Des habitants de Kindu s’enregistrent plusieurs fois

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Dix cas d’inscriptions multiples sur les listes électorales ont été enregistrés en une semaine à Kindu, Chef-lieu de la province du Maniema. C’est ce qu’a révélé le bureau de la Commission Electorale Indépendante de cette province. Lequel précuise en conséquence que ces personnes courent le risque de se voir radiées des listes électorales conformément aux prescrits de la loi électorale.

            A ce stade des débats la question qui se pose est celle de savoir qui est derrière ces manipulations. S’agit-il des manœuvres frauduleuses pour augmenter le nombre des sièges à l’assemblée nationale pour cette province qui n’en disposait que 12 en 2006 ? S’agit-il d’une stratégie visant à racheter ces cartes frauduleuses pour les distribuer partout dans le but de se taper plus des voix lors des élections générales qui démarrent en principe au mois de novembre par la présidentielle et se poursuivront l’année suivante ? Autant des questions, espère-t-on, qui seront examinées par les experts de la CEI avant le démarrage des élections générales de tous les dangers au regard du climat malsain qui prévaut dans le pays au lendemain du vote de recevabilité de la proposition de la révision constitutionnelle dans les deux chambres du Parlement.

            Ce dossier devrait attirer l’attention de toutes les formations politiques, toutes tendances confondues, pour juguler la fraude avant que ce fléau ne les rattrape lors des échéances électorales. On sait que c’est suite aux accusations de fraude formulées par le camp du président sortant Laurent Gbagbo qui a amené le Conseil Constitutionnel à le proclamer vainqueur au détriment de son challenger Allassane Dramane Ouattara. Depuis lors la Côte d’Ivoire est en proie  à une guerre civile larvée, mais ce qui est grave c’est que chacun de deux camps protagonistes se proclame vainqueur créant une situation unique caractérisée par la présence de deux gouvernements et deux présidents de la République. Le danger qui nous guette est de voir le pays sombrer dans la même situation que la Côte d’Ivoire si des mesures d’encadrement des électeurs ne sont pas prises à temps.

Kindu comme ailleurs : la fraude a la peau dure…

            Ce qui arrive à Kindu a fait dire à un observateur que les manœuvres frauduleuses remontent au lendemain de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. En effet, quelques jours après l’assassinat de Patrice LUMUMBA, ses partisans dont notamment Gaston SOUMIALOT et Nicolas OLENGHA, ont installé un gouvernement rebelle dépendant de celui mis en place par les alliés du MNC à Stanleyville et dirigé par le duo Gbenye-Gizenga. C’est le début de la confusion qui va durer jusqu’à la chute de ce gouvernement en 1962. Il semble que pendant le règne de ce gouvernement rebelle, des exécutions sommaires des personnalités considérées comme proches du régime au pouvoir à Léopoldville étaient fréquentes. Avec les multiples changements des gouvernements provinciaux et pour parer à toute éventualité et se prémunir contre des mauvais coups, les habitants de Kindu et les environs qui en avaient vu de toutes les couleurs avaient pris l’habitude de se procurer plusieurs cartes des membres des différents partis politiques. Ainsi, dès que tel parti arrivait au pouvoir, l’on exhibait sa carte pour éviter d’être inquiété et peut-être subir le sort peu enviable de ceux qui avaient été exécutés sous le régime éphémère de Gaston Soumialot et Nicolas Olengha. D’où l’expression populaire de « Shoka iliunguwa, mupini ukabaki » autrement dit la hache en acier a brûlé mais la manche en bois a résisté. Ou « chuma ku mayi » autrement dit résister comme l’acier dans l’eau. Autant d’expressions inventées à l’époque pour se protéger et ne pas être surpris par une situation désagréable. En clair, le fait de détenir plusieurs cartes des membres de différents partis politiques constitue un cas de fraude, de faux et d’usage de faux et Kindu, pour ces raisons de se protéger contre les mauvais coups est cité en exemple. Mais cette pratique a existé dans d’autres villes et localités du pays probablement pour les mêmes raisons ou pour bénéficier des faveurs de tout celui qui se présente pour battre campagne en faveur de son parti. Il suffit de bien examiner les images des tournées de propagande dans les localités pour se rende compte que souvent ce sont les mêmes têtes qui défilent portant les calicots et tee shirts en l’honneur de tel ou tel parti moyennant prébendes, boissons, vélos, motos, etc. De sorte que dans une famille, il est fréquent de retrouver les calicots, banderoles, insignes de plusieurs partis politiques souvent adversaires. Des choses que l’on a vécues en 2006 et probablement bientôt comme la corruption est devenue la règle.

Fidèle Musangu

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