Des disputes et des dissensions dans les institutions

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Quel que  soit  le  niveau  où  ils  se trouvent  –  central  ou  provincial – les  animateurs  des  institutions  issues du  processus  électoral de  2006  sont en conflit avec les  règles  de  la  démocratie  et  de la gestion  orthodoxe des  affaires publiques. Pour preuve : la multiplication, à deux  ans  de  la  fin  de  la  législature,  des disputes et dissensions  au sein des   institutions. Il s’agit là d’un climat  inacceptable dans la mesure où à tous  les  échelons  du  pouvoir,  les  dirigeants  appartiennent  à une  coalition qui  avait  gagné  la bataille  électorale.


Entre  le  parlement  et  le  gouvernement, les  rapports  sont  peu  cordiaux.  Entre  les  parlementaires  tout  comme  entre  les  ministres, il  y  a  des  heurts  par  manque de  compréhension commune de  la  politique  générale du pays. Entre  les  gouverneurs  de province  et  les  Assemblées  provinciales ;  entre  les  présidents  des  Assemblées provinciales  et  les  députés  provinciaux, il  y  a  des  accusations mutuelles et  des  spectacles  dramatiques.
Mbandaka, Lubumbashi,  Kinshasa,  Goma,  Kananga, Matadi,   Mbuji-Mayi,  Bukavu, Maniema, Bandundu, Kisangani,  nulle part où les  organes exécutifs  et  délibérants  travaillent  ensemble dans l’harmonie et  la  concorde.  On  peut évoquer indistinctement  quelques cas de  désordre récents  et passés  comme des  spectacles  désolants  de  cette  législature.  José  Makila  est  déstabilisé  de  son  poste  de  gouverneur  de  l’Equateur  par  l’Assemblée  provinciale de sa  juridiction,  dont  la  majorité  des  membres et  lui-même  sont  censés  appartenir  à l’opposition. Il  est  accusé  de  détournement  des  fonds destinés  aux  enseignants.  Jean-Claude  Baende  qui  succède  à  Makila dont  il  était  le  vice-gouverneur, se  donne  tôt  en  spectacle.  Accusé  aussi  de  malversations, il  éconduit  la  commission sénatoriale   dépêchée  à  Mbandaka  pour  enquêter  sur  sa  gestion,  tient  des  conférences  de  presse  au  cours  desquelles il vilipende  le  Sénat,  et  va  jusqu’à  intenter  un  procès contre  le  Président  du  Sénat,  Léon  Kengo  wa  Dondo.  Et  pourtant c’est  le  Sénat  lui-même  qui  avait  auparavant demandé  au  gouvernement de  traduire  Jean-Claude  Baende  en  justice  pour son comportement  peu  recommandable.

 

Faut-il  s’étonner  de  l’arrogance  de  Baende,  un  homme qui a été  investi  dans  ses  fonctions  de  gouverneur  au  moment  où  il  était  en  plein conflit  avec  le  Sénat, et alors même que la justice devait s’intéresser à son dossier ?  Toujours à Mbandaka,  cette  fois-ci  c’est  le  président de  l’Assemblée provinciale,  Edmond  Mondombo Kanzo,  qui  est  à  couteaux  tirés  avec  les  députés provinciaux.   Le  député Jean-Gotran Ibambe  fait  une motion pour  empêcher  Mondombo, accusé  de  détournement des  fonds revenant  aux  élus, de conduire une  réunion  où  l’on traite  de son  cas,  afin  qu’il  ne  soit  pas  juge  et  partie.  Son  dossier  est si  sérieux  qu’il  y  a  une  lettre  du  Parquet informant le vice-président  de  l’Assemblée provinciale  de l’Equateur, Ghilain Nzayo,  que  le  président  Edmond  Mondombo  Kanzo  a  des  comptes  à rendre  à  la  justice.  A  Goma dans  la  Province  du  Nord Kivu,   le  gouverneur Julien  Paluku  s’était  trouvé à  un moment  donné en porte à faux  avec  l’Assemblée provinciale.  A  Kananga dans  la  Province  du  Kasaï  occidental, le  gouverneur  Trésor  Kapuku, destitué  par  l’Assemblée  provinciale qui  l’avait élu,  avait  été  remis  en  selle par  la  justice.

L’Etat  est  un  tout   indivisible

A  Lubumbashi, le  président  de  l’Assemblée provinciale,  Gabriel  Kyungu  wa  Kumuanza a pressenti  le danger pour le bureau qu’il doit de la présentation d’une motion de défiance contre  le  questeur.  4  députés  provinciaux  supposés  être  parmi  les  pétitionnaires, sont  roués  de coups  par  une milce privée, les fameux «Zulu» et autres 100% qui se sont rendus tristement célébres au Katanga. A Kinshasa,  le  président  de  l’Assemblée,  Roger  Nsingi, et  les  députés  ont  failli,  il  y  a  quelque  temps,  approcher le  point  de  rupture.  Au  niveau national,  entre  les  parlementaires  et  les  ministres  bien  qu’appartenant  à la  même coalition  au  pouvoir,  on  observe  des  sautes  d’humeur et  des  gestes d’antipathie.  Jusque-là  latent,  ce  climat  peu  cordial  a  commencé  à  se  manifester  au  grand jour à partir de  la session  parlementaire de septembre 2009.  Tout  ce  qui  vient  d’être  évoqué  n’est  qu’un  survol des  cas  tirés  au  sort  parmi  tant  d’autres,  illustratifs  du  fonctionnement  boîteux  des  institutions. La  conscience  d’assumer  en  bons pères  de  famille les  charges  officielles  dont  on  est  investi  fait  défaut.
On parle de  l’impunité  et  de  la tolérance  zéro.  Mais ceux  qui  incarnent l’autorité et  représentent  l’Etat  à  différents  niveaux  et  qui ont  pour mission de  régénérer  la  société, se  comportent les uns en  roitelets,  les  autres  en  proconsuls,  abusant  de  leur  pouvoir  et  créant  les  désordres  dans  leurs  juridictions  respectives.  Au moment  où  la  tolérance  zéro  est à l’ordre du jour,  des  spectacles  de  désordre  et  d’anarchie se  multiplient.  Leurs  auteurs  ne  sont  pas inquiétés, alors que  certains sont des  récidivistes impénitents  Pour  les  observateurs  tous ces  désordres  retombent  sur  le gouvernement central, qui  ne  parvient  pas  à  plier ceux qui  symbolisent  l’autorité  aux  principes  de  la  démocratie et de l’Etat  de droit.  Comment  peuvent-ils  s’occuper  des  affaires  du  pays  ceux  qui   sont  souvent noyés  dans  des  disputes  et  des  dissensions  ?

Jean  N’Saka wa  N’Saka
Journaliste  indépendant

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