Découpage territorial : pas de provinces pauvres mais…

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carte_rd-congo-432Un adage dit que l’argent est le nerf de la guerre. Cette assertion est en passe de se concrétiser à l’aube de la mise en application de la loi sur le découpage territorial si des mesures préventives ne sont pas prises par le gouvernement central pour éloigner le spectre d’une déflagration aux formes tout aussi multiples que variées à travers tout le territoire national suivies des conséquences inédites et incalculables dans les Etats voisins. Comme le disait Franz Fanon, l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo.

Peu de gens ont fait attention à l’étude publiée récemment dans les médias locaux par le Premier ministre honoraire, Adolphe Muzito, tout d’abord sur l’inexistence criante des provinces au Congo et ensuite sur le fait que ce pays pourtant béni des dieux fonctionne sans budget. Le point qui a fait le plus mal a trait à l’absence d’un esprit de solidarité dans la rétrocession par le gouvernement central des 40 % des recettes réalisées au profit de toutes les provinces. Selon ces études, les onze provinces reçoivent à peine 6 à 9 % de la rétrocession, ce qui les prive des moyens adéquats pour réaliser et soutenir les travaux de la reconstruction et  d’investissements.

A y regarder de très près, la théorie des provinces dites riches par rapport aux autres dites pauvres n’a pas de fondement ni politique, ni scientifique, ni sociologique, ni économico-financier et encore moins historique. Cette observation tend à occulter davantage des réalités vivantes de ce pays doté des richesses incommensurables, variées et renouvelables qui lui attirent tant de convoitises de la part de nos voisins et des puissances de ce monde.

L’absence de volonté politique

Le mérite de l’étude réalisée  par Adolphe Muzito est d’avoir dénoncé la mauvaise répartition des ressources financières entre l’Etat central et les onze provinces existantes. Dès lors que l’on est de mauvaise foi pour consolider la solidarité nationale alors que l’on en est encore à onze provinces, l’ancien premier ministre, qui sait de quoi il parle, se demande à juste titre comment va-t-on gérer les vingt-six nouvelles ? C’est ainsi qu’il a déploré deux difficultés majeures auxquelles va se buter le gouvernement central. La première sera de distinguer les éléments actifs de l’Etat et ceux des domaines des provinces à démembrer. Tandis que pour le second cas, le gouvernement central aura fort à faire avec la détermination des normes de répartition des éléments du patrimoine de la province à démembrer entre les nouvelles provinces. Adolphe Muzito analyse le cas du Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo en se
demandant à haute voix s’il va s’agir d’une copropriété de l’Etat et de la province de Bandundu et de Kinshasa. Et dans l’hypothèse du démembrement en trois provinces, que seraient les quotités respectives du capital social de ce fameux Parc à attribuer à ces nouvelles provinces du Kwilu, Kwango, Maïndombe ? Il en sera de même partout.
En outre, l’on remarquerait le lourd fardeau du service de la dette qui pose pour bon nombre si pas la plupart des provinces, des graves problèmes de sa soutenabilité budgétaire tant en termes dudit service mais aussi en termes de la qualité de ladite dette. On n’est pas conscient de la lourdeur de ces dettes contactées non pas auprès des institutions financières non bancaires comme l’exigent les lois de la République mais plutôt auprès des banques commerciales privées qui ne se gênent pas d’imposer des conditions de remboursement à des taux prohibitifs et aux délais contraignants.
Par ailleurs, le niveau de la mobilisation des recettes à caractère national par les onze provinces varie entre les provinces dites riches et celles considérées comme pauvres. Un exemple frappant est celui des provinces dites riches, notamment Kinshasa, le Katanga et le Bas-Congo. Le Katanga produit des recettes de l’ordre de 560 millions des dollars Us sur un total de la somme d’un milliard des dollars Us des recettes à caractère national, soit 55 % du montant total. A côté, l’on dénombre par exemple le Bandundu avec 133 millions de dollars Us, les deux Kasaï générant 200 millions de dollars Us.

Frustrations inédites entre communautés

Or, c’est en fonction des recettes réalisées que l’on calcule la part allouée à la rétrocession de chacune des onze provinces existantes. Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’allocation des crédits par rapport aux recettes réalisées. C’est ainsi que le Katanga se tape 41 % ; le Bas-Congo s’en sort avec 11 % et Kinshasa se contente de 10 %. En face de ces trois riches provinces, l’on dénombre par exemple le Bandundu à laquelle l’on attribue 1 %, les deux Kasaï reçoivent chacun 2 % et le Sud Kivu 7 %, le Maniema 5 %.
Ainsi, vu sous cet angle, les spécialistes sont convaincus qu’il faudra près d’un demi-siècle au Bandundu pour rattraper le niveau d’investissements qui seront réalisés dans la province du Katanga, un quart de siècle pour les deux Kasaï.

Quelles solutions ?

Tout d’abord, il faut enlever de l’imagination des Congolais cette notion des provinces riches d’un côté et de l’autre des provinces considérées comme pauvres. Dieu a doté toutes les provinces, toutes les localités des richesses incommensurables, variées et renouvelables de nature à nourrir le tiers de l’humanité. Par exemple, le grand barrage d’Inga III est appelé à fournir de l’électricité à tous les Etats d’Afrique du Nord, du Centre, du Sud et de l’Est ainsi qu’une partie du Moyen Orient. Le bassin du fleuve Congo contient les 2/4 des réserves d’eau douce de la planète terre.
Il faudra que le gouvernement mette en place des programmes efficaces de développement économique, scientifique, industriel, culturel, technologique, touristique, bref dans tous les secteurs de la vie nationale pour permettre à chacune des entités décentralisées de prendre l’envol. Outre les sociétés extractives, le Congo a grandement besoin des entreprises de transformation pour ne pas dépendre des structures limitées dans le temps et l’espace. Il faudra faire appel à la classe politique et au gouvernement pour gérer ce dossier du découpage territorial avec l’extrême prudence pour éviter des frustrations qui pourraient naître d’un mauvais partage du patrimoine entre les entités issues d’une même ancienne province ou d’un déséquilibre consécutif à la répartition inégale des ressources et infrastructures sur l’étendue du territoire national.
F.M.