Des Enyele au Cinquantenaire : la RDC a-t-elle le droit de fêter ?

0
31

L’’activité en RDC est dominée par la guerre qui vient de secouer  la province de l’Equateur, la problématique de la révision constitutionnelle, la polémique entre l’ONG Américaine Human Rights Watch et Kinshasa sur  le massacre des Congolais par la LRA, en Province Orientale, la contestation ou la récusation de la qualité de Malu Malu en tant que président de la CEI par l’opposition politique, et l’organisation des festivités commémoratives du Cinquantenaire de l’indépendance de la RDC.

En vue d’éclairer la lanterne de l’opinion tant nationale qu’internationale, nous proposons cette position analytique.

Concernant la situation dans la province de l’Equateur, il est capital de souligner que c’est la preuve tangible de la fragilité des institutions politiques actuelles.

Quant à la problématique de révision constitutionnelle, elle ne doit pas être un « tabou ». Même le tabou peut être levé dans certaines circonstances socio-psycho-culturelles. Juridiquement, c’est admissible. Il y a des moments où, quelques dispositions constitutionnelles tombent de facto caduques. C’est-à-dire qu’elles ne reflètent plus les réalités temporelles. Mais, cette revisitation adaptative, ne doit pas diluer les principes immuables, fondateurs de la démocratie.

 

Sous cet angle, la préoccupation de tout observateur lucide est de savoir si la révision constitutionnelle en gestation, respectera les préalables juridico-politico-philosophiques. Si tel est le cas, la révision ne devra s’intéresser qu’à la disposition relative au découpage territorial. C’est matériellement impossible de créer actuellement 26 provincettes.

Ce qui est paradoxal, c’est de constater que, d’une part, le président de la République précise par le biais de la presse que 2011 est électoral, sinon, on tombe dans l’illégitimité ; et d’autre part, les fameuses structures informelles poussent leur réflexion, de façon subtile, à la révision de la disposition sur le mandat du Chef de l’Etat. En clair, Kinshasa distille des déclarations de bonnes intentions sur l’organisation des élections, juste pour la consommation interne et externe.

Au sujet de la polémique entre l’ONG Human Rights Watch et le gouvernement, sur les massacres des Congolais par la LRA, en Province Orientale, il est honnête de reconnaître le travail abattu par cette ONG. L’agitation du gouvernement autour du chiffre avancé par HRW, qui serait élevé, sans qu’il ait mené une contre-enquête fait tiquer. Serait-ce une banalisation de la vie humaine, pourtant sacrée ? Et pourtant, sous d’autres cieux, la mort d’une seule personne ébranle la conscience commune. Par cet acte, le gouvernement congolais ne fait-il pas subtilement l’apologie de l’impunité ! « Tolérance zéro », est-ce un slogan creux ?

Dans cette optique, devra-t-on appuyer les autorités congolaises dans leurs démarches de diabolisation des chercheurs canadiens, d’avoir, au terme de leurs investigations, réduit le nombre des morts, causés par les conflits armés en RDC, au moment où, les autorités congolaises se livrent au même exercice, en diminuant le nombre des victimes des massacres perpétrés devant témoins par une bande armée étrangère. Psychologiquement, on a donné du poids à ces rebelles pour perpétuer leur sale besogne. Dans des conditions politiques et sécuritaires actuelles, la présence de la Monuc est encore utile en RDC, pour le bien commun.

A propos de la récusation de la qualité de président de la CEI par l’opposition politique dans la perspective des prochaines opérations préélectorales et électorales, il est opportun de stigmatiser le rôle passif que joue l’opposition parlementaire face à certaines matières importantes. Qu’a fait concrètement cette opposition pour l’élaboration, l’adoption et même la promulgation de la loi sur la CENI ?

Tant que la loi sur la CENI est inexistante, y compris ses différentes structures, on donnera inutilement et gratuitement du crédit à l’actuel président de la CEI. Même si, cette loi est promulguée aujourd’hui par le Chef de l’Etat, l’opposition sera-t-elle capable de s’organiser rationnellement, pour désigner les personnes devant siéger valablement au sein de cette CENI ! J’ai appris que seuls les rapports de forces comptent dans la vie politique. Cette opposition dite républicaine, a-t-elle eu le courage de saboter, par exemple, certaines plénières du Parlement, pour exiger l’existence de la loi sur la CENI, depuis 2008 ? Ce moment est crucial. Il ne se prête qu’à des jérémiades ou à des communiqués sensationnels.

Au sujet des festivités prévues pour le Cinquantenaire, il est fondamental de s’interroger : qu’est-ce qu’on veut fêter ? Une personne continuellement endeuillée peut-elle fêter ? La RDC est-elle réellement indépendante ? Selon moi, il y a eu, dans les années 59-60, une simple tentative d’auto-affirmation de quelques Congolais, parfois incités en coulisses par les mêmes  colonisateurs, en vue de déstabiliser le pays.

Si fête il y a, le 30 juin 2010, on fêtera alors le Cinquantenaire des destructions, de la misère, de deuil, allusion faite ici à toutes les personnes mortes et autres victimes vivantes des événements politiques et militaires qui se sont succédés dans notre pays, depuis 1960 jusqu’aujourd’hui.

Achille Mutombo Cyaji

Président de CODES

LEAVE A REPLY

*