Dépenses publiques : le gouvernement invité à la prudence

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Bien qu’il ait pu engranger d’importants excédents budgétaires au début de ce mois de juin 2010, et réussi par la même occasion, à stériliser 54,4 milliards de FC, le gouvernement reste soumis à de fortes pressions de dépenses publiques auxquelles il doit faire face. Il y a en priorité la grève des agents de la Fonction publique, ainsi que ceux de la Justice, la poursuite des dépenses relatives aux travaux d’infrastructures et l’organisation en même temps, des festivités du Cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, pour ne citer que celles-là.

La situation macro-économique qui paraît propice à quelques débordements de joie et quelques dérapages financiers, demeure malheureusement délicate, parce que sous haute surveillance des Institutions de Bretton Woods dont les conseils d’administration s’apprêtent à statuer sur les critères d’évaluation du programme économique du gouvernement PEG II et de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE.

Voilà pourquoi le cadre institutionnel de surveillance de l’évolution du cadre macro-économique, a tenu vendredi 18 juin à la Banque centrale du Congo, sa 6 ème réunion ordinaire, pour faire le point de la situation économique, monétaire et de la politique du taux de change dans la perspective de ces grandes échéances. En l’absence de son président, le gouverneur Jean-Claude Masangu Mulongo, c’est le vice-président Jean-Louis Kayembe, le directeur général en charge de la politique monétaire et des opérations bancaires à la Banque centrale, qui a dirigé les travaux du Comité de politique monétaire élargi.

La lecture de la situation macro-économique au 17 juin 2010, relève une baisse de 0,02 % du niveau général des prix à la deuxième semaine de juin 2010. Cette évolution, ont noté les membres du Comité de politique monétaire, induit une baisse de l’inflation globale qui s’est établie à 4,58 % contre 4,62 % deux semaines plus tôt. La poursuite de cette tendance se traduirait à fin décembre 2010, par une inflation de 10,65 % contre un objectif annuel de 15 %. Sur le marché de change, c’est la poursuite de la stabilité relative du taux de change sur les différents segments des marchés qui est enregistrée avec satisfaction. Cependant, sur le marché monétaire, il y a eu augmentation tendancielle des taux d’intérêt réels, induite par le ralentissement notable de l’inflation.

Pour le Comité de politique monétaire, toutes ces évolutions tiennent essentiellement au renforcement de la coordination et de la prudence dans la conduite des politiques budgétaire et monétaire. La prudence dans la gestion de la politique budgétaire, via les excédents de trésorerie, a permis de neutraliser 10,1 milliards de FC aux 17 premiers jours de juin 2010.

Au tableau de bord, les instruments de politique monétaire ont occasionné la stérilisation de 54,4 milliards de FC dont 37,2 milliards de FC via les BTR, 7 milliards de FC par la réserve obligatoire et 10,2 milliards de FC par le biais des remboursements du refinancement.

Comme on peut s’en rendre compte, cette action a élargi la marge de manœuvre de la BCC pour lui permettre une intervention sur le marché des changes en vue de conforter le niveau des réserves de change de la république.

 Initiative PPTE, gare aux fortes pressions des dépenses publiques

Quel est actuellement le niveau des réserves de change internationales de notre pays ? A cette question le vice-président du Comité de politique monétaire a dévoilé quelque satisfaction. Le niveau des réserves est suffisamment élevé pour couvrir 6,5 semaines d’importations, alors qu’à l’époque, la moyenne se situait entre 3 et 4 semaines. En outre, Jean-Louis Kayembe a rassuré que la Banque centrale du Congo possède d’assez des ressources pour parer à toute éventualité.

Le comité de politique monétaire  a noté d’autre part, avec satisfaction la poursuite de la désinflation de l’économie, élément essentiel à la consolidation de la stabilité du cadre macro-économique et au soutien de la croissance économique, et à la réalisation de l’un des principaux déclencheurs du point d’achèvement de l’initiative PPTE et de l’allègement de la dette multilatérale.

Face à la volatilité de la situation économique et financière de la RDC, le Comité de politique monétaire a recommandé au gouvernement, la poursuite d’une politique budgétaire restrictive et à la Banque centrale du Congo, une politique monétaire prudente, en vue de préserver ces acquis et de faciliter la réalisation de différents critères quantitatifs du Programme économique du gouvernement II à fin juin 2010.

A l’issue de cette réunion, le vice-président du Comité de politique monétaire a tenu un point de presse au cours duquel il a pu répondre à quelques préoccupations des journalistes.

A la question du Phare de savoir si avec la poursuite des opérations d’achat des devises sur le marché, il ne se profilait pas l’horizon un risque d’explosion de la liquidité et une alimentation de l’instabilité.

Jean-Louis Kayembe a dit croire qu’avec le recul de l’inflation avec 4,58 % contre 4,82 %, la tendance pourrait aboutir à une inflation de 10,65 % contre un objectif annuel de 15 %. Le taux de change demeure stable et le cadre macro-économique est également stable. Ce qui permet à la Banque centrale d’intervenir par rapport au niveau des besoins en devises du pays, sans se faire d’inquiétudes.

Aux craintes suscitées par la multiplication des chantiers d’infrastructures et des pressions des dépenses publiques, qui pourraient se traduire par un dérapage, le vice-président du Comité de politique monétaire a rappelé quelques-unes des recommandations faites au gouvernement, à savoir la gestion des dépenses publiques par une politique budgétaire prudente. Les dépenses doivent être effectuées conformément au plan de trésorerie, mais des efforts doivent être déployés pour une mobilisation plus accrue des recettes publiques. En dépit de ces pressions, le gouvernement doit pouvoir faire des arbitrages et dresser des priorités et que ces priorités soient conformes à la prévision des dépenses et au plan de trésorerie. Etant donné qu’il y a des excédents budgétaires, une politique budgétaire prudente est exigée pour ne pas enregistrer de fortes perturbations pouvant entraîner une instabilité financière.

                                J.R.T.

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