Démocratie au Congo :  » Pleure, ô mon beau peuple »

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 (Par le Professeur Kambayi Bwatshia)
Tous ceux des peuples qui ont fait l’expérience de la démocratie, l’ont conçue comme un besoin ressenti de la liberté et d’accomplissement dans leurs sociétés respectives ; comme une exigence d’égalité, un besoin de prise de parole, de dialogue, un besoin de la loi qui serait une sorte de contrat social entre les individus dans cette société. Ce besoin s’exprime dans un idéal volontairement assumé en vue d’assurer le bien-être de la personne et de la communauté. C’est un besoin de la loi fixant les modalités de l’alternance loyale du pouvoir et de la concurrence qui en découle.
         
A la longue, la démocratie est devenue un système normatif des valeurs, un mode d’organisation du pouvoir politique. N’étant pas sortie armée du cerveau d’aucun savant, elle est refus catégorique d’un pouvoir arbitraire, despotique plein des caprices ou des volontés obscures des voleurs du pouvoir. Elle est le résultat ou mieux le comportement sociétal des hommes normaux épris des qualités morales et éthiques ; des hommes animés de bonne foi et convaincus de la nécessité impérative de la liberté, de la légalité et de la justice comme style de vie dans la société. Elle n’est donc pas un mythe, ni une recette, encore moins un slogan. Dans sa parure politique, elle couvre la vie des hommes, tel un habit de noce, leur donnant droit à l’accès d’un festin d’une heureuse vie. Dans  des sociétés à grande histoire démocratique, la prétention est nette, de libérer, de sauver l’homme, les hommes de la violence, de l’injustice, de la dictature, de la domination… La démocratie se veut porteur d’espoir. Les Congolais de la République très très démocratique, sont loin de créer et d’établir une société juste. Ils font preuve de souffrance et de sans abri.

Au Congo, le vote fut, à ne point douter, populaire. Mais cependant son caractère d’honnêteté concurrentielle est bien mis en doute par tous, au Congo et à l’étranger. On dit aux citoyens :  » Celui qui n’est pas d’accord, eh bien, la Cour constitutionnelle est là… « . Qui a fraudé, triché, et pourquoi ? L’évaluation est bien là ; les  » élections au Congo sont non crédibles  » (Fondation Carter, autres ONGs, opposition politique, le Cardinal Laurent Monsengwo). Les paramètres – crédibilité, honnêteté, transparence, fair-play – permettent d’évaluer le degré démocratique et un régime démocratique. L’article 21, alinéa 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme est formel là-dessus :  » La volonté du peuple est le fondement de l’autorité du pouvoir public ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement au suffrage universel et au vote secret en suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote « .
Ainsi, un régime politique n’est pas du tout démocratique s’il harcèle l’opposition, si les droits de l’homme, opposant soit-il, ne sont pas respectés, si les bulletins de vote sont tripatouillés ou mal compilés. C’est pour cela que, partout ailleurs sur l’étendue de la République, on conteste sans perdre espoir de la vérité des urnes.

Entreprendre de construire une démocratie nécessite donc des vertus de haute portée morale relevant de l’éducation des acteurs politiques et des citoyens. C’est une question d’éthique de responsabilité et de vocation. Nous estimons pour cela qu’il est impérieux, en régime qui se dit démocratique, que les citoyens sachent, plus ou moins approximativement, la compétence et les qualités de ceux qui vont diriger le pays, la nation : qu’une fois élus, comment le sont-ils devenus. 
Un régime politique qui se dit démocratique ne l’est pas quand le respect des droits de l’homme est bafoué, quand la liberté fondamentale de l’homme n’est pas respectée. C’est elle qui invite l’homme à se créer, à se développer dans la vérité. Elle est désencombrement de l’homme des scories de l’injustice et de l’impunité. La libération de la liberté démystifie l’existence sociale, elle  est acte de foi et en même temps source des droits et de la loi. C’est dans ce sens que la démocratie se pose comme critique du pouvoir politique et en même temps comme critique d’elle-même.

Elle dévoile dans l’Etat, le procès d’exclusion, d’autoritarisme et de despotisme. Elle exige de l’Etat une légitimation réellement populaire pour qu’il devienne un Etat de droit. L’Etat de la loi c’est celui où le partage du pouvoir public obéit à des règles objectives et aux lois exprimant et assurant les libertés fondamentales. Un tel Etat fonctionne donc grâce au droit, grâce à la loi. Il transforme ainsi l’exclusion en une inclusion et en une implication de toutes les libertés individuelles au devoir de commandement et de soumission à l’ordre commun. C’est par la loi respectée d’abord par le régime qui l’a initiée que le peuple la respecte ensuite, que l’Etat devient un instrument de contrainte et de domination. Cette loi-là, qu’une fois respectée à tout point de vue, rend l’Etat démocratique et lui permet de fonctionner comme un Etat de droit. C’est elle qui justifie sa légitimité, car supposée élaborée d’une manière consentante par tous, ou du moins, par un grand nombre des citoyens, sujets libres.

Une telle loi n’a pas besoin de propriétaire ou des propriétaires, ou d’un maître en chair et en os. Comprendre ceci autrement c’est vouloir instituer et accepter la dictature. L’autorité vient du peuple et le peuple, ce sont les hommes, l’homme, la nation, ; les nations, l’humanité en convergence vers un idéal démocratique, vers un règne harmonieux de la justice et de la liberté dans la paix ; règne qu’il incombe à la liberté de réaliser ; liberté à laquelle il incombe à l’homme d’accéder.

 » La majorité silencieuse s’est exprimée, mais la majorité factice et bruyante a crié plus fort et veut rendre la première encore plus silencieuse « .

 » Peuple, ô mon beau peuple ! « 

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