Des femmes accouchent encore sur des feuilles de bananiers !

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Loin des infrastructures routières en cours de réfection, des polycliniques qui poussent comme des champignons, des dépôts pharmaceutiques qui s’installent dans les grands quartiers commerçants à Kinshasa, le village Bolangala, territoire de Basankusu, est un point oublié du district de Tshuapa qui fait toujours figure de parent pauvre. Au nombre de ses problèmes, l’on compte l’absence des routes, du courant électrique et d’eau potable. Pire, son seul centre de santé est complètement démuni, sans équipement pour l’administration des soins de premiers secours, pas des produits pharmaceutiques, ni de matériel de la petite chirurgie. La présence d’un seul infirmier consciencieux  qui va chaque matin au travail, juste pour redonner l’espoir aux malades et leur rassurer qu’un jour, quelque chose pourra être faite, accroît chaque jour les inquiétudes des habitants de ce village et de ceux des villages environnants qui se sentent marginalisés dans la répartition des équipements médicaux dans les centres de santé de la province. 

            Aucun seringue, pas de pinces, ni même un thermomètre, cela montre le niveau actuel du dénuement total enregistré dans cette partie de la province de l’Equateur.

Un natif du coin y a effectué plusieurs visites de terrain pour palper du doigt les dures réalités de cette zone de santé située à 145 km du territoire de Basankusu. Dr Likinda se dit écoeuré par ce qu’il a vu et entendu. En l’absence des maternités, les femmes en état de grossesse continuent à accoucher sur des feuilles de bananiers comme à l’époque précoloniale. Les malades ne savent pas à quel saint se vouer pour la prise en charge de leurs différents cas. Pourtant, l’ancien centre de santé desservait tous les villages environnants et jouait le rôle d’une plate-forme sanitaire du district.

            Aujourd’hui que le bâtiment est tombé en décrépitude, le mince espoir vient de se fondre comme beurre au soleil. Les habitants de cette zone de santé à l’état d’abandon, ont fini par remettre en selle les soins traditionnels et les plantes médicinales. Les féticheurs et autres guérisseurs sont devenus prospères et très sollicités. Ce qui laisse intacts les problèmes des maladies courantes, comme le paludisme, la diarrhée et la trypanosomiase. Compte tenu de l’absence de campagne de  sensibilisation à la prévention des maladies sexuellement transmissibles, la plupart des jeunes garçons et filles n’ignorent pas les risques qu’ils courent de ne pas se faire dépister, ni se faire soigner.

            Dr Likinda n’en croyait pas ses oreilles quand il entendait les jeunes dire que les MST sont les maladies des villes et de grands centres urbains. On s’imagine dès lors le taux de propagation de ces infections ou du sida dans les milieux des jeunes.

            Les habitants de ce village se posent mille et une questions sur la visite du médecin inspecteur provincial ou de ses délégués, quand on sait que le seul moyen de transport est la pirogue sur les rivières Ikelemba et Lulonga.

            Des fonctionnaires de l’Etat sont-ils disposés à effectuer des tournées dans les coins et recoins, affronter les dures conditions de vie des populations locales et à s’entretenir avec ces dernières pour dresser des rapports calqués sur les réalités de terrain ?

            Au Phare, Dr Likinda a dit sa peine de constater que notre pays est en retard dans bien des domaines, surtout ceux de la santé et de l’éducation.

Les conditions offertes aux agents de l’Etat ont poussé la plupart à émigrer vers les villes, développant le phénomène d’exode rural. D’où les centres de santé sont dépeuplés et désertés.

            Comme il faut effectuer de longs voyages en pirogue, les cas graves n’atteignent pas souvent le premier centre de santé. Ce qui est dramatique dans ces coins où il n’y a pas d’hélicoptère, ni de piste d’atterrissage pour les petits porteurs.

            A la lumière du constat malheureux fait par le Dr Likinda, il faudrait que le centre de santé de Bolangala soit réhabilité, afin qu’il puisse assurer la prise en charge des habitants de tous les villages environnants.

            Surtout que face aux dures conditions de vie, les organismes non gouvernementaux sont handicapés par l’absence des routes, de transport routier, d’hébergement, de courant électrique et d’eau potable.

Ce qui se passe à 145 km du territoire de Basankusu, n’est pas étranger à ce que nos compatriotes vivent dans d’autres coins et recoins enclavés de la République et abandonnés à leur triste sort. Qu’il n’y ait pas des matelas, ni des draps de lit dans les hôpitaux publics dans certaines grandes villes, telle que la capitale, qu’en est-il donc des anciens dispensaires de l’Etat et des hôpitaux de référence aux toitures détruites et envahis par la broussaille et peuplés par des rats et des lézards ?

            Ces interrogations sont adressées à ceux qui gèrent le secteur de la santé dans notre pays.

                                     J.R.T.        

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