les Responsables religieux voudraient inviter tous ceux qui veulent s’engager à éradiquer  la crise provoquée par la LRA, à souscrire à la dynamique du dialogue et de la négociation  entre les parties prenantes, a indiqué Mgr Marcel Utembi, Archevêque de Kisangani et  Président du Réseau Régional et Interconfessionnel des Leaders Religieux pour la  Paix (RRILRP), dans une déclaration lue jeudi 09 juin  2011 au cours de la conférence-débat tenue à  l’intention des Diplomates invités au Centre d’accueil de  la Caritas Congo Asbl, sous  la modération de Joost de  Pax Christi/Pays-Bas. Des Représentants des  Ambassades des Etats-Unis,  de la Belgique, du Pays-Bas, de l’Allemagne, de la Tanzanie, de l’Union  Européenne et de la  MONUSCO (Mission de  l’ONU pour la Stabilisation du Congo) ont notamment pris part à cette rencontre.

L’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) survit toujours et continue de semer des désolations partout où elle se trouve

Parlant de l’intervention militaire, les Leaders religieux de la région constatent que depuis 25 ans  qu’elle est mise en oeuvre par les armées de l’Ouganda, de la RDC, de la RCA et du Sud-Soudan,  l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) survit toujours et continue de semer des  désolations partout où elle se trouve, et le lourd tribut est payé non pas par les gouvernants  et par les militaires, mais surtout par les populations civiles. La stratégie de réaction de la  LRA contre toute attaque militaire consiste malheureusement toujours à lancer des représailles  contre les populations civiles. Les massacres et le malheur des populations civiles vont ainsi  croissants, d’une localité à l’autre, d’un pays à l’autre, a-t-il poursuivi.

Voilà pourquoi, les Responsables religieux demandent aux décideurs, aux gouvernants, de  privilégier le dialogue et la négociation entre les parties prenantes, en relançant le processus de  l’Accord de JUBA. Ils sollicitent les bons offices des Missions diplomatiques et les invitent à plaider auprès de leurs pays respectifs, des organisations internationales et auprès des  gouvernements concernés par la crise de la LRA, en vue de la poursuite de la dynamique du  dialogue et de la négociation. En ce qui nous concerne, nous serions disposés à prendre une  part active à toute médiation qui serait envisagée en ce sens. Que les gouvernements  concernés, les organisations internationales comme l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Conseil de Sécurité, les Nations Unies réétudient de manière concertée cette possibilité de relance du processus de négociation tout en protégeant la population civile contre la violence de la LRA.

Formation d’une brigade régionale bien disciplinée, motivée et bien équipée

Une autre préoccupation que les Responsables religieux ont voulu partager avec les  Ambassadeurs et chefs des Missions diplomatiques, et Représentants des Organismes internationaux est celle qui consiste à plaider en faveur de la prise en charge efficace et  suffisante de la sécurité des populations affectées par les atrocités de la LRA. La sécurisation  suffisante et efficace de la région subissant actuellement ces atrocités ne leur paraît possible que si le mécanisme implique tant la communauté locale que les gouvernements concernés et la  communauté internationale dans une approche de coordination des actions, de la constitution  d’une brigade régionale, et du renforcement de capacités de cette brigade régionale en  termes de formation et d’équipement en logistique appropriée.

L’implication de la communauté locale est indispensable à plusieurs titres : d’abord parce que  c’est elle la victime ; ensuite parce qu’elle est mieux placée que quiconque dans la connaissance du milieu et donc en mesure de fournir des informations et renseignements utiles.
Les Responsables religieux préconisent l’établissement d’une coordination des actions en raison  de la dimension régionale qu’a prise la crise de la LRA ; coordination qui aurait comme  manifestation concrète entre autres à travers la formation d’une brigade régionale bien  disciplinée, motivée et bien équipée. Cette façon de faire aurait comme avantage de poursuivre  ensemble le même objectif et d’éviter un agenda caché éventuellement au bénéfice d’une  partie ou d’un gouvernement et en défaveur des autres. L’équipement en logistique suffisante  consisterait entre autres à mettre à la disposition de la brigade régionale des moyens de  communication et de locomotion suffisants et appropriés ; ce qui présuppose sans doute de  prendre en compte le besoin de réhabilitation des routes pour favoriser le déplacement des  équipes assurant la sécurité des populations. Il va sans dire que la présence renforcée des  Casques Bleus dans la région et leur contribution substantielle et multiforme en faveur de la  brigade régionale dans le respect et les limites de leur mission de maintien de la paix, accélérerait  le règlement de la crise susmentionnée.

Répondre aux besoins humanitaires des populations victimes des atrocités de la LRA

En outre, les Leaders Religieux estiment que le rétablissement de la sécurité des populations et de  la région pourrait passer par l’identification, la dissuasion, l’interpellation et la condamnation  de certaines personnes, institutions, organisations et gouvernements qui soutiendraient la  LRA de par le monde notamment en matériels de communication, en tenue militaire et en  armement.
Le Réseau Régional et Interconfessionnel des Leaders Religieux pour la Paix a aussi partagé avec les diplomates les préoccupations relatives aux besoins humanitaires des populations  souffrantes, victimes du malheur perpétré par la LRA. Tout en remerciant les organisations  non gouvernementales actives dans la région pour leurs interventions de divers ordres en vue de  diminuer tant soit peu la misère des populations déstabilisées et en perpétuel déplacement, il les  encourage, ces ONG, à faire davantage, à se déployer dans la mesure du possible dans d’autres  localités qui connaissent les mêmes besoins et qui se sentent abandonnées tant par le  gouvernement local que par la communauté internationale. Le Réseau a invité les diplomates à  plaider en leur faveur auprès des gouvernements du monde et des hommes de bonne volonté !

Mais, d’ores et déjà, Mgr Marcel Utembi Tapa, au nom du Réseau Régional et Interconfessionnel des Leaders Religieux pour la Paix, a saisi cette opportunité pour saluer toutes  les tentatives et initiatives de résolution de la crise causée par la LRA jusqu’à ces jours. « Nous  voulons ici faire allusion, notamment à la loi du Gouvernement américain sur la protection  des civils contre les exactions de la LRA, à l’attention et l’intérêt de l’Union Africaine, de  l’Union Européenne et du Conseil de sécurité sur la question de la LRA ; aux organes des  médias qui diffusent quelques informations objectives à propos de cette crise, ainsi qu’aux ONG  tant locales qu’internationales qui apportent une assistance humanitaire dans la région », a-t-il  conclu.

LRA toujours nuisible et laissant les déplacés sans assistance

Avant de répondre aux questions des diplomates présents, le Secrétaire du Réseau, l’Abbé  Victor Mbatu, a fait le point de la triste situation créée par la LRA au Sud-Soudan et en  République Centrafricaine. Il a été suivi par  Messeigneurs Richard DOMBA,  Julien ANDAVO dans le Haut-Uélé et Etienne UNG’EYOUN dans le Bas-Uélé, respectivement  Evêques de Dungu-Doruma, d’Isiro-Niangara et de Bondo, tous en Province Orientale. Mgr Domba a souligné que plus de 80% du Territoire administratif de Dungu (35.000 Kms2), sont  affectés par les atrocités de la LRA. Depuis l’échec de l’attaque conjointe des armées congolaise,  ougandaise et sud-soudaine en septembre 2008, la LRA s’est morcelée et éparpillée dans la  région, devenant coriace et brutale. L’Evêque de Dungu-Doruma a certes reconnu la diminution de la fréquence des attaques de la LRA et des mutilations des victimes, surtout des femmes, ainsi  que la disparition des massacres à grande échelle, « mais la LRA n’a pas perdu sa capacité de nuisance. Elle n’est pas non plus réduite à une dizaine de personnes », a martelé l’Evêque.

Mgr Julien ANDAVO d’Isiro-Niangara a renchéri que «même si ces attaques de la LRA sont devenues rares, elles continuent pourtant à déstabiliser la population» : des déplacés  sans assistance et souvent dans des sites non accessibles aux humanitaires, l’abandon forcé des  champs et rivières, etc.
Seulement à Dakwa 6.780 personnes déplacées et 7.436 autres retournées, 1.007 personnes  enlevées et près de 100 femmes et jeunes filles violées
Parlant de la population de son Diocèse, Mgr Etienne UNG’EYOUN a particulièrement fait un  zoom sur la situation du Territoire de Ango, dans le District du Bas-Uélé. Le 18 mai 2011, la LRA a osé attaquer une localité à 7 km de Ango, juste à côté d’un centre où se trouvent pourtant  des militaires et beaucoup d’humanitaires. 19 personnes ont été enlevées et un kit d’identification  et d’enrôlement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) détruit. Cette  attaque a causé la peur au sein de la population, provoquant un déplacement massif des personnes. Lors de sa tournée épiscopale de six jours à Dakwa (à 80 Kms de Ango), Mgr Etienne a trouvé 6.780 personnes déplacées et 7.436 autres retournées. Les sources locales lui ont fait état  de 1.007 personnes enlevées, 50 femmes et 47 mineures violées, etc. Pour lui, il faut augmenter l’effectif des Forcées Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et bien les équiper ; déployer les Casques bleus de la MONUSCO à Ango et Bondo pour sécuriser la  population et désenclaver le District du Bas-Uélé pour faciliter la traque de la LRA.

Le Réseau pour un plaidoyer efficace et intensif

Pour rappel, c’est depuis plus de 25 ans, que l’Armée de résistance du Seigneur de Joseph Kony  fait beaucoup parler d’elle, surtout en mal depuis l’Ouganda son pays d’origine, en passant par le Sud-Soudan, la République Démocratique du Congo et la République Centrafricaine. Cette
Armée de Résistance du Seigneur n’a cessé de commettre des atrocités de tout genre : des  massacres, des mutilations, des viols, des incendies, des razzias, des pillages, avec tout ce que cela comporte comme effets collatéraux de déplacement massif des populations, des crises  humanitaires, de l’insécurité criante, des traumatismes, de la peur, de la violation massive des  droits humains, de l’incertitude du lendemain, etc. Cet état de choses ne peut laisser personne indifférent, surtout toute personne humaine éprise du sens et de la valeur de la vie humaine, de  l’importance de la paix, de la sécurité dans la société.

C’est dans cette optique que des Responsables religieux de quatre pays affectés par la crise que  provoque la LRA, ont décidé depuis février 2010 de s’engager davantage dans la recherche des  voies et moyens de solution à cette problématique et ainsi donner leur contribution à la restauration de la paix et de la convivialité pacifique dans la région, au sein du Réseau Régional  et Interconfessionnel des Leaders Religieux pour la Paix. Le réseau veut effectuer un plaidoyer  efficace et intensif afin que la crise que cause la LRA retienne l’attention de la communauté aussi bien nationale, régionale qu’internationale ; qu’une stratégie cohérente et effective soit adoptée et  que les voies du dialogue et des négociations soit explorées par tous les acteurs aussi bien  nationaux qu’internationaux.
En vue de cet objectif, le réseau a organisé au cours de l’année 2010 la conférence de pilotage à Kisangani en février, celle de Dungu, de Yambio au Sud-Soudan en septembre, la formation et le  plaidoyer à Entebbe en octobre ainsi que la réunion du taskforce à Nairobi. En février 2011, une  réunion du Comité régional a eu lieu à Gulu (en Ouganda) et en mars 2011 un week-end de paix  s’est déroulé dans les zones affectées par la LRA. Dans chacune de ces rencontres, une analyse  de contexte a toujours été faite et une déclaration conjointe publiée. Elles ont bénéficié de l’appui  d’IKV Pax Christi Pays-Bas, Conciliation Ressources, Cordaid et Cafod.

Guy-Marin Kamandji
(Correspondance particulière)

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