Des interventions militaires étrangères

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C’est avec la présence des Casques bleus de l’Onu sur leur territoire que les Congolais commémorent ce 30 juin 2010, 50 ans d’accession de leur pays à l’indépendance. Tout comme – chose étrange – ces mêmes forces de maintien de la paix se trouvaient dans ce pays pour la première fois dès le mois de  juillet 1960, à peine l’empire colonial belge situé au coeur du continent africain venait d’être officiellement et solennellement libéré. Cinq jours après la proclamation de l’indépendance, la mutinerie éclata au sein de toutes les garnisons de la Force Publique. Le détonateur en était une communication écrite au tableau dans un camp militaire à Léopoldville (Kinshasa) par le général belge Jansens qui ne semblait peut-être pas en avoir mesuré les conséquences immédiates, disant aux soldats congolais « Après l’indépendance égale avant l’indépendance ». Comme tous les officiers de la Force publique étaient belges, les militaires congolais comprirent alors qu’ils seraient toujours commandés par des blancs. En d’autres termes, l’indépendance n’aurait été que pour les civils et pas pour eux ! C’était le début d’une accélération  dangereuse des événements qui compromettraient l’intégrité territoriale et la souveraineté d’un nouvel Etat indépendant. Un malheur n’arrive jamais seul.

Le 11 juillet 1960, Moïse Tchombé proclame la sécession de la province du Katanga. C’est l’œuvre en coulisse des forces occultes composées de consortiums occidentaux dont l’aile marchande était constituée de colons belges. De son côté, Albert Kalonji érige la partie sud de la Province du Kasaï en Etat autonome. Sous prétexte de sauver et d’évacuer ses ressortissants qui ne seraient plus en sécurité au Congo, le gouvernement belge  fait débarquer des bataillons de commandos dans toutes les grandes villes du Congo :  Léopoldville (Kinshasa), Stanleyville (Kisangani), Luluabourg (Kananga), Constermansville (Bukavu), Coquilathville (Mbandaka), sauf Elisabethville  (Lubumbahsi), en dépit du traité d’amitié signé par les deux Premiers ministres belge (Gaston Eyskens) et congolais (Patrice Lumumba). La mutinerie de la Force publique, la sécession du Katanga, l’autonomie du Sud-Kasaï, le débarquement des commandos belges, une succession rapide d’événements prémonitoires d’un destin flou pour le Congo. C’est alors qu’à la requête du Premier ministre Lumumba adressée au Conseil de sécurité, comme il voyait que le nouvel Etat indépendant était menacé de désintégration, un contingent des Casques bleus arriva au Congo, ayant en principe pour mission de contrarier les desseins séparatistes du Katanga et l’intervention militaire belge.

Mais plutôt  que d’aider le gouvernement à affermir l’autorité de l’Etat et à préserver l’unité du pays, la présence des troupes onusiennes ne tarda pas à apparaître comme un couteau à double tranchant, sinon le remède pire que le mal. Avec le général marocain Kettani à leur tête, ces troupes de l’Onu entrèrent dans le jeu des éléments politiques hostiles à Lumumba. Sous la pression des Occidentaux obsédés par la peur du péril rouge au plus fort de la guerre froide, le Président Joseph Kasa-Vubu révoque le Premier ministre Lumumba le 5 septembre 1960. Au vu et au su des Casques Bleus de l’Onu, Lumumba et deux de ses collaborateurs (Maurice Mpolo et Joseph Okito) sont arrêtés et transférés à Elisabethville où ils sont assassinés le 17 janvier 1961. On peut retenir que l’arrivée des troupes de l’Onu et le débarquement des commandos belges furent les prémices des interventions militaires étrangères au Congo ultérieurement. Vers la fin de 1960, il se dessinait au Congo 3 gouvernements et 4 pouvoirs, à savoir 1/ le gouvernement de Kasa-Vubu-Iléo à Léopoldville et plus tard Kasa-Vubu-Adoula ; 2/ le gouvernement sécessionniste de Tchombé à Elisabethville ; 3/ le gouvernement de Gizenga-Gbenye à Stanleyville. Le 4è pouvoir réel et tout-puissant dans l’ombre était celui de Joseph-Désiré Mobutu était à la tête de l’armée.

Rébellions et légions étrangères

Cyrille Adoula remplace Iléo au mois d’août 1961. Au début de 1963, les troupes de l’Onu liquident la sécession du Katanga. Quant au gouvernement de Stanleyville, il est reconnu par une vingtaine de pays dont la plupart sont ceux des leaders panafricanistes à l’époque hostiles au pouvoir de Léopoldville à cause de l’assassinat du Premier ministre Lumumba. En 1964, la rébellion de Pierre Mulele et de Gaston Soumialot prend de l’ampleur et occupe les deux tiers du pays, mettant le gouvernement de Léopoldville en difficulté. Réfugié à Madrid en Espagne après l’effondrement de la sécession du Katanga, Moïse Tchombé est rappelé à Léopodville et nommé Premier ministre à la place de Cyrille Adoula. Il bat le rappel de ses anciens gendarmes katangais et recrute des mercenaires en Afrique du Sud et dans certains pays européens pour renforcer les troupes de l’armée nationale congolaise et mettre en déroute les rebelles de Mulele et Soumialot. Ce n’est pas la fin, mais le début des ennuis.

En mai 1977, les forces du Front national de Libération du Congo (FNLC) de Mbumb Nathanaël occupent une partie de la Province du Katanga au Sud. Kinshasa reçoit des quantités d’armements envoyés par ses alliés occidentaux dont la France, la Belgique, les Etats-Unis et la République Fédérale d’Allemagne, effrayés à cause d’une fausse alerte de la présence des militaires cubains dans les rangs des combattants du FNLC, alerte lancée à dessein par Mobutu pour les décider à intervenir rapidement. Ces armements étaient utilisés par des soldats marocains, et des pilotes français et égyptiens. Au cours de la même année 1977, éclate le scandale d’un contrat signé en mars 1976 par le gouvernement de Mobutu avec l’entreprise ouest-allemande « Fusées et Lancements orbitaux S.A. » (OTRAG), comprenant la société Dornier chargée de la fabrication des fuselages, la société Messerschmit qui fournissait des moteurs (toutes établies en RFA) et la compagnie française Thompson CSF pour la fabrication des systèmes de guidage et de navigation. Dénoncé par les pays et les organisations progressistes du monde entier, ce contrat mettait à la disposition de l’OTRAG pour une durée de 24 ans, une superficie de plus de 100.000 km² dans la Province du Katanga dans sa partie nord du district du Tanganyika, pour la fabrication, l’essai et l’entrepôt de projectiles, en échange de 50.000.000 de dollars par an et des armes pour le Zaïre.

Le 13 mars 1978, le FNLC de Mbumb rebondit et reprend l’offensive avec un effectif d’environ 4.000 combattants  ex-gendarmes katangais venant d’Angola où ils s’étaient repliés après la débâcle de la sécession du Katanga. Ils attaquent la ville de Kolwezi, et s’emparent de Mutshatsha. Encore incapable de maîtriser la situation, Mobutu se retourne de nouveau vers ses alliés, dont notamment la France et le Maroc. Tout semble aller de mal en pis avec la prise de l’aéroport de Kolwezi par les rebelles du FNLC, rendant difficile l’envoi des troupes supplémentaires pour renforcer celles qui étaient sur place. Les pays de l’OTAN, en particulier la France et la Belgique, décident d’intervenir militairement soi-disant pour protéger et évacuer leurs ressortissants. Les parachutistes de la Légion étrangère française sont largués sur Kolwezi et engagent le combat avec les forces rebelles. Le Président américain Jimmy Carter envoie un équipement militaire évalué à 17.000.000 de dollars. Le 20 mai 1978, le ministre français de la Défense déclare que les accusations portées par Kinshasa contre Cuba sont sans fondement. Pas un seul soldat cubain n’a été aperçu dans les rangs des rebelles du FNLC partout à Kolwezi. L’administration Carter envoya aussi des avions C-141 pour le ravitaillement des troupes franco-belges.

Guerre mondiale africaine 1998 – 2003

Le Portugal permet le ravitaillement sur son territoire des avions militaires à destination du Zaïre pour Kolwezi, tandis que la Grande-Bretagne met des contingents de son armée en état d’alerte. Après la mise en déroute de la rébellion, les parachutistes de la Légion étrangère française placés sous les ordres du colonel Philippe Erulin, tristement célèbre pour ses précédentes activités d’oppression en Algérie, continuent d’occuper le territoire zaïrois jusqu’à l’arrivée en juin 1978 des troupes marocaines qui vont rester encore longtemps dans ce pays. Au début du même mois de juin 1978, le ministre chinois des Relations extérieures, Huang Hua, s’amène à Kinshasa pour mettre au point les conditions de l’aide que son pays devait accorder au régime de Mobutu. De leur côté 5 pays de l’Otan, à savoir les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne fédérale et la Belgique, décident à l’issue d’une réunion tenue à Paris, du sort du Zaïre, en termes de violation tacite du droit à l’autodétermination du peuple de ce pays, au regard des conditions contraignantes de l’aide qu’ils s’engagent à accorder à Mobutu.

Mais de 1998 à 2003, le pays entre dans une phase particulière étonnante de multiples et diverses interventions militaires étrangères sur son territoire, spécialement africaines, de l’Est au Sud. D’abord de 1996 à 1997 avec l’arrivée de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila et ses compagnons. Ce sont les troupes rwandaises, ougandaises, burundaises, érythréennes, de véritables éléments combattants qui donnent le coup de grâce au régime de Mobutu déjà fragilisé par les forces politiques et sociales internes. Mobutu ne croyait pas si bien dire quand il parlait d’une guerre d’agression par ses voisins de l’Est, oubliant qu’il était lui-même l’artisan de son malheur. Après le sabordage du schéma de la conférence nationale souveraine en  1992 avec dans la foulée les événements du Campus de Lubumbashi et l’épuration ethnique au Katanga, approchait alors le commencement de la fin de Mobutu et de son règne. Le pays va être envahi par une armada de divers contingents antagoniques, armada symbolique d’une première guerre mondiale en Afrique à partir de la région des Grands Lacs dans la partie centrale du continent. Le couronnement complexe des interventions militaires étrangères au Congo-Zaïre-RDC.

En moins de 6 mois comme pour une promenade de santé dans un pays long de 2.345.409 km², les « Libérateurs » de l’AFDL atterrissent à Kinshasa comme des fleurs, bien servis par l’action combinée des voisins de l’Est. Mais les vrais tireurs de ficelles sont des « amis » occidentaux de Mobutu qui le considèrent déjà comme un «has been», un homme du passé. A cause de l’entrée en dissidence de certains ténors de l’AFDL soutenus et armés par les mêmes pays de l’Est, Laurent-Désiré Kabila se retourne vers le Sud. Sa démarche éveille un écho favorable en Angola, au Zimbabwe et en Namibie. Des militaires rwandais, ougandais, burundais et érythréens d’une part, angolais, zimbabwéens et namibiens d’autre part, vont s’affronter sur le territoire congolais. Les têtes de pont visibles utilisées par les pays de l’Est pour faire illusion sont les mouvements rebelles tels que le RCD (Rassemblement conglais pour la démocratie) au Kivu sous l’égide du Rwanda, et le MLC (Mouvement de Libération du Congo) à l’Equateur sous la coupe de l’Ouganda, avec leurs appendices dont les suffixes gardent les radicaux du RCD et du MLC. Le champ de bataille est circonscrit autour des Provinces du Kivu, du Maniema, Orientale et de l’Equateur dans sa partie septentrionale.

Mobutu le Léopard redoutable et redouté a été vaincu, et s’en est allé dans l’humiliation. Mais sa chute fut aussi le début du déluge qu’il avait cyniquement prédit après lui. A cause des interventions militaires africaines, le pays était divisé en 3 zones d’influence distinctes, à savoir le pouvoir central à Kinshasa contrôlant la ville de Kinshasa, les Provinces du Bas-Congo, du Kasaï Occidental et Oriental, du Katanga et une partie de l’Equateur dans sa partie australe; le RCD avec les provinces Orientale, du Kivu Nord et Sud, du Maniema; le MLC avec la partie nord de la Province de l’Equateur. Une situation qui a duré de 1998 à 2003. Mais les séquelles de la rébellion subsistent avec des groupes armés qui se signalent de temps en temps à l’Est du pays plus particulièrement.

Jean N’Saka wa N’Saka
(Journaliste indépendant)

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