Débats politiques télévisés: Etalage de Médiocrité

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Il y avait dans ce pays des sommités politiques et intellectuelles qui forçaient l’admiration et la considération de l’opinion. C’étaient des messieurs qui se comportaient en gentlemen en tout temps et en toutes circonstances. Ils soutenaient leur réputation et montraient de quoi ils étaient capables. Intelligents et éloquents, ils brillaient sur le plan national et dans les rencontres régionales et internationales où ils faisaient retenir et écouter la voix du Congo-Zaïre. Il n’y avait aucun pays africain qui pouvait oser nous marcher impunément sur les pieds.  La décadence du pays est telle qu’il n’y a presque plus cette catégorie d’esprits brillants, et s’il en existe encore, ils sont occultés par une foule d’arrivistes et d’opportunistes adorateurs de tout soleil levant et du Veau d’or, habitués à manger à tous les râteliers. Ils ne manquent pas d’astuces pour se mettre en évidence et de s’insinuer dans la confiance des sphères officielles enclines aux flatteries. Sans base populaire, principes et idéal, ils ne peuvent tenir des meetings politiques en public et drainer une foule de gens pour les écouter. Ils se rabattent sur les plateaux des chaînes de télévision pour se donner en spectacle, avec des débats insipides et abrutissants des téléspectateurs qu’ils prennent à tort pour des crétins.

Les sujets que les chaînes de télévision choisissent pour la discussion à l’intention des invités collent souvent aux événements et faits saillants d’actualité. Mais le débat qui s’en dégage est presque toujours fade, folklorique et fantaisiste. Certains intervenants font preuve d’intelligence consommée dans leur argumentation, mais se trouvent devant des contradicteurs très terre à terre, plats, rabâcheurs de mêmes banalités sans aucun rapport avec le sujet sur lequel porte le débat ni avec l’argumentation de l’intervenant. Acculés et en panne d’idées appropriées de réplique, ces contradicteurs s’en prennent à Mobutu parti il y a 12 ans et font retomber sur lui le pourrissement actuel de la situation pourtant antérieur à son régime. Mais les animateurs des émissions qui représentent leurs chaînes sur les plateaux, ne se montrent pas eux-mêmes intellectuellement aptes à maîtriser les sujets et à bien gérer la police des débats. Des intervenants qui ont la parole et continuent d’argumenter, sont souvent interrompus par des contradicteurs sans être autorisés à rétorquer par l’animateur du débat. C’est une cacophonie de gros mots, d’invectives et d’insultes qui se soldent par un échange de coups. L’animateur du débat n’est pas capable de scruter la dégradation de l’ambiance, de pressentir le danger et de prévenir le scandale public.

Même ceux qui sont à la régie ont trouvé non pas immoral mais amusant de gratifier les téléspectateurs d’un film aussi insolite qu’ils auraient pu leur épargner en l’occultant à temps. Un spectacle désolant de pugilat s’est passé tout dernièrement sur le plateau d’une chaîne de télévision au vu et au su des téléspectateurs qui n’en revenaient pas. C’est la conséquence des émissions de soi-disant débats politiques télévisés. Si l’effet est déplorable, la cause doit l’être davantage. Depuis qu’on les organise sur certaines chaînes de télévision locales, ces fameux débats politiques n’ont jamais été attrayants, intéressants et édifiants, ni ceux qui y participent, à quelques exceptions près, briller par des qualités remarquables, de savoir, d’honnêteté intellectuelle, d’objectivité, de maîtrise des paramètres de la situation actuelle et de l’évolution, de l’histoire de ce pays. Ce sont d’inconditionnels chantres des 5 chantiers qui jouent la comédie pour gagner leur bifteck. Des partisans de l’obscurantisme qui vont sur les plateaux de télévision pour brouiller les cartes, endormir l’opinion et maintenir le peuple dans l’ignorance et l’inconscience de son destin. Ils font étalage de médiocrité dégoûtant, au risque d’amener, malheureusement, les observateurs à croire qu’ils représentent tout ce qu’il y a d’élites en RDC !

 Préserver la réputation des chaînes

Les bien-pensants des sphères officielles qui voudraient contrarier la verve des pourfendeurs du pouvoir sur les plateaux des chaînes de télévision, devraient leur opposer des dialecticiens plus ou moins rompus aux débats politiques sérieux, au lieu de se laisser représenter par des orateurs improvisés et opportunistes qui font piètre figure. Assommés par la solidité de l’argumentation de leurs adversaires, nerveux et sans pouvoir attendre leur tour de parole pour répliquer, ils se mettent à brouiller les cartes et se répandent en vociférations inconvenantes. Le scandale qu’on vient de déplorer montre que les participants à ces débats télévisés ne sont pas de même niveau politiquement et intellectuellement. C’est inimaginable pour des gens bien cultivés et d’une parfaite éducation. Quant aux chaînes de télévision qui ont ce genre d’émissions dans leurs programmes, elles devraient préserver leur réputation par le souci de recherche de la qualité. Elles devraient s’assurer au préalable de la qualité et du niveau de leurs invités. Les débats ne sont pas du tout équilibrés et captivants puisque les interlocuteurs ne sont pas au même diapason.

Dans cette foire des débats politiques télévisés, il y a néanmoins des chaînes qui se distinguent nettement des autres. La qualité des invités qui sont tous de niveau élevé et se comportent en gentlemen ; le choix des thèmes ; la cordialité de l’ambiance sur le plateau ; la pertinence des arguments ; la courtoisie réciproque ; la compréhension mutuelle ; l’élévation constante du niveau du débat ; la compétence de l’animateur et sa maîtrise des thèmes soumis aux invités. Les débats sont axés sur tous les domaines : politique, intellectuel, scientifique, économique, culturel, diplomatique, éducatif, historique. Ce sont les débats instructifs. C’est au cours de ces émissions qu’on sent qu’il y a encore des sommités intellectuelles et politiques en RDC. Si les autres chaînes de télévision sélectionnaient leurs invités et que les animateurs des débats étaient à la hauteur, les téléspectateurs n’auraient que l’embarras du choix. Les plateaux des chaînes de télévision ne seraient pas transformés en rings de boxe.

 

Jean N’saka wa N’Saka

Journaliste indépendant

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