Démocratie : nouvelle leçon des Burkinabé à l’Afrique

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Burkina-Gilbert-DiendéréComme en octobre 2014, où ils avaient fait preuve d’une capacité de résistance insoupçonnée contre la volonté de leur ancien président, Blaise Compaoré, de modifier la Constitution afin de rester au pouvoir, après 27 ans de règne sans partage, les Burkinabé ont démontré une fois de plus, durant le putsch le plus éphémère de l’histoire des Nations (16 – 23 septembre 2015), qu’ils avaient définitivement tourné la page de la dictature. Le scénario du refus de la « rue » de cautionner le coup de force du « Régiment Spécial Présidentiel » (RSP), héritage de la garde prétorienne de l’ancien Chef de l’Etat, a présenté des similitudes frappantes avec celles de la « capitulation » de Blaise Compaoré.

Alors que tout paraissait consommé après l’auto-proclamation du général Diendéré comme Chef de l’Etat, alors que l’armée régulière paraissait tétanisée face à la puissance de feu supposée du RSP, alors que les Chefs d’Etat de la CEDEAO (Communauté Economique de Développement de l’Afrique de l’Ouest) donnaient l’impression de vouloir cautionner l’illégalité, les masses populaires ont envoyé, dès le départ, un message clair aux putschistes : non au Coup d’Etat ! Des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants du Burkina étaient décidés à mourir, à mains nues, pour sauver la démocratie. Et, ils ont réellement sacrifié leurs vies (dix morts) pour barrer la route à la soldatesque de Blaise Compaoré, qui croyait avoir réussi le tour de neutraliser les institutions de transition et leurs animateurs principaux, le président Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida.

Comme dans une « finale à rejouer », le peuple burkinabé, vainqueur incontestable et incontesté de son épreuve de force face au dictateur Compaoré l’année dernière, a de nouveau gagné contre son héritier spirituel, le général Diendéré, cette année. Hautain et apparemment intouchable pendant une semaine, ce malheureux officier supérieur fait aujourd’hui profil bas, regrettant d’avoir commis une bêtise, et demandant pardon au peuple burkinabé pour avoir fait couler inutilement son sang. L’homme qui paraissait prêt à faire front, avec ses 1.300, contre les 13.000 hommes de l’armée régulière, se dit aujourd’hui prêt à assumer ses actes devant la justice. On croit rêver !

 

Nouveau round de méditation pour l’Afrique

Il y a un double enjeu politique dans les événements que vient de vivre le Burkina Fasso. Il y a d’une part la problématique de la politisation à outrance des armées en Afrique et de leur privatisation par des gouvernants hostiles à la démocratie et, d’autre part, celle de l’alternance démocratique au pouvoir. Les Africains ont maintenant la preuve que ceux qui les dirigent ont du mal à prendre leur inscription à l’école de la démocratie.

Par ailleurs, ils ne se font plus d’illusion sur les velléités des armées nationales, inféodées aux individus, de guetter la moindre faille pour empêcher le souverain primaire de s’exprimer dans les urnes. Au regard de l’aventure malheureuse du Régiment Spécial Présidentiel au Burkina Fasso, l’Afrique a intérêt à mettre en place des armées réellement républicaines, dont les missions essentielles devraient consister en la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de la stabilité des institutions.

La pauvre Afrique, encore gangrénée par la caste d’hommes forts, qui refusent de construire des institutions fortes, comme suggéré par le président américain, Barack Obama, peut se réjouir du fait que le peuple burkinabé a ranimé la flamme de l’espoir de sa marche irréversible dans la voie de la démocratisation. En dépit des pesanteurs qui tendent à remettre en cause la volonté de ses filles et fils d’intérioriser la culture de la conquête ou de la conservation du pouvoir par des voies démocratiques, à l’image de ce qui se passe dans les nations civilisées, la roue de l’histoire continue de tourner dans le sens du courant de la démocratie.

Ce qui est désormais sûr est que les jours des adeptes des mandats à vie et des changements intempestifs des constitutions sont comptés. S’il est vrai que l’autre nom de la démocratie se trouve être le développement, alors l’espoir est permis pour les peuples d’Afrique qui tiennent à devenir les maîtres de leur destin, en sanctionnant positivement ou négativement, dans les urnes, ceux qui gèrent les affaires publiques ou aspirent à les prendre en charge.

Kimp