Des éléphants en colère contre les habitants de Malemba Nkulu

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Mangi10Jadis une chefferie agricole paisible et prospère, Nkulu dans le territoire de Malemba Nkulu, au Nord du Katanga, connaît depuis près de deux semaines, des ravages sporadiques répétés de ses vastes champs de maïs, de manioc, de haricots et d’arachides. C’est la récolte de toute une saison agricole qui est compromise, se plaint un agriculteur qui pressent la baisse de la production agricole. Un autre estime pour sa part, que cette situation va certainement entraîner la baisse des ventes des produits agricoles, et risque d’aboutir à une crise alimentaire, étant donné que la plupart des champs couvrent d’abord une culture de subsistance, avant que le surplus soit écoulé dans les marchés des territoires voisins.

Les auteurs de ces ravages ne sont autres que des éléphants de la forêt proche du territoire de Malemba Nkulu dans le Nord Katanga. Face à cette menace animale, le chef de la chefferie de Nkulu qui a fait part de ses inquiétudes à radiookapi, a transmis des rapports détaillées sur cette situation malheureuse aux autorités politico-administratives de la province et du district pour que des moyens appropriés soient mis en œuvre, de manière à refouler loin ces pachydermes. Il a aussi fait part des plaintes de ses administrés, au gouverneur et au gouvernement provincial, en sollicitant leur intervention, afin que la campagne agricole soit pourvue en quantités suffisantes de semences et d’engrais. Si ses cris de détresse ont été entendus, l’on croit savoir que cette semaine, des équipes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature ( ICCN), et du ministère de l’Environnement, Conservation de la nature et Tourisme, vont descendre sur le lieu, non seulement pour se rendre compte de la situation et évaluer des dégâts causés par les éléphants, mais aussi circonscrire la localisation actuelle de leur habitat naturel, afin d’entrevoir des stratégies pour le refoulement de ces animaux dont on sait qu’ils figurent parmi les espèces en voie de disparition classées dans la faune à protéger.

Ces ravages, comme il faudrait le rappeler, ne datent pas d’aujourd’hui. Ils remontent à plusieurs décennies, mais à chaque fois qu’il y a attaques de ces pachydermes, les riverains de la forêt ne cessent de se plaindre sans chercher à savoir les raisons de ce comportement peu habituel des éléphants. On se rappellera qu’à une certaine époque, devant expliquer ce phénomène, le pasteur Willy Cosma, le directeur général de l’Institut congolais pour la conservation de la nature, avait indiqué que dans leur comportement, les éléphants ne s’attaquent pas aux hommes qu’ils fuyent dès qu’ils s’approchent d’eux. C’est quand ils se sentent menacés qu’ils réagissent violemment.

Si rien n’est fait, les éléphants promettent de ravages plus destructeurs

 Les ravages des champs de la chefferie de Nkulu seraient probablement une réaction de colère de ces pachydermes, contre la destruction de leur habitat naturel. En effet, la déforestation à grande échelle entretenue dans cette partie de la république, a eu pour conséquence directe, la destruction de l’aire géographique qui abrite leur habitat naturel. Ne se reconnaissant pas dans une zone complètement déboisée, envahie au quotidien par des bandes d’exploitants forestiers, des riverains se livrant à la coupe du bois de chauffe, et même quelques braconniers, les éléphants se sont alors retournés vers les habitants des environs pour manifester leur colère. La manière la plus visible est cette descente punitive dans les champs et les multiples marches de protestation dans les villages.

            On peut en rigoler, mais les spécialistes des questions de la protection des espèces en voie de disparition, le savent. Ces attaques ne sont donc pas le fait du hasard, c’est une expression de colère qui traduit un mécontentement bestial face à la réduction de son espace naturel. Et si l’exploitation sauvage des forêts continue de plus belle, les éléphants finiront par s’attaquer aux hommes, causer des dégâts plus importants, voire des morts, avant d’émigrer vers d’autres forêts plus hospitalières pour leur espèce.

            Il ne fait l’ombre d’aucun doute que sous d’autres cieux, le respect de l’habitat naturel des éléphants par les populations riveraines, a toujours permis une cohabitation pacifique entre les hommes, la faune et flore. C’est là que se réalisent la symbiose et l’équilibre animal et végétal.

            Dans le territoire du Lac Mai-Ndombe et précisément à Kutu, dans le Bandundu, l’exploitation contrôlée du bois qui a favorisé également un reboisement rapide de la forêt, n’a jamais été source de conflits entre les populations riveraines et les éléphants. Toutefois, on a enregistré quelques attaques d’éléphants quand le braconnage faisait rage avec la chasse aux pointes d’ivoire.

A Malemba Nkulu, les populations riveraines de la forêt ne savent pas où aller se réfugier avant l’arrivée des équipes de l’ICCN et du ministère de l’Environnement, Conservation de la nature et Tourisme.            J.R.T.            

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