Dernier virage de la législature : députés et Sénateurs : distraction interdite !

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Membres de l’Assemblée Nationale et du Sénat ont rompu, depuis hier mercredi 15 septembre 2010, avec leurs vacances statutaires de trois mois. Bien que la présente session soit réputée budgétaire, il n’empêche qu’y soient intégrées des matières « imprévues ». Ces « chiens de garde » de la République sont invités à ne pas tomber dans la distraction, face aux défis politiques, sécuritaires, économiques et sociaux immédiats et à venir. Actualité oblige ! De nombreux compatriotes sont quelque peu déçus du silence observé par les présidents des deux chambres, dans leurs allocutions du jour, au sujet du rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. 

            Pourtant, ce document dont tout le monde parle voici trois semaines et qui suscite une forte agitation dans plusieurs capitales de l’Afrique Centrale, des Grands Lacs et de l’Afrique Australe, dresse le répertoire des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par des armées étrangères et des groupes armés, nationaux comme étrangers, à travers le territoire national, de 1993 à 2003. 

Nombre de compatriotes auraient aimé connaître la nature de la contribution du Parlement congolais au débat, en raison de la présence, au nombre des millions de personnes tuées, violées, torturées, enterrées vivantes, brûlées vives, arrêtées arbitrairement ou mutilées de leurs électeurs potentiels.

            Certains n’ont pas pu leur apporter leurs voix en 2006 puisque privés du souffle de vie avant ces échéances électorales. D’autres, à savoir des millions de rescapés, souffrent encore du traumatisme des traitements inhumains et dégradants subis ou des tragédies vécues en direct. Les députés et sénateurs ne devraient pas donner l’impression de ne pas être concernés par un dossier ultra-sensible, pour lequel les Nations Unies attendent les observations des gouvernements des pays cités avant sa publication, le 1er octobre 2010.

Au moment où le Rwanda, pays présumé responsable du génocide commis en terre congolaise, cherche à se dédouaner, en s’appuyant notamment sur la RDC comme témoin à décharge, il n’est pas normal que le Parlement congolais se taise. Nous osons croire que des sénateurs et des députés qui ont eu à s’exprimer sur le sujet ex-cathedra, auront le courage de porter le débat à l’intérieur de l’hémicycle de Lingwala, afin de permettre à la Nation de prendre une position claire face au flou qu’entretient Kigali. 

Provinces malades… pays malade ! 

            Le diagnostic du président du Sénat a été édifiant au sujet de l’état comateux de nos provinces. La mauvaise gestion, le manque de vision politique, l’amateurisme administratif, la non- maîtrise des textes sont autant de maux, selon Léon Kengo, qui rongent les entités territoriales décentralisées. Bref, en quatre ans de mandat, les gouvernements et parlements provinciaux ont fait marcher l’arrière-pays à reculons.

            Au fait, ce qui arrive au pays, à travers les animateurs des institutions provinciales, découle du rapport de force entre les pouvoirs exécutif et législatif. Au plan national comme provincial, l’issue traditionnelle des contrôles parlementaires, interpellations, motions de censure ou de défiance, questions orales ou d’actualité est connue : le non-lieu. Les rares provinces où les têtes sont tombées sous la pression des « parlementaires » sont l’Equateur, le Sud-Kivu, le Maniema et le Nord-Kivu.

            On a assisté même, cette année à un bras de fer d’un genre particulier entre le Sénat et un gouverneur de province. En effet, pince sans rire, Jean-Claude Baende, accusé de graves fautes de gestion par une commission sénatoriale conduite par le professeur Lunda Bululu, a refusé de comparaître devant cette institution. Il s’est même permis un crime de lèse-majesté, en traînant le président du Sénat devant la justice pour imputations dommageables.

            De son côté, son homologue de l’Assemblée Nationale a insisté sur une visibilité réelle, en 2011, des retombées de l’effacement de notre dette extérieure, grâce au mécanisme de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés. Mais, est-il possible de satisfaire le « social » des laissés pour compte si à l’Assemblée Nationale, au Sénat comme dans les Assemblées provinciales, les textes relatifs aux avantages financiers et matériels à conférer aux élus prennent le pas sur ceux susceptibles de booster le bien-être du grand nombre ? L’on n’a qu’à revisiter la configuration de différents budgets nationaux et provinciaux, depuis 2007, pour constater que les élus du peuple privilégient leur propre confort matériel par rapport au sort de leur électorat.

            2011 devrait être à la fois une année électorale, « sociale » et d’une plus grande visibilité des 5 chantiers de la République. Ce sera le dernier virage d’une législature qui a beaucoup promis mais très peu réalisé.                                

Kimp.

 

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