Demain vendredi 30 avril journée nationale de l’Enseignement

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L’Université congolaise en 50 ans : bilan et avenir

Le Phare : Mgr pouvez-vous nous rappeler tout d’abord les grandes étapes historiques de l’Université Congolaise, depuis 1954 jusqu’à cette année du Cinquantenaire de la RDC ?
Mgr Tharcisse Tshibangu:   De 1954 jusqu’à ce jour, l’histoire de l’Université Congolaise peut se subdiviser en quatre périodes majeures, à savoir :
– la période 1954-1971, marquée par une large et forte autonomie de fonctionnement des Universités,
– la période 1971-1981, dominée par l’expérience de l’Université Nationale du Congo (UNC) du Zaïre (UNAZA) : Nationalisation des Universités, – la période de la réforme de 1981 caractérisée par la « décentralisation »,
– la période de la « libéralisation » de l’Enseignement Supérieur à partir de 1989.
 Chacune de ces périodes s’est illustrée par des faits et événements particuliers qu’il convient de rappeler.
1. La période de 1954 – 1971 a vu naître respectivement en 1954, l’Université Catholique Lovanium, en 1956 l’Université Officielle du Congo et en 1963  l’Université Libre du Congo de fondation protestante. Les deux Universités confessionnelles avaient le statut d’institution privée d’utilité publique avec un Conseil d’Administration autonome auquel participait, comme simple membre, un délégué du Ministère de l’Education Nationale. Par contre en tant qu’Université d’Etat, l’Université Officielle du Congo était sous l’autorité d’un Conseil d’Administration présidé par le Ministre de I’Education Nationale.

  Avec le temps, pour répondre au besoin ressenti d’une plus grande concertation, d’une coordination et d’une harmonie des principes académiques et administratifs entre les trois Universités, il fut créé une «  Commission inter universitaire » présidée par le Ministre de l’Education Nationale ou son délégué, et réunissant les Recteurs des Universités pour examiner les grandes questions d’intérêt commun.
 Par ailleurs, des réflexions plus approfondies ont été menées pour la recherche d’une forme viable et valable d’unification des principes communs de gestion. L’une de ces réflexions prévoyait la création d’une « Université Nationale ».

2. La réforme de 1971 a abouti à la création de I’Université Nationale du Zaïre (UNAZA) le 06 Août 1971 à l’issue du Congrès de la N’sele des professeurs nationaux tenu du 27 au 31 juillet 1974. Cette réforme poursuivait comme objectifs majeurs:
– L’affirmation de la souveraineté nationale par la conception et le contrôle de l’Enseignement Supérieur par l’Etat;
– Le renforcement de I’intégration nationale au plan de la formation et de la recherche scientifique en abolissant les rivalités et complexes entre les trois Universités, entre les Universités et les Instituts Supérieurs ;
– La meilleure réalisation et planification de la politique de formation par une utilisation plus rationnelle du personnel scientifique et du matériel disponible au pays ;
– L’assurance d’une plus grande efficacité par le principe de l’unité de commandement et par I’uniformisation des règles de gestion.

Il est à signaler par ailleurs que la réforme avait opté pour un statut juridique accordant la personnalité juridique à la seule Université Nationale et non aux entités constituant I’ ensemble.

3. Réforme de 1981

1. La réforme de 1981 a consisté à décentraliser le fonctionnement des Etablissements de l’ESU, tout en éclatant I’UNAZA, au niveau de I’autorité  centrale, en entités (trois Conseils d’Administration) : pour les Universités, pour les Instituts  Supérieurs Techniques (IST), pour les Instituts Supérieurs Pédagogiques (ISP).
2. Cette décentralisation était bonne en soi et bien venue.
3. L’unification des principes académiques et administratifs appliqués dans les Universités comme dans les Instituts restant acquis, les Instituts Supérieurs devraient plus exactement et plus précisément être appelés «  Instituts Universitaires ».
4. La réforme de 1981 a ré-exprimé la volonté de voir rétablir ou compléter l’ensemble des facultés dans les Universités décentralisées, mais continuant à être administrées au plus haut niveau par un Conseil d’Administration Unique.

4. Quatrième Période: Décision d’Etat  de 1989 déclarant le principe de la  « Libéralisation ».

 Cette étape historique de l’Université Congolaise est marquée par la Libéralisation de I’Enseignement Supérieur et Universitaire, c’est-à-dire l’acceptation d’un Enseignement Supérieur privé à côté de l’officiel. En effet, la décision d’Etat n° 75/CC89 du 29 Avril 1989 relative à l’Enseignement Supérieur et  l’Universitaire a supprimé le monopole de l’Etat dans la création des Etablissements de I’ESU et avait enjoint au Conseil Législatif (Assemblée Nationale) et au Conseil Exécutif (Gouvernement), chacun en ce qui le concernait, de modifier et de compléter la Loi-Cadre n° 86-005 du 22 septembre 1986 de l’Enseignement National. La libéralisation décidée donnait la possibilité d’accroître le nombre des Etablissements d’Enseignement Supérieur, et constituait l’occasion d’une grande compétitivité. Des normes et des règles officielles édictées dans les Arrêtés et les circulaires du Ministère de tutelle définissaient les conditions d’autorisation de fonctionnement, d’agrément provisoire et d’agrément définitif des Etablissements privés d’Enseignement Supérieur et
Universitaire.

ASPECTS POSITIFS DU MODELE UNIVERSITAIRE CONGOLAIS

LP. : Mgr quels aspects particulièrement positifs, pouvez-vous dégager du modèle universitaire de la RDC, selon son évolution historique ?
Mgr TT : Cela est bien analysé et exposé, de manière claire et concise, dans notre livre:
L’Université Congolaise. Etapes historiques, situation actuelle et défis à relever (1998) p.28-32. Notons seulement, sans nous y arrêter, quelques-uns des grands mérites de la Réforme Universitaire de 1971 et son rayonnement.
 Nous notons d’abord que le modèle, « d’Université multicampus » de I’UNAZA, et plusieurs de ses principes structurels et de gestion ont été repris dans beaucoup de pays africains et même en Amérique du Nord et en Europe.- Parmi les universités les plus connues et performantes en Amérique du Nord, signalons la grande «  Université du Québec » dont la plus grande constituante est celle de l’Université du Québec à Montréal, UQAM.
Pour l’Europe signalons par exemple aujourd’hui les éléments de l’harmonisation universitaire européenne dans le cadre de l’accord de Bologne dit «  Processus de Bologne ».
1°) Le cursus d’études universitaires en trois cycles de 3-2-5 ans correspondant à nos cycles actuels de : Graduat, Licence (ou Maîtrise), Doctorat – équivalent du L.M.D. du Processus de Bologne. La licence en 3 ans correspond à notre graduat, et la «  maîtrise » en  deux ans correspond à notre licence post-graduat.

2°) L’articulation et l’intégration des Universités et des Instituts Supérieurs.

La valeur générale de l’Université Congolaise est toujours bien reconnue et appréciée parmi les universités en Afrique et dans le monde.

II. PROBLEMES CRISES, DEFIS POUR L’AVENIR

LP : Certes, à la base et dans sa tradition, la valeur de l’Université Congolaise est toujours reconnue. – Mais il nous arrive d’entendre des plaintes à I’intérieur de notre pays, et des interrogations venant de l’étranger, suite à des situations de crise et de malaise dans le fonctionnement de nos Universités et Instituts Supérieurs, et du point de vue académique et des conditions matérielles et financières. – Qu’en est-il de ces situations préoccupantes et récurrentes depuis une bonne vingtaine d’années ?
Mgr TT : Effectivement, notre Enseignement Supérieur a connu des moments de problèmes sérieux et de crises, depuis bien des années, sur tous les plans. – La Table Ronde sur I’Avenir de I’ESU au Zaïre, tenue du 18 au 2I juin 1984, a traité de l’ensemble des problèmes posés alors, et non encore résolus suffisamment aujourd’hui, de la manière la plus complète et systématique. – Nous avons bien exposé les analyses minutieuses de cette Table Ronde, ainsi que les propositions et recommandations formulées alors, dans notre livre apparu en 1998, – L’Université Congolaise. Etapes historiques et perspectives d’avenir.

Les grands défis à surmonter et à résoudre sérieusement une fois pour toutes sont, en résumé, les suivants :

1. Faire aboutir I’ensemble des Réformes proposées depuis 1989 : Structures, mise à jour des Programmes d’études.
2. Déterminer et bien fixer les conditions des « Partenariats », pour les contributions respectives des différents contributeurs financiers au fonctionnement des Universités.
3. Valorisation des Enseignants, sur les plans académique et social
4. Ajustement budgétaire aux besoins effectifs des Universités et de la Recherche Scientifique.

III. REFORMES STRUCTURELLES ET PLAN DIRECTEUR DE DEVELOPPEMENT (2010-2015)

Depuis l’intervention du principe de la «  Libéralisation » du système de I’ESU, admettant à certaines conditions émises par I’Etat, l’existence reconnue officiellement d’un Réseau d’Etablissements d’Enseignement Supérieur et Universitaire d’initiative privée, en application de la Décision d’Etat n°75/cc/89, une Commission Nationale, réunie du 1er   au 5 juin 1989, avait proposé notamment une Réforme des structures d’organisation générale de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, accompagnée d’un Plan de Développement et d’Extension de I’Enseignement Supérieur Congolais.
La situation générale qu’a connue le Pays depuis ce moment là jusqu’à ce jour, n’a pas permis l’application et la mise en oeuvre de la Réforme.
Voici les structures telles qu’elles sont déjà envisagées à ce jour, qui devront tenir compte de l’évolution des données actuelles, et du contexte général d’aujourd’hui, autorisant une Réforme qui ait les meilleures chances de réussir.

A. Réformes Structurelles proposées

Nous donnons ici le schéma et les grandes lignes des Réformes

Structures de I’ESU

1. Ministère de I’ESU, autorité de Tutelle
2. Le «  Conseil Académique Supérieur National » ou « Conseil d’Administration Général de I’ESU » : pour I’harmonisation et le contrôle de l’ensemble des Etablissements.
– Son Bureau Permanent de coordination, harmonisation, et contrôle : Chancellerie  Universitaire de I’ESU.
– Service Central d’Inspection Académique et de Contrôle du bon fonctionnement administratif.
3. Le « Conseil Académique Provincial »
4. Les « Conseils d’Administration » pour chaque Etablissement (Université ou Institut
Supérieur).
5. Les «  Universités » et « Instituts Supérieurs », disposant sur le plan interne, d’un « Conseil de I’Université » ou « Conseil de I’Institut », présidé par le Recteur ou le directeur Général, lesquels président les « Comités de gestion » quotidienne.

PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT ET NOUVELLE CARTE UNIVERSITAIRE

LP : En même temps que vous avez déposé auprès du Chef de I’Etat, le projet complet de Réformes structurelles de notre Enseignement Supérieur, vous avez déjà établi un programme de Développement et d’Extension des Etablissements universitaires pour les cinq prochaines années, de 2010 à 2015. – Quels en sont les critères, et la perspective des implantations ?
Mgr TT : En bref, les critères dont il faut tenir compte, se référent aux éléments ci-après :

1° les objectifs à poursuivre et à réaliser
2° les secteurs et filières d’enseignement qui s’imposent comme prioritairement pertinents et souhaitables
3. l’urgence et les possibilités financières, à garantir après études de faisabilité.
 Quant à I’implantation des institutions nouvelles à créer, leur répartition veillera à couvrir de manière équilibrée et équitable, dans un premier temps, chacune des onze grandes Provinces actuelles, en attendant d’autres extensions plus tard.

« ACADEMIE CONGOLAISE » ET EDIFICES JUBILAIRES UNIVERSITAIRES DU CINQUANTENAIRE

LP : Est-il prévu des institutions académiques et scientifiques à ériger et édifier à I’occasion de la célébration du cinquantenaire de I’Indépendance de la RDC ?
Mgr TT : Nous avons déjà proposé au Chef de l’Etat, le Président Joseph KABILA, la création effective par « Ordonnance Présidentielle », de l’Académie Congolaise des Sciences, Lettres, Arts et Culture (ASLAC).
 Ce Projet existe depuis une vingtaine d’années déjà. Nous espérons que le Chef de l’Etat procède à la création de l’Académie à l’occasion de la date du 30 avril 2010, journée dédiée à I’Enseignement National.
 Par ailleurs, il est prévu d’édifier de Grands Amphithéâtres Universitaires, de grande capacité, à Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, et d’autres Villes et Centres Universitaires.
 Il convient en effet que de belles et grandioses réalisations concrètes attestent, d’année en année, et de siècle en siècle, aux générations successives à venir, de la  grande conscience historique qui aura été celle des acteurs du premier demi-siècle de la RDC en tant que Nation Indépendante.

Propos recueillis par Jean N’Saka Wa N’Saka
Journaliste indépendant

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