Des escrocs roulent des candidats boursiers à l’étranger

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Le rêve séculaire que bon nombre d’étudiants congolais caressent, comme leurs pairs africains, est celui de poursuivre leurs  études universitaires et post-universitaires en Europe, dans des établissements d’enseignement supérieur et universitaire de renom.

            Comme il fallait s’y attendre, des malfaiteurs regroupés en réseaux organisés, structurés et opérant en toute clandestinité, ne proposent plus des emplois à l’étranger, tels que maçons, carreleurs, peintres, électriciens, agents tous travaux, mais plutôt des bourses d’études. C’est la nouvelle filière, sinon le nouveau créneau qui attire des jeunes désireux de parfaire leurs études à l’étranger.

            Et comme emportés dans un envoûtement collectif, ils affluent par centaines, garçons et filles, auprès des bureaux clandestins de la pègre. Consigne particulière : il ne faut pas en parler à d’autres jeunes. Car, non seulement les bourses disponibilisées par des organisations d’appui à la formation à l’étranger au bénéfice des jeunes de l’Afrique subsaharienne, sont en nombre limité, mais que les réseaux congolais d’octroi de ces bourses n’aimeraient pas être débordés par des demandes. D’où les malfaiteurs ont opté pour le téléphone arabe qui, à Kinshasa, est plus discret et plus efficace que les téléphones cellulaires.

            Il a suffi que cinq garçons en parlent entre eux à Bandalungwa, et de ce groupe à un autre, pour que l’information atteigne plusieurs milieux de la jeunesse, comme ce fut le cas avec la vente sous les manteaux des faux et vrais items des examens d’Etat des années antérieures.

            Malabuna Ildéphonse, 21 ans, est de ceux qui ont entendu parler de ces fameuses bourses d’études. Aussitôt, il a renoncé à l’idée d’étudier en RDC, depuis que l’on déplore la crise dans la formation universitaire, l’absence des bourses d’études du gouvernement, la baisse de la qualité de l’enseignement  avec les maux du genre «  cotes sexuellement transmissibles ».

Formulaires en couleurs et autres documents délivrés par des malfrats attirent les candidats

            Vite, Malabuna a entretenu ses parents de ce projet, leur promettant que s’ils soutenaient cette démarche, il n’allait pas les décevoir. A la fin de ses études, il envisageait de travailler pendant trois ans, le temps de se constituer une petite fortune pouvant lui permettre de monter son propre affaire.

            Malgré les difficultés auxquelles ils font face, ses parents d’abord divisés sur les deux options – la formation sur place ou à l’étranger, ont fini par s’accorder sur la dernière démarche.

«- Combien ces gens exigent-ils pour une bourse d’études, ainsi que les formalités de voyage?», a demandé son père.

«- Ils demandent le paiement de 3.500 dollars ! a répondu le fils.

            Après des semaines, Malabuna père a enfin réuni le montant réclamé par le réseau. Il l’a remis au jeune homme, en lui recommandant d’être vigilant. Ne vous en faites pas, a rassuré Ildéphonse, car selon leurs propres dires, ils ont fait voyager beaucoup de jeunes étudiants congolais.

Malabuna fils s’est mis à attendre indéfiniment. Sans suite. Et dans des cas pareils, la bande s’est volatilisée dans la nature. Les numéros téléphoniques des membres du réseau ne répondent plus. Eux-mêmes sont introuvables.

            Une jeune fille habitant Lemba, nourrissait elle aussi ce projet de continuer ses études d’infirmière en Europe. Niclette Lisengi, 19 ans et demi, rêvait d’être spécialiste en nutrition et soins particuliers aux personnes de troisième âge. Une profession très bien côtée dans les hospices de vieillards et dont les infirmières ne connaissent pas souvent de longues périodes de chômage.

            Son oncle maternel, promoteur d’une petite affaire commerciale, a trouvé ce projet alléchant et lui a promis son soutien. Après avoir encaissé des fonds pour une commande de fournitures, il lui a donné la somme de 4.000 dollars exigés pour remplir toutes les formalités, afin d’accéder à cette fameuse bourse d’études. A Lemba, un groupe des jeunes garçons a succombé au baratin d’un commissionnaire, membre d’un de ces réseaux d’escrocs.  Selon des informations qui circulaient, la bande a empoché pour dix candidats, la bagatelle somme de 35.000 dollars.

            Des semaines plus tard, aucune bourse n’avait été octroyée à un étudiant. Toutes les assurances données aux victimes ont fini par se révéler des canulars. Et c’est à partir de cette déception collective qu’il y a eu des pleurs et des grincements de dents. Cette forme d’escroquerie qui n’est pas la première du genre dans la ville de Kinshasa, fait des victimes par centaines.

            Si des naïfs ont été bernés et dépouillés de sommes d’argent, les étudiants vigilants ont préféré rester sur place en RDC, ou s’adresser directement aux ambassades des pays partenaires.                  J.R.T.