Des craintes pour les Maï-Maï dressés contre leur patrie

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Connus et tolérés pour leur nationalisme outré, réputés pour leurs positions tranchantes et appréciés pour leur combat acharné contre les ennemis de la stabilité de la république, les différents groupes Maï-Maï que comptent notre pays, une myriade qualifiée de nébuleuse, ont opté aujourd’hui pour certains, pour un autre idéal. Pourtant, sous la bannière du nationalisme, ils étaient en total désaccord avec le régime en place quand ce dernier avait pactisé au nom de la paix avec les groupes rebelles étrangers. Et c’est avec une détermination héroïque qu’ils ont livré une guerre impitoyable contre les mouvements rebelles étrangers comme les FDLR, opérant en RDC. C’est ce qui leur a valu l’estime de toute la population congolaise et la considération dans toutes les instances où se discutaient les problèmes du Congo.

 A ce titre, les Maï-Maï étaient devenus des partenaires incontournables dans toutes les négociations engageant toutes les couches de la population, au point que lors du partage du butin de la guerre après le Dialogue intercongolais à Sun City, ils s’en sortirent avec des postes ministériels et des postes de commandement au sein des Fardc.
L’histoire retiendra qu’ils avaient affiché une opposition farouche à l’égard des éléments incontrôlés des Fardc qui s’étaient illustrés par des exactions, viols et autres faits répréhensibles contre les populations civiles qu’ils étaient censés défendre lors des différents fronts ouverts à l’Est de la république. Mais combien ne sont pas tombés dans leurs fiefs pour avoir défendu héroïquement l’intégrité territoriale, les autorités locales menacées d’extermination par ces « forces négatives » ? A leur actif, on incluerait également leur refus à toute forme de colonisation. Voilà un cahier de charges qui a trouvé un écho favorable au niveau de la classe politique congolaise et une oreille attentive de la part de certaines instances politiques.

Mais comment fonctionnent et sont structurés ces groupes Maï-Maï ?


Selon de rares informations qui nous parviennent, l’on sait que ces groupes Maï-Maï ne sont autres que des milices constituées autour d’un seigneur de guerre, d’un guerrier ou d’un ancien militaire de l’armée congolaise.  Autour de ce chef, gravitent des collaborateurs du même acabit et plusieurs bandes des partisans ou des fanatiques, défendant le même idéal et prêts à mourir pour cette cause. Ils sont hiérarchisés, structurés, organisés comme de micro-armées et jouissent d’une autonomie d’action et des moyens.  
  Au Katanga par exemple, on se rappellera que les groupes Maï-Maï de Tshinja-Tshinja et de Kyungu Gédéon s’étaient distingués par l’asservissement des populations locales, des crimes effroyables, le recrutement des enfants et des femmes, la chasse aux chefs de localités, de groupements et même à la police locale et aux Fardc. Ils avaient imposé leur loi et récoltaient des impôts sur toute la production locale ( agriculture, pêche et élevage, commerce…).
 Certains groupes disposaient même de leurs propres carrières où ils exploitaient des produits miniers, tels le coltan, l’or, le diamant,  l’émeraude et autres substances précieuses. Sous leur commandement, les services officiels des mines, du ministère de l’Intérieur, de l’ANR, étaient devenus inopérants. Car, ce sont ces groupes armés qui dictaient leur loi, sans avoir à se référer à aucune autorité provinciale ou nationale. Les quelques leaders de ces mouvements appréhendés à une certaine époque, croupissent encore dans les prisons sans que les procès sur leurs crimes soient ouverts. Bon nombre se sont évadés, et d’autres informations non encore confirmées, allèguent qu’ils ont tout simplement été relâchés.

Des questions qui devraient préoccuper le gouvernement et toute
la classe politique


 On peut se poser aussi mille et une question sur leur approvisionnement en armes et munitions de guerre. Lors de leur conquête de localités, on croit savoir qu’ils attaquaient des postes de police et profitaient de la fuite des policiers ou des militaires pour piller les casernes. On croit aussi de plus en plus qu’avec le retard de paiement de leurs soldes, certains policiers et militaires troquent leurs armes contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui fait l’affaire de plusieurs bandes de trafiquants d’armes qui sillonnent ces « sanctuaires » des Maï-Maï.
 D’autres sources signalent qu’après le démantèlement de différents fronts, une quantité importante d’armes a été soit abandonnée sur place, soit revendue auprès des chasseurs locaux ou aux groupes MaÏ-Maï. L’on sait que l’opération échange arme contre 100 dollars, ou arme contre vélo, avait permis d’en récupérer des milliers. Mais tout n’a pas été présenté lors du passage des délégués de l’ONG Parec, ni récupéré.
 Alors que certains groupes armés ont été dissous à la faveur de l’opération DDR ( Désarmement, démobilisation et réinsertion ), aujourd’hui, cependant, force est de constater que d’autres ont rallumé l’insécurité comme les Maï-Maï dirigés par le général Janvier et le général De la Fontaine. Ils continuent à semer la mort et la désolation dans leurs fiefs, au point que certains coins de l’arrière-pays sont érigés en no man’s land, des coins ingouvernables où ne peuvent s’aventurer certaines compagnies de régions militaires.
 Ceux des habitants des localités qui avaient osé défier les chefs de ces groupes Maï-Maï ont soit été tués, soit forcés à l’exil.
 Avec le rapport des enquêteurs de la Monusco, on a appris que certains groupes armés locaux étaient financés par des gouvernements des pays voisins dont le Rwanda, tels les Maï-Maï Raïa Mutomboki. Si ces informations se vérifiaient, l’on comprendra aisément que cette source de financement a pu donner des ailes à toutes ces forces négatives pour entretenir l’insécurité dans la partie Est, de manière à donner l’impression que le gouvernement de Kinshasa est incapable de gérer un territoire trop vaste avec ses faibles moyens d’action. Ayant affaire avec les Maï-Maï, les groupes rebelles étrangers et les mutins soutenus par les armées étrangères, nos forces armées ne pouvaient que récolter des défections et autres débâcles sur le terrain. Heureusement que requinqués par l’élan de solidarité nationale et l’appui de la communauté internationale, nos soldats ont repris l’initiative des combats avec le concours des forces de la Monusco. La preuve que l’on pouvait brandir en ce moment-là est que le régime de Kinshasa ne parvient pas à restaurer la paix et la sécurité à l’Est est détruite.
 L’heure est donc venue de repenser nos moyens d’action. D’un, il faut rallier à notre cause, tous ces différents groupes Maï-Maï avant de les démobiliser et les désarmer. De deux, il faut renforcer les effectifs des Fardc avec les anciens militaires expérimentés des ex-Faz, dans le cadre de la mobilisation générale lancée par le Chef de l’Etat. Car, s’il faut attendre la constitution de la Force neutre internationale, on ne sait pas qui sont les experts à qui l’étude de faisabilité a été confiée, quand ce projet pourra être soumis à l’Union africaine, qui en seront les bailleurs et quelles sont les modalités de participation de chaque pays contributeur en hommes et équipements. On ignore quand interviendra enfin, sa mise en œuvre. Faudra-t-il des trimestres, voire des semestres ou même une année ? Nul ne le sait pour l’instant.
 Entretemps, comment aura évolué la situation sur le terrain, si des solutions idoines ne sont trouvées dans l’immédiat, pendant que ça gronde au front ?      

 J.R.T.

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