Dédollariser l’économie du Congo-Kinshasa

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 (Par Marie-France Cros)

L’économiste financier congolais Noël Tshiani, haut fonctionnaire international à la Banque mondiale à Washington, publie un livre consacré au franc congolais (FC). Créé sous Laurent-Désiré Kabila le 30 juin 1998, “il avait déjà perdu toute sa valeur trois ans plus tard”, sans jamais réellement se relever, passant “de 1,3 FC en juin 1998 à 940 FC pour 1 dollar en janvier 2013”, nous explique l’auteur.

            Celui-ci expose les raisons de la méfiance du Congolais vis-à-vis de la monnaie nationale, qui a perdu “ses trois propriétés fondamentales –liquidité, convertibilité et stabilité”. Sans compter la méfiance du citoyen vis-à-vis des banques, après la liquidation de dix d’entre elles depuis 2000, “sans qu’il ait été procédé à aucun remboursement des dépôts”, souligne l’économiste.

            Conséquence: plusieurs monnaies circulent au Congo. La nationale, mais aussi celles des pays voisins, ainsi que l’euro et, surtout, le dollar américain. L’économie est dollarisée “à 95%”, rappelle l’auteur.

            Outre qu’“elle viole les dispositions constitutionnelles” et “favorise le blanchiment d’argent sale”, la dollarisation appauvrit le Congo au profit de la Réserve fédérale américaine, “qui touche les revenus de seigneuriage sur les dollars circulant en RDC, soit au moins 600 millions par an”. Et cela, alors que “les pertes d’exploitation de la Banque centrale du Congo sont financées par des subventions qu’approuve le Parlement congolais année après année”, indique Noël Tshiani.

            Ce dernier met en cause “l’incapacité de la Banque centrale à concevoir et mettre en oeuvre une véritable politique monétaire nationale puisqu’elle ne contrôle pas la quantité de monnaie en circulation” au Congo, la masse en dollars étant la plus importante en volume. “Elle ne peut donc pas jouer son rôle de prêteur de dernier ressort

en cas de difficulté du système financier ou de faillite d’une grande banque commerciale” – comme la Banque congolaise en janvier 2011.

L’émission, depuis juillet 2012, de coupures à haute valeur faciale n’est pas un moyen efficace de lutter contre la dollarisation car elle ne résout pas le problème de confiance, estime l’auteur, qui propose une feuille de route pour y arriver, mélange de “discipline du marché”, de

“persuasion” et d’“une certaine dose de réglementation”. Mais il faut aussi “procéder à une réforme profonde de la Banque centrale”, “du secteur financier”, de la monnaie et de l’économie nationales pour “créer la base d’une croissance économique durable”. C’est “tout à fait possible”, juge M. Tshiani, pour qui cela exige aussi de rétablir “la confiance dans le pays et sa gouvernance”.

Noël Tshiani, “La bataille pour une monnaie nationale crédible”, Bruxelles, De Boeck Professionals, 580pp., 45€ env.

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