Députés « nommés », guerre des clans à la MP, « dédoublement institutionnel »… : en route pour une RDC ingouvernable

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Après les tripatouillages électoraux du 28 novembre 2011, nombre d’observateurs pressentaient des lendemains difficiles pour le Congo en délicate phase de démocratisation. Le pronostic le plus largement partagé était que le pire se trouvait devant le peuple congolais. Deux mois après, les faits semblent donner raison aux pessimistes. Au lieu de recréer l’unité nationale, de réconcilier les Congolais, de consolider la paix, de réhabiliter l’autorité de l’Etat, de crédibiliser davantage les institutions de la République et leurs animateurs, les scrutins présidentiel et législatifs nationaux ont aggravé les clivages politiques, sociaux, ethniques et tribaux entre filles et fils de notre pays. Ils ont largement rouvert les plaies mal cicatrisées du processus électoral de 2006.
Des millions de compatriotes appelés aux urnes pour choisir librement les futurs membres de l’Assemblée Nationale se retrouvent aujourd’hui avec des députés pour la plupart « nommés » à partir des officines privées. Ces « nominations », au lieu d’être fatales aux seuls candidats de l’Opposition et aux indépendants, ont curieusement fait les dégâts les plus meurtriers dans les rangs des affiliés de la Majorité Présidentielle. Les non initiés n’allaient rien savoir si la guerre des clans n’avait pas éclaté au sein de la famille politique du Chef de l’Etat.

Comme dans un conte de fée, des langues se sont déliées en chaîne, pointant des dignitaires du Régime comme les principaux commanditaires du hold up électoral avalisé par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) de Daniel Ngoy Mulunda. A ce jour, des dizaines de leaders des partis et regroupements politiques de la Majorité Présidentielle sont décidés à ne pas laisser s’installer au Palais du Peuple, siège de l’Assemblée Nationale, de faux députés fabriqués dans le « laboratoire » de leur propre « maison ».
A l’image des chefs des partis et regroupements politiques de l’Opposition, ils en appellent à l’annulation pure et simple des élections législatives nationales du 28 novembre. Divisée, la famille politique du Chef de l’Etat est partie pour une longue guerre de tranchée, voir des combats au couteau dont l’issue reste imprévisible.

S’agissant de l’Opposition, qui avait en son temps crié à l’escroquerie électorale et exigé le retour du peuple à la case départ en vue de faire éclater la vérité des urnes, elle s’est d’ores inscrite dans la logique du « dédoublement institutionnel ». En effet, depuis le 23 décembre 2011, date de la « prestation de serment » d’Etienne Tshisekedi en qualité de Chef de l’Etat, cette plate-forme politique ne se reconnaît plus dans celui pourtant investi par la Cour Suprême de Justice, à savoir Joseph Kabila. Et, très bientôt, la « présidence » de Limete pourrait rendre publique la composition de son « gouvernement ».
Dans la tête d’Etienne Tshisekedi et de ses partenaires politiques, les élections législatives du 28 novembre 2011 sont déclarées nulles et de nul effet. Ici, le nouveau processus électoral devrait être enclenché au mois de février, avec les opérations de recensement général de la population congolaise. Un projet de chronogramme électoral est en chantier, dont l’agencement prévoit les élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales et nationales.

La Nation en danger
Le pouvoir d’Etat est actuellement pris entre deux feux. D’une part, une importante frange des membres de la Majorité Présidentielle semble déterminée à ne pas laisser le pays sous la gouvernance d’une flopée d’usurpateurs des mandats de députés nationaux. D’autre part, l’Opposition avait déjà désavoué les résultats prétendument compilés par la CENI. Et, les révélations fracassantes des sociétaires de la famille politique du Chef de l’Etat faisant état de la présence des listés élaborées par des « faucons » du pré-carré présidentiel, dans centres locaux de compilation de cette institution d’appui à la démocratie, ont apporté de l’eau au moulin des Opposants.

Etant donné qu’il est désormais acquis que le processus électoral de 2011 est une entreprise de haute tricherie sur toute la ligne, personne ne pourrait se reconnaître dans les institutions où tenteraient de siéger des individus qui n’ont pas reçu la bénédiction du souverain primaire dans les urnes.
La RDC n’a jamais été près de l’implosion depuis la fin de la fin du Régime 1+4, le O6 décembre 2006. Compte tenu du refus catégorique d’avaliser le hold up électoral aussi bien du côté des caciques de la Majorité Présidentielle que des inconditionnels de l’Opposition, l’unique voie de sortie reste l’annulation des élections législatives qui font la honte nationale. Sans cette pilule amère, le pays risque de devenir ingouvernable à plus ou moins brève échéance.

Kimp

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