De Tshisekedi à Katumbi : le pouvoir fait le lit d’un nouveau messie

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Après sa rupture avec la Majorité Présidentielle, en septembre 2015, Moïse Katumbi était perçu, au sein de la classe politique congolaise comme au sein des couches populaires, comme un « infiltré » chargé de distraire les forces politiques et sociales opposées au pouvoir actuel avant de regagner la « maison mère » une fois sa mission accomplie. Du
Conclave de Genval ayant donné naissance, en juin 2016, au Conclave des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, en passant par le Dialogue de la Saint Sylvestre, la même année, la création de sa propre plate-forme politique, dénommée « Ensemble pour le Changement », l’ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga se
trouve toujours dans le round d’observation de son parcours politique.

A l’image d’Etienne Tshisekedi, diabolisé à outrance par le régime du
Maréchal Mobutu Sese Seko, pour avoir dit non dans les années ’80, à
la dictature au Zaïre avec ses compagnons 13 parlementaires, traité
même de détraqué mental au plus fort de la déification de celui qui se
prenait pour le sauveur de la patrie, Moïse Katumbi est en train de
cesser d’être un simple mythe pour s’ériger en messie.
Car à force de ne pas répondre aux attentes du peuple en termes de
démocratie, de bonne gouvernance, de satisfaction de ses besoins
sociaux de base (nourriture, logement, transport, santé, électricité,
eau potable, éducation, emplois), de modernisation des
infrastructures, de création d’emplois, d’industrialisation, de
gestion et de répartition des richesses nationales, de justice, de
respect des droits humaines et libertés individuelles…, la famille
politique du Chef de l’Etat pousse la majorité silencieuse dans les
bras de ceux qui tiennent le discours de l’alternance au sommet de
l’Etat, dont Moïse Katumbi.
S’agissant du cas particulier de cet opposant, candidat déclaré à la
magistrature suprême du pays depuis 2016, tout ce qui se raconte sur
lui parait, aux yeux du grand nombre de Congolais, comme un
acharnement destiné à l’empêcher de briguer démocratiquement le
fauteuil présidentiel et de gérer autrement la République, s’il
gagnait dans les urnes. Le bilan de 17 ans de kabilisme, après 32 ans
de mobutisme, est si négatif que l’homme de la rue a du mal à croire
aux différents complots contre les institutions nationales que
fomenterait l’ancien sociétaire du PPRD (Parti du Peuple pour la
Reconstruction et la Démocratie).
On a beau parler de la double ou triple nationalité de Moïse Katumbi,
de sa collusion avec les forces négatives de l’Ituri, du Nord-Kivu, du
Sud-Kivu ou du Nord-Katanga, de ses contacts avec des seigneurs de
guerre, des mercenaires étrangers ou des puissances occidentales, la «
rue » n’y croit pas, car convaincue qu’avec les hommes actuellement au
pouvoir, le pays ne peut ni s’engager dans la voie de la démocratie,
ni dans celle du progrès social et économique. Des millions de
Congolais qui étaient allés aux urnes en 2006 et 2011 avaient fondé
tant d’espoirs sur les « Kabilistes » qu’ils pensent qu’ils ont montré
leurs limites en matière de gestion des affaires publiques.
Etienne Tshisekedi mort, tous les espoirs d’un changement de bonne
gouvernance et partant d’une vie sociale conforme aux potentialités du
pays sont en train de se déporter sur l’homme que le pouvoir actuel
présente comme le « diable ». Et, à force de crier au traitre, au
voleur, à l’étranger, au déstabilisateur des institutions de la
République et de tenir Moïse Katumbi loin de la mère-patrie, ses
ennemis politiques sont en train de lui tisser l’étoffe de saint, de
messie, de nouveau sauveur de la patrie, exactement comme les
Mobutistes avec Etienne Tshisekedi.
Kimp