Des escrocs revendent de fausses plantes médicinales à Kinshasa

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Depuis que les plantes médicinales ont révolutionné l’industrie pharmaceutique, en proposant une thérapeutique très efficace puisée dans la pharmacopée ancestrale de chaque peuple, souvent sans effets secondaires indésirables, la demande est devenue importante. Et c’est en Afrique où se rabattent de nouveau les délégués des industries pharmaceutiques en quête des sources sûres d’approvisionnement des matières premières.

Cette information qui a circulé dans les milieux des commissionnaires immobiliers, et autres revendeurs d’automobiles d’occasion, a suscité de vocation dans les rangs des escrocs à Kinshasa. Il est vrai qu’auparavant, ces malfaiteurs proposaient à leurs victimes, d’abord de faux purifiants d’eau. Ensuite, ils ont écoulé un dénommé «majordane» qui pour eux, était un tonifiant, mieux un produit dopant, capable de décupler les performances physiques des chevaux de course.
Pour faire sérieux, les bandes d’escrocs se promenaient avec des programmes de course de chevaux de Paris –Vincennes, Longchamps, et autres, en attribuant des performances particulières aux chevaux qui avaient gagné ces épreuves. Il paraît que ces exploits étaient le fruit de séances de dopage, grâce à une série d’injections au «  majordane ». Les opérateurs économiques frôlant la faillite dans leurs affaires, les nouveaux investisseurs tentés par l’aventure dans ce secteur, y avaient englouti, sans compter des milliers de dollars. Avec ces faux produits en mains, les victimes ne trouvaient aucun preneur, contrairement aux promesses leur faites par les autres membres de la bande qui ne réclamaient que de fortes commandes. Aussi elles se sont rendues à l’évidence qu’elles étaient roulées dans la farine.


 Après les racines dénommées « griffonia» qui ont fait courir les victimes dans certains villages du Bas-Congo, notamment à Kisantu et dans le Bas-fleuve,  et qui se sont révélées sans aucune vertu thérapeutique, les malfaiteurs sont revenus à la charge avec les plantes médicinales appelées «  deliere ». Dans aucun répertoire des plantes médicinales, ce nom existe. Et la racine surnommée comme telle, est extraite des arbustes sauvages. Elle n’a aucune valeur marchande et ne peut pas constituer une matière première digne d’être exportable. D’ailleurs, sur le plan local, on ne s’en sert pas.
 Dernièrement,  Nkashama, diamantaire de son état, a eu vent du commerce florissant des plantes médicinales en Asie du Sud-Est et en Europe de l’Est. C’est un certain Roger Nzolantima qui un jour, à partir du Kenya où il est installé, lui fera part de belles affaires qu’ils pourraient réaliser ensemble dans le secteur très rentable de plantes médicinales. Roger connaît non seulement les laboratoires pharmaceutiques en quête de ces produits, mais le circuit de commercialisation au niveau du Kenya, avec des débouchées en Grande-Bretagne.
Pour le démarrage de l’affaire, Nzolantima a proposé au diamantaire, l’achat des racines «  deliere » dont un morceau de 5 cm de longueur reviendrait à 15 dollars à Kinshasa et rapporterait 50 dollars à Dar-es-Salam. Appâté par les gains pharamineux qu’il pourrait en tirer, Nkashama a donné son accord, promettant de constituer un stock important, afin d’éviter toute rupture de fournitures pouvant entraîner la suspension des livraisons.


 A Kinshasa, l’homme d’affaires a été invité à rencontrer un homme habitant la commune de Selembao. Papa Matondo serait un des grands vendeurs des plantes médicinales venant de Kasangulu, dans le Bas-Congo. Après un entretien téléphonique, Papa Matondo et le diamantaire se sont rencontrés dans une terrasse à Matonge où ils ont convenu de conclure ce marché.
Mardi dernier, Nkashama a acquis un sac rempli de ces fameuses racines «  deliere » pour une valeur de 25.000 dollars. C’est en voulant expédier cette marchandise au Kenya que le diamantaire apprendra que le premier laboratoire contacté exigeait une commande de cinq sacs. Le paiement n’allait intervenir qu’à la réception de ces sacs à Dar-es-Salam. Comme pour pousser Nkashama à se lancer tête baissée dans cette affaire, on lui passera au téléphone, un des responsables de l’industrie pharmaceutique kenyanne qui lui promettra, après six mois de livraisons régulières de racines, le paiement des acomptes à la commande.
 Le lendemain, le diamantaire a alerté tous ses amis pour trouver d’autres sources d’approvisionnement des racines «deliere». L’un d’eux le préviendra d’être sur une mauvaise affaire qui ressemblait étrangement à une escroquerie. Et depuis qu’il a tenté d’appeler Papa Matondo, le téléphone de ce dernier ne répond plus. Seconde surprise désagréable : Roger Nzolantima a fermé son appareil. Kenya est donc injoignable. A l’issue de toutes ces tentatives, Nkashama s’est rendu à l’évidence qu’il a été victime d’une escroquerie. Aujourd’hui, il recherche à travers les rues et terrasses de la commune de Selembao, un personnage qui ressemblerait au fameux Papa Matondo, cet escroc qui avait perçu 25.000 dollars.
 Voilà une autre affaire d’escroquerie parmi tant d’autres qui viennent de ruiner ces temps derniers, des hommes d’affaires dans la ville de Kinshasa, en quête des bénéfices plantureux en temps record.

J.R.T.

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