Le député Ewanga dévoile les secrets de Béatrice Hôtel

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ewangaQue s’est-il réellement passé pendant trois jours à Béatrice Hôtel, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa ? Alors que l’on spéculait sur le contenu réel des travaux du Comité Préparatoire du dialogue, un coin de voile vient d’être levé par un participant.

Il s’agit du délégué de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) et député national, Jean-Bertrand Ewanga. Après avoir déposé sa démission du poste du Secrétaire général de ce parti sur la table de son président, Vital Kamerhe, Jean-Bertrand Ewanga a dénoncé dans un point de presse hier qu’il a animé hier mardi 30 août 2016 au CEPAS, à Gombe, un « coup d’Etat Constitutionnel » planifié au niveau du Comité Préparatoire du dialogue, qui devrait démarrer le 1er septembre 2016 à Kinshasa, dans le but d’instaurer « une monarchie présidentielle en République Démocratique du Congo ».

L’élu d’Ikela, dans l’ex-province de l’Equateur, a fait savoir, par la même occasion, avoir renoncé à sa participation au dialogue qui se tiendra, d’après lui dans un camp militaire, à savoir la Cité de l’UA, sous haute surveillance militaire. Il a, à cet effet, accusé ses pairs de l’opposition présents aux travaux préparatoires de cautionner « un complot contre la République », en contrepartie des postes juteux au gouvernement et dans les entreprises publiques.   

Il a également fustigé les accointances du facilitateur du dialogue, Edem Kodjo, avec la Majorité Présidentielle. Ce député de l’opposition a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle contribue à une issue pacifique de la crise qui menace la stabilité de la RDC.

EW              

Mesdames et messieurs de la presse,

 Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à rappeler à l’opinion nationale que, par idéal patriotique, j’avais choisi de démissionner du PPRD et, par conséquent, de mon mandat de député national. J’avais pris cette grave décision d’abandonner les immunités et autres avantages pour soutenir un combat que j’avais jugé juste et salutaire pour notre peuple et pour la République, gravement menacée par l’incursion en terre congolaise des troupes rwandaises en complicité avec le pouvoir en place qui n’avait pas respecté les procédures en la matière. Depuis lors, j’ai, en ma qualité de cofondateur de l’UNC, mené mon combat politique pour l’alternance en RDC, pour le respect de la Constitution, pour la paix, la sécurité et le bien-être de notre peuple, lequel combat m’a injustement conduit en prison. Je voudrais ici, tout en remerciant tous ceux qui m’avaient soutenu dans cette épreuve, affirmer haut et fort que ceux qui m’y avaient envoyé ont échoué dans leur projet de me décourager et d’altérer mon engagement pour la démocratie. Bien au contraire, j’en suis sorti plus déterminé à continuer la lutte en faveur du peuple.

            Depuis ma libération jusqu’à ce jour, je n’ai cessé de me battre au niveau de mon Parti, l’UNC et de la Dynamique de l’opposition pour le respect de la Constitution et pour l’alternance que le peuple congolais appelle de tous ses voeux. C’est justement pour empêcher la prolongation indéfinie du mandat du Président de la République en exercice que j’avais levé l’option de participer aux travaux de Genval qui ont engendré le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. En y allant, j’avais et je continue à avoir la ferme conviction que face aux nombreux pièges de la majorité au pouvoir, seule l’unité de l’opposition pourrait sauver la République du danger de la monarchisation du pouvoir dans notre pays.

            En effet, nul n’ignore que dans sa stratégie de se pérenniser au pouvoir, la majorité kabiliste a refusé d’organiser les élections et préféré imposer un dialogue qui conduirait à la modification de la Constitution. Déterminée dans son projet, la majorité au pouvoir s’est procurée l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle destiné à maintenir le Président Kabila au-delà de son second et dernier mandat en vue d’une transition et, partant le changement de la Constitution. Pour rien au monde, engagé en politique par idéal, je ne saurais cautionner pareille démarche que je considère comme une haute trahison.

Mesdames, messieurs  de la presse,

            Secrétaire Général de l’UNC et coordonnateur de la CVAD, j’ai été désigné pour représenter le Parti aux travaux du comité préparatoire au dialogue et ce, en contradiction avec les options levées par la Dynamique et le Rassemblement dont, jusqu’à preuve du contraire, l’UNC fait partie. C’est ici que vous comprendrez le motif de mon boycott de la première journée de ces travaux. En effet, en ma qualité de MEMBRE de la Dynamique et du Rassemblement, je me devais d’en observer le mot d’ordre de la journée ville morte.

            C’est pourquoi, en ma qualité de participant auxdits travaux, tenus la semaine dernière à Kinshasa, travaux dont beaucoup d’entre vous ont eu à couvrir le déroulement, j’ai tenu, par devoir patriotique, par respect pour la Constitution et la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies, j’ai tenu, disais-je, à vous inviter pour faire à l’opinion tant nationale qu’internationale, ma restitution de ce qu’ont été ces pourparlers.

            Ma démarche ce jour consiste à porter à la connaissance du public, ce qui a été dénoncé dès le premier jour et qui s’apparente à rien d’autre qu’un complot contre la République, une machination montée de toutes pièces pour anéantir les acquis de notre lutte et jeter dans les oubliettes de l’histoire, la Constitution de la République.

            Sans aller trop dans les détails, je m’en vais vous décrire ce qui s’est passé à l’hôtel Béatrice avant de vous donner ma conclusion :

Du déroulement  des travaux

 

            J’ai pris part aux travaux préparatoires, du début à la fin et j’ai pu noter que nous étions en face de plusieurs pièges tendus par la majorité dans le but d’arracher désespérément une caution pour légitimer son coup d’Etat visant à égorger définitivement le pacte républicain laborieusement arraché à Sun City. J’ai noté, du début à la fin, la persistance des questions taboues que personne n’a voulu soulever et pour lesquelles les négociateurs de la majorité exerçaient une pression sur le facilitateur et certains délégués dits de «l’opposition » comme de la société civile, du reste recrutés par le facilitateur lui-même et sélectionnés à dessein.

C’est le cas du principe d’alternance démocratique clairement souligné dans le préambule de la Constitution, du sort de l’actuel Président de la République dont le second et dernier mandat échoit le 19 décembre 2016, de la question des préalables posés par le Rassemblement et qui ne semblait plus préoccuper personne.

            Ma présence au comité préparatoire m’a permis de conclure que l’opposition présente à ces travaux est prise au piège de la majorité au point qu’elle n’a aucune autre issue sinon que de servir de caution au coup d’Etat constitutionnel en gestation à travers soit la révision constitutionnelle, soit le changement de la Constitution ou encore le référendum inopportun mais évoqué par certains caciques du pouvoir et dont le projet semble à portée de main.

            J’ai été fortement secoué lors des pauses café par les entretiens de couloirs organisés par les délégués de la majorité, qui ont tenu à rencontrer individuellement chaque participant. C’est au cours de ces apartés que les opposants ont été bourrés de promesses alléchantes des postes ministériels, de chefs d’entreprises publiques et d’autres avantages à telle enseigne que la question fondamentale des préalables était devenue secondaire. Je me suis vu moi-même bombardé virtuellement, dans ces couloirs, d’un juteux poste de vice premier ministre dans un gouvernement dont je ne sais devant quelle majorité il va répondre.

            Choqué par cette ambiance de complicité et, apparemment de félonie qui menace l’avenir de la nation, j’ai observé les mêmes appréhensions dans le chef de certains des participants avec lesquels j’ai eu à échanger quant à ce. Je suis convaincu que chacun, dans sa conscience, en tirera les conséquences qui s’imposent.

Du facilitateur et du rôle du groupe de soutien

            Il vous souviendra que le facilitateur a été récusé par le Rassemblement à cause de ses apparentes accointances avec le pouvoir en place. Au cours des travaux, j’ai pu établir la véracité de ces allégations notamment à travers la police complaisante des débats devant un panel passif et vraisemblablement inexistant. En un mot comme en mille, plutôt que d’être neutre, le facilitateur s’en trouve neutralisé par la majorité qui a placé autour de lui, son artillerie lourde qui oriente, téléguide et dirige toute son action.

Des préalables

            Cette question constitue, à mon humble avis, la pierre d’angle pour la décrispation du climat politique en vue du dialogue. A ce sujet, je n’ai pas noté, dans le chef du gouvernement comme du facilitateur, une réelle volonté d’y accéder pour créer les conditions favorables à la tenue d’un dialogue véritablement inclusif et crédible.

Ici, il y a lieu de souligner qu’en dehors d’une mesure de grâce présidentielle ou d’adoption d’une loi d’amnistie, on ne peut se convaincre de l’effectivité des mesures annoncées par le Ministre de la justice comme réponse à cette exigence.

            Ces mesures ont ceci de particulier qu’elles pourraient impacter négativement les affaires politico-judiciaires à charge de certains politiques à toutes les instances de procédure, qu’il s’agisse des poursuites judiciaires comme c’est le cas de Vital Kamerhe (dans l’affaire contre l’honorable Wivine Moleka, du bâtonnier Jean Claude Muyambo, de monsieur Moïse Katumbi, etc, ou des condamnations notamment pour l’honorable Diomi Ndongala et bien d’autres victimes de l’arbitraire, comme les anciens soldats du MLC, de Firmin Yangambi et d’Eric Kikunda qui, bien que déjà amnistiés, continuent à croupir dans les geôles comme otages du pouvoir.

De l’inclusivité

            La résolution 2277 a établi l’inclusivité comme un principe sacrosaint de la tenue du dialogue en RDC. A mon humble avis, on ne peut parler de l’inclusivité sans la présence d’Etienne TSHISEKEDI, de Vital KAMERHE, de Jean-Pierre BEMBA de Moïse KATUMBI et de Joseph Kabila lui-même. A ce stade, la présence de certains opposants obtenue par le débauchage ne peut nullement être confondue à l’inclusivité. Des participants de l’UDPS ou du MLC qui n’ont pas reçu mandat de leurs partis politiques en est la preuve. Elle trahit la mauvaise foi de la majorité, la partialité manifeste du facilitateur de même qu’elle fonde la crainte que ces travaux qui se tiennent en l’absence des poids lourds de la politique congolaise ressemblent bien à une machine qui finira par cracher.

            Dans ce contexte, la majorité aborde le dialogue avec une représentativité écrasante en termes du nombre des participants, on sait pourquoi. Comment expliquer qu’en dehors de ses propres délégués, elle bénéficie en plus du quota prétendument réservé au facilitateur, on ne sait en quelle qualité ? Il en est de même du bénéfice que la majorité tire des participants débauchés au niveau de l’opposition et de la société civile. C’est clair, le quota de la majorité est encore gonflé par les délégués de «sa propre opposition » qui siège au gouvernement, en violation de la Loi portant statut de l’opposition. Dans ces conditions, il va sans dire que le rapport de forces est décidément en faveur du pouvoir en place.

Du site des travaux  du dialogue

            Le fait que le facilitateur, obéissant à une injonction de la Majorité, ait opté pour la cité de l’UA qui, en réalité, est un camp militaire, comme site de tenue des travaux du dialogue est significatif de tout ce qui précède. Ainsi placés sous la surveillance de la Garde républicaine, les délégués au dialogue seront obligés de travailler sans indépendance ni liberté d’esprit.

Mesdames, Messieurs de la presse,

            J’ai voulu, par ma démarche, alerter notre peuple sur les dangers qui guettent la nation. J’ai tenu à interpeller le Président de la République, garant de la constitution, pour qu’il en garantisse le strict respect en aidant le pays à vivre sa première passation civilisée du pouvoir.

            Il aura prêché par l’exemple. J’ai tenu également à sensibiliser le leadership de l’UNC, mon parti, sur la dérive que constitue son orientation actuelle et qui semble être contraire aux attentes de notre peuple.

J’en appelle au sursaut patriotique de la classe politique et de tous les hommes de bonne volonté pour épargner notre peuple des affres de l’incertitude vers laquelle nous conduit le pouvoir en place.

            Enfin, je demande à la communauté internationale d’être attentive à la question des préalables et de la neutralité de la facilitation, sans quoi, son oeuvre actuelle risque d’être vaine. Je souhaite vivement que la Communauté internationale ne soit pas ce médecin qui court au chevet d’un malade déjà mort alors qu’il pouvait le sauver s’il était intervenu à temps.

            En considération de ce qui précède, j’ai décidé, ce jour, de renoncer à ma participation aux travaux du dialogue annoncé pour le 1er septembre prochain et, pour en tirer toutes les conséquences, je démissionne de mes fonctions de Secrétaire Général de l’Union pour la Nation Congolaise. Ceci, pour ne pas gêner le Président national de l’UNC, l’honorable Vital KAMERHE, dans cette démarche politique périlleuse pour la nation et que je désapprouve totalement.

Honorable Jean Bertrand EWANGA

IS’EWANGA