Défi de l’AAC : sortir la RD Congo de la zone rouge

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AAC-RDCPar ordonnance signée le 17 mars 2015, le président Joseph Kabila Kabange vient de mettre en place une nouvelle équipe dirigeante en vue de présider aux destinées de l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC). Après un mandat de douze ans caractérisé par une gestion plus ou moins calamiteuse, le colonel Richard Nyangwile Kasanza est contraint de rendre le tablier. Le bilan est lourd. L’espace aérien congolais demeure un trou noir et loin d’être sécurisé. Dans la foulée, les compagnies aériennes de droit congolais sont toutes interdites de vol/survol de l’espace aérien de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique.

La RDC clouée au pilori par le fait de l’AAC
Cette dernière mesure qui bloque la RDC dans le cercle des pays réputés à très haut risque en matière de sécurité et de sûreté en aviation civile, est subséquente aux insuffisances notoires de l’Administration aéronautique congolaise. Contrairement à une opinion généralement répandue, si la RDC se trouve clouée au pilori, ce n’est pas par le fait des exploitants aériens congolais, mais plutôt de l’AAC qui doit faire respecter lesdirectives pertinentes et impératives des instances aéronautiques internationales telles que l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et l’Association internationale des transporteurs aériens (IATA) pour ne citer que celles-là.
L’AAC a effectivement du plomb dans l’aile depuis quelques décennies. Lorsque les experts de l’IATA sont venus à Kinshasa procéder à la certification de l’AAC, ils ont été sidérés devant le tableau sombre présenté par les dirigeants de l’Administration aéronautique congolaise qui n’a pas de commune mesure avec les ambitions de la grande RDC dans ce domaine.
Cet établissement public à caractère administratif et technique est appelé à amener les transporteurs aériens placés sous sa gestion à se conformer aux normes édictées dans la profession, particulièrement par l’OACI. Ceci implique que l’AAC soit suffisamment étoffée d’éminences grises rompues aux techniques du transport aérien international en vue d’édicter et faire respecter les normes rigoureuses en la matière, notamment l’inspection de l’exploitation, les autorisations d’exploitation, les services de transport aérien commercial, etc.

Présence incontournable et apport significatif de la compagnie aérienne nationale
Disons-le sans ambages. La RDC est tombée trop bas. L’histoire du transport aérien en RDC renseigne la présence incontournable et l’apport significatif de la Compagnie aérienne nationale Air Congo, Air Zaïre, Lac dans la défense de l’image de marque du pays sur le plan international depuis son accession à l’indépendance et cela, pendant plusieurs décennies.
Tant que l’instrument désigné de la RDC a évolué dans de grands groupes de renom et respectueux des normes en coopération technique avec Sabena, Swissair, KLM, SAS, UTA… le « Léopard volant » s’est hissé à un niveau très élevé en matière de sécurité et de sûreté en aviation civile. C’est à juste titre que jusqu’à ce jour, cette compagnie est citée en exemple pour avoir accompli plus d’un demi-siècle sans avoir opéré un vol commercial ponctué par un quelconque accident ayant provoqué la moindre perte en vie humaine.
Pendant que les avions de la compagnie aérienne nationale congolaise ( DC-10, DC-8, B.747, B.707, B.767, B.737, etc.) exploitaient les espaces aériens internationaux dans des conditions optimales de sécurité et de sûreté, la RDC a engrangé d’énormes dividendes car classée dans le peloton de tête des Etats africains à l’espace aérien sécurisé. De plus, les performances du transporteur national ont toujours masqué les balbutiements de l’ancienne Direction de l’aéronautique civile demeurée à la traîne.

Discipline de fer dans le respect des directives des constructeurs et des autorités de l’aviation civile
Cette confiance et ce respect des aviateurs congolais ont été forgés par une discipline de fer en matière de respect des directives édictées par les constructeurs d’aéronefs, les autorités de l’aviation civile des pays d’origine de ces avions et celles des pays desservis dans l’exploitation des lignes internationales, la formation rigoureuse et la certification du personnel navigant technique, du personnel technique au sol et des exploitations terrestres dont les activités sont intimement liées au traitement des vols.
Certifiés par les constructeurs Boeing, Mc Donnell Douglas, Fokker, les techniciens de la Compagnie aérienne nationale continuent d’intervenir avec beaucoup de maîtrise sur les avions de la concurrence en RDC lorsqu’ils sont l’objet de pannes. C’est dans ce vivier que les compagnies aériennes congolaises privées ne cessent de débaucher des compétences avérées formées pourtant à grands frais pour tenter de se faire du muscle.
Force est de noter que depuis l’éclipse voulue et entretenue de Lignes Aériennes Congolaises de l’espace aérien africain et intercontinental, la RDC en a subi de sérieux contrecoups. Certaines compagnies privées qui ont tenté l’aventure, se sont cassé les dents. Comme la plupart de ces exploitants aériens congolais ne sont que des commerçants venus faire l’aviation (ces propos émanent des conclusions accablantes des experts de l’IATA) en plaçant un accent particulier sur le profit immédiat, bien de postes sont négligés tels que la maintenance des aéronefs, la formation du personnel, la certification, etc.

Une position géostratégique enviable et un hub naturel

Ces compagnies privées ainsi lâchées dans la nature n’ont pas résisté aux contrôles des experts de l’IATA et des autorités de l’aviation civile des pays desservis à travers  le continent. Comme tout finit par se savoir dans le monde du transport aérien international, la RDC se trouve ainsi dans l’œil du cyclone. Le pays occupe une position géostratégique incontournable qui fait de lui un hub naturel dont l’espace aérien est survolé tous les jours, du nord au sud, de l’est à l’ouest, par toutes les compagnies aériennes à vocation internationale.
Un tel espace aérien mérite d’être sécurisé au mieux des intérêts tant de la RDC que de tous les exploitants étrangers. Curieusement, malgré ses atouts indéniables, le pays traîne à ses pieds comme un boulet son administration aéronautique qui constitue un véritable goulot d’étranglement. Comme l’AAC fait eau de toutes parts, les transporteurs aériens de droit congolais qu’elle gère sont toutes déversées sur la black list établie par les autorités aéronautiques de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique. Les opérateurs aériens congolais ont beau se mettre en règle, ils sont tous pénalisés par les contre-performances de l’AAC.
Il est plus que temps de casser ce cercle vicieux, de redresser la barre et d’inverser la tendance pour rendre à la RDC ses lettres de noblesse. Les nouveaux dirigeants placés aux commandes de l’AAC doivent se mettre résolument au travail car il y a péril en la demeure. Dans la feuille de route du professeur Sébastien Lessendjina Ikwame Ipu’Ozia, président du Conseil d’administration, doit figurer en priorité le dégagement de la RDC de la liste noire des pays à très haut risque sur le plan du transport aérien en matière de sécurité et de sûreté.

Changement des mentalités, éthique, probité morale et poids des responsabilités

Les experts de l’AAC méritent d’être plongés dans le moule du changement des mentalités, de l’éthique, de la probité morale et du poids des responsabilités. La course à l’enrichissement sans cause subséquente à la délivrance des autorisations, certificats, licences fantaisistes sans soubassements techniques rigoureux mérite d’être combattue avec la plus grande sévérité. Il y va de la vie des passagers, membres d’équipage et des populations congolaises qu’il sied de placer à l’abri des accidents évitables.
Le renforcement permanent des capacités des experts dans divers domaines, la dotation en équipements et matériels de pointe, la documentation à jour doivent constituer des paramètres constants pour la remise de l’AAC au diapason requis. L’opinion compte énormément sur l’impulsion et la rigueur du Pca Sébastien Lessendjina, professeur émérite de droit aérien dans les universités de la RDC qui a déjà fait ses preuves à la tête de la Compagnie aérienne nationale et de la Régie des Voies Aériennes (RVA).
Le nouveau Directeur Général Jean Tshiumba Mpunga qui émane de la controversée Direction de la navigabilité, le ventre mou de l’AAC, doit résolument prendre de la hauteur et saisir le taureau par les cornes. Un travail en étroite collaboration avec le Directeur Général Adjoint Hyppolite Mwaka Mvuezolo, « le cerveau » est vivement recommandé. Le juriste Crispin Mutumbe Mbuya, l’expert en engineering Davis Ukundji Shungu et Gabriel Izundu Asieno sont autant de cracks dont l’apport est vivement attendu pour la réhabilitation de l’AAC.

Eléments critiques d’un système de supervision de la sécurité

Pour mémoire, l’IATA attend impatiemment de l’AAC la mise en œuvre des éléments critiques d’un système de supervision de la sécurité réparti en huit volets, à savoir : a) Législation aéronautique de base ; b) Règlements d’exploitation spécifiques ; c) Structure et fonctions de supervision de la sécurité de l’AAC ; d) Qualifications et formation du personnel technique ; e) Indications et outils techniques et fourniture d’informations critiques pour la sécurité ; f) Obligations en matière de délivrance de licences, de certification, d’autorisation et d’approbation ; g) Obligations en matière de surveillance continue; h) Résolution des problèmes de sécurité.
Ya’EBENDE