Des interrogations sur la cotation de Matata

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DSC_6977Que penser de cette initiative et que peut-elle apporter à notre démocratie naissante et à la force de nos Institutions politiques ?

1. La responsabilité du Gouvernement c’est-à-dire de son action, est engagée devant l’Assemblée Nationale. La reddition des comptes est donc à adresser à cette Institution qui constitue la « Représentation nationale ».

Il est à tout le moins étonnant que le Gouvernement s’adresse directement à « l’opinion publique », acteur informel. Pour que l’opinion apprenne ou fasse quoi ?  Surtout quand on sait que cette même opinion  vient de voir noyer une motion de défiance qui aurait permis au Premier ministre de mieux faire preuve de visibilité et de souci de transparence.

Ne peut-on pas considérer qu’une telle évaluation est d’abord une affaire interne au sein du pouvoir exécutif, que le Premier ministre aurait pu réserver au Chef de l’Etat, Chef de l’exécutif   ?

La Constitution stipule clairement que les membres du Gouvernement sont nommés par le Président de la République sur proposition du Premier Ministre. La pratique normale serait donc que la cotation des membres du Gouvernement soit adressée d’abord au Chef de l’Etat, et exclusivement au Chef de l’Etat. Pour une sorte d’auto-évaluation visant à faire mieux.

Mais, dans le cas d’espèce, il semble qu’il n’y a eu ni discussion avec les ministres concernés, ni séminaire du Gouvernement pour une évaluation collective…. A moins d’imaginer que l’étalage sur la place publique découle des concertations entre les deux Chefs.

2.         Le programme du Gouvernement engage les membres à une solidarité active. Il n’y a pas d’un côté les actions à réaliser par un ministre et d’un autre côté les actions du Gouvernement à exécuter par le Premier Ministre. A ce niveau, c’est le Premier Ministre qui répond, et qui est responsable du bilan d’exécution. Etaler les insuffisances des ministères, c’est étaler ses propres limites comme coordonnateur d’une action commune même si cette action est répartie entre plusieurs acteurs. Mais alors, l’opinion saisie ne pourra que constater les limites et espérer que la Représentation nationale l’interpelle pour avoir des explications devant ses résultats.

A moins d’imaginer que chaque ministre, soucieux de sa respectabilité et de son image de marque,  réagisse aussi devant l’opinion pour expliquer pourquoi il n’a pas atteint les résultats attendus ! Imaginez les réactions du parti politique qui aura envoyé son poulain au gouvernement !

A ce stade, il n’est pas évident que cette initiative tende à constituer un heureux précédent  dans notre démocratie naissante ni dans le fonctionnement régulier de nos Institutions

3. Mais, c’est l’analyse du tableau lui-même et de la triple cotation qui déroute sur l’intérêt éventuel de cette initiative. La lecture des cotations est pour le moins équivoque par deux aspects.

Premier aspect : Le tableau présente en fait 3 cotations.  Une première cotation « TDR, Matrice 100 jours » et une deuxième cotation « TDRG ». Cette dernière indique, nous le supposons, le TDR Global.

Mais il faut aller à la colonne « commentaires » pour lire la 3ème cotation, qui elle, n’est donnée que pour 17 ministres sur les 28 !

Par exemple le Budget n’a que les 2 cotations, TDR 100 jours, TDRG et rien dans les commentaires. La Défense a 3 cotations : 43,79% TDR 100 jours, 43,7% TDRG et … 75% dans les commentaires !

Par ailleurs, en lisant la colonne des commentaires, les taux de réalisation donnés sont pratiquement tous inférieurs aux deux autres.

L’analyste attentif peut relever la différentielle entre la cotation à 100 jours et celle à 360 jours. Si le Vice-Premier Ministre Mukoko réalise un taux d’exécution de 94,19% à 100 jours après son installation, qu’a-t-il donc fait pendant les 260 jours suivants,  s’il est resté au même taux  de 94,19%?  Quelle dynamique cela peut- il expliquer ?

Première hypothèse : les Termes de Référence sur la feuille de route ont défini des actions exécutables en 100 jours seulement… quitte à dormir sur ses lauriers pendant les 260 jours restants.

Deuxième hypothèse : l’évaluation globale est truquée en reportant purement et simplement les taux d’exécution à 100 jours !

Troisième hypothèse :   Il convient de considérer la cotation inscrite dans la colonne « Commentaires » pour 17 ministères,  mais qui manque chez 11 autres . Manipulation ou orientation subjective des chiffres ? Pourquoi ?

Deuxième aspect : les taux d’exécution sont supposés être des taux d’exécution physique. Il serait plus juste de confronter les données au taux d’exécution financière. C’est très important. Dans la mesure où le ministre est responsable de son département, où le me ministre est responsable de sa feuille de route, mais où le ministre ne gère pas directement le budget affecté aux actions. Quelle est la responsabilité du Premier Ministre dans la facilitation d’exécution ?

            Les réalisations attendues concernent les infrastructures, l’amélioration des conditions sociales des administrés, l’achat des équipements etc. Aussi, il est normal que l’on confronte les taux de réalisations au regard des fonds qui ont été mis à la disposition de chaque ministre pendant la période et pour chaque action.  Cela rendrait le tableau d’évaluation plus crédible. Surtout lorsqu’on sait que le Premier ministre s’octroie le rôle de l’unique gestionnaire des Crédits inscrits au Budget et qu’il taille, généralement au nom de la rigueur et selon des critères qui lui sont propres, dans les demandes sollicitées par les ministres sans discuter avec les concernés et sans évaluer l’impact de ces coupures sur les réalisations.

Sans donc une auto-évaluation du Premier ministre lui-même, en tant que gestionnaire des crédits destinés aux réalisations, le tableau présenté doit être considéré comme biaisé et de nature à exposer de façon préjudiciable la compétence des hommes nommés par le Chef de l’Etat. Pourquoi ? Salir  ceux qu’on n’aime pas ? Démontrer au chef qu’on lui a imposé des hommes qui sont nuls ? Et quand il s’agit de ministères comme la Défense où il s’agit de domaine de collaboration avec le Chef de l’Etat lui-même ?

            En effet, le plus déroutant, devant la pratique de publicité  et devant l’analyse du tableau, c’est précisément la confusion qui est apparemment entretenue entre le taux d’exécution et le taux de compétence des Ministres considérés intuitu personae. C’est malheureux d’en arriver à une telle  exposition de l’image de marque de ces personnalités. Soit une image de surdoué sur base de données manipulées. Soit une image de « cancres » sur base de données truquées. Ce n’est pas bon pour une démocratie naissante.

            Ce n’est pas juste de la part d’un Premier Ministre qui, il y a peu, a laissé noyer par deux fois des motions de défiance contre lui-même, motions qui auraient pu cependant lui permettre de démontrer, dans le strict respect des règles démocratiques et des règles de bonne gouvernance, son souci de « visibilité dans la gestion des affaires publiques» !

            A tout le moins, la démarche a été maladroite et c’est un précédent fâcheux pour la bonne gouvernance et le fonctionnement harmonieux de nos Institutions.

Par Claude Lusaka, politologue

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