Des bandes des Kuluna s’attaquent aux policiers et aux expatriés

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Une bande des cheveux hérissés sur le crâne, les yeux rouges de rage, la bouche sentant l’herbe et crachant des menaces, le pantalon rabaissé dévoilant le sous-vêtement, une machette tranchante à la main, tel est le prototype des marginaux surnommés «  Kulunas » et qui depuis des années, sèment la mort et la désolation dans la ville de Kinshasa.
Agés entre 16 et 23 ans, ils opèrent par bandes de plus de 10 membres regroupés autour d’un chef et de son adjoint traînant tous les deux, non seulement un casier judiciaire lourd, mais une expérience criminelle propre à procurer le froid dans le dos.

Chaque commune de Kinshasa en compte au moins cinq groupes rivaux qui se disputent le leadership sur toute la mairie.
Véritable phénomène de société, les Kulunas ont rallumé la flamme du banditisme urbain avec cette particularité qu’ils attaquent de paisibles citoyens dans des rues moins fréquentées, devant des ponts reliant des quartiers, et dans les voisinages de petits marchés et des manifestations telles que les fêtes de mariage et les concerts.

En tête, Matete, Makala, Bumbu, Selembao, Lingwala, Kinshasa et Barumbu, suivies de Bandalungwa, Kingabwa, Ngaba et Kisenso. Enfin, Ndjili, Kimbanseke, Masina, Kingasani et camp Mombele, pour ne citer que celles-là, toutes ces communes et ces quartiers ont subi la loi des Kulunas. Les victimes ne se comptent plus et les plaintes déposées à la police n’ont pas toutes été traitées avec diligence, au motif qu’au lendemain de leur transfert dans les différents parquets de la ville de Kinshasa, ces criminels retrouvent facilement leur liberté de mouvement, prêts à relancer leurs activités criminelles.
Les responsables de la police qui déploient des efforts titanesques pour nettoyer la ville, exposant leurs hommes à la vendetta de ces marginaux, ne comprennent pas comment ces hors la loi peuvent bénéficier des «  circonstances atténuantes », alors que leurs agressions sont doublées de meurtres et des cas d’amputations des membres inférieurs de leurs victimes. Et souvent, après leur libération, ces Kuluna rentrent aux différents postes de police pour signaler leur remise en liberté, quelquefois pour «  insuffisance des preuves », alors que leurs dossiers étaient transférés aux parquets avec des pièces à conviction, telles que des machettes, des gourdins, des barres de fer… et autres objets tranchants ou contondants.

  
Les victimes, généralement des piétons, sont encerclées aussitôt qu’elles pénètrent dans leur zone opérationnelle. Même s’ils cèdent leurs biens de valeur par crainte d’agressions, les paisibles citoyens sont attaqués à la machette, aux tessons de bouteilles, aux pierres et barres de fer. Des coups de cette arme blanche pleuvent sur la tête, les membres supérieurs ou inférieurs. Ces marginaux n’ont pas horreur de sang, ni des blessures béantes causées à leurs victimes, ni de la mort causée à ces dernières.

Des militaires et des policiers parmi les victimes des Kuluna

Leur cruauté ne cible pas d’âge spécifique, ni de sexe particulier, ni même une catégorie sociale bien déterminée, mais toute personne qui traverse leur fief, ou qui ose leur résister. Des militaires et des policiers se promenant seuls et tard la nuit, gardent de mauvais souvenirs de leur rencontre avec ces hors-la-loi. Le sous-commissaire José Mombili du Bataillon de la police d’investigations criminelles, pour ne citer que ce dernier cas en date, s’en est sorti dernièrement avec le bras droit coupé, en dehors d’un traumatisme crânien dû à un coup violent de machette lui administré sur la tête. Aujourd’hui, ce jeune policier rendu invalide avant l’âge normal de la retraite, doit apprendre à vivre désormais pendant des années avec une prothèse, chose à laquelle il n’a jamais pensé au sein de son unité. Même si ces agresseurs de l’écurie Bagdad ont été condamnés au terme d’un procès en flagrance, ils ne regrettent pas leur crime qui a brutalement mis fin à la carrière du jeune policier de la section antigang.

On croyait que ce genre d’attaques se limiteraient dans des communes la jeunesse délinquante est majoritaire, des faits nouveaux nous apprennent que ces marginaux se sont signalés dans les mairies de Gombe et Limete, jusque-là épargnées des ravages de ce fléau. Cette fois, ils ont visé des expatriés qui ne se promenaient pas tard dans la nuit, sur des rues obscures, mais dans leurs appartements. Et cela donne à réfléchir sur les réelles visées de ces bandits.
Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2012, deux bandes des Kulunas se sont acharnés sur deux expatriés. Vers 2 heures du matin, un de ces groupes a opéré dans la concession de la société Ozacaf où ces malfaiteurs ont fait irruption dans la chambre à coucher d’un sujet indien. Comme au sortir d’au cauchemar, Bindosh Sabanat est face-à-face à des marginaux. Il n’a pas le temps de comprendre comment et pourquoi ces marginaux sont chez lui. Pendant qu’ilo cherche à les repousser, des machettes s’abattent sur lui. Son bras droit coupé à la machette, les malfaiteurs se sont aussitôt volatilisés dans la nature. Sans rien prendre dans son domicile. C’est à croire qu’ils étaient venus pour lui infliger une «  correction » d’une rare cruauté.
Au même moment, à plus d’un kilomètre de là, à Gombe, une autre bande de ces hors-la-loi a  pu accéder dans l’immeuble contigü à l’ambassade de Belgique, gardé par des agents d’une entreprise de gardiennage.

On ne sait pas comment ils sont entrés dans l’appartement occupé par un sujet libanais, situé au 9ème niveau. Ici, ils ont attaqué El Fakih Reda, acheteur de diamants. Un coup de machette sur la jambe, la victime était blessée. Dans cet appartement, les bandits recherchaient quelque butin et se contenteront de 15.000 dollars leur remis par l’acheteur de diamants. Des minutes plus tard, ils sont sortis en catastrophe sans se faire suspecter. Sont-ils aussitôt sortis de l’immeuble ou se cachaient-ils dans un des appartements en attendant qu’il fasse jour, personne ne le sait ? Toujours est-il qu’ils n’ont pas été identifiés.
Avec ces agressions dirigées contre des policiers et des expatriés, il y a lieu de reconnaître que les Kuluna ont franchi le rubicon. Ils narguent la police, étant donné qu’ils bénéficient de la « protection » de certains fonctionnaires de services pénitentiaires. Avec cet appui, leur séjour en prison est écourté et leur libération assurée, s’ils n’ont pas bénéficié des condamnations de complaisance qui les réconfortent dans leur volonté de persévérer dans les crimes.
A cette allure, on tend vers des bandes plus organisées ayant des souteneurs dans les rangs de la police et de la justice. Cela rappelle étrangement le banditisme de l’ère alcaponienne aux Etats-Unis.
Si l’on veut réellement éradiquer le phénomène Kuluna, il faut sanctionner sévèrement ces marginaux qui n’ont pas horreur de sang, ni des remords pour avoir tué de paisibles citoyens.

Pour ce faire, tous les quartiers leur servant de repaires, doivent être ratissés, les pseudo   clubs d’haltérophiles de coins de parcelles utilisant de vieux vilebrequins comme haltères doivent être fermés, s’ils ne répondent pas aux normes sportives.
La population est étonnée de constater que quand il s’agit des manifestations politiques de l’opposition, la police déploie de gros moyens comme des grenades lacrymogènes, des canons à eau et même des armes létales. Mais face à ce fléau, on n’entrevoit pas une opération de ratissage d’envergure, ni des interpellations des malfaiteurs pouvant déboucher sur leur arrestation. Des cas de récidive sont malheureusement traités avec complaisance, comme si la législation pénale en la matière n’est pas assez sévère. 

J.R.T.

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