Est de la RD Congo : « no Kunda, no business !”

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Alors que l’opinion tant nationale qu’internationale s’est accoutumée au pillage des ressources naturelles de la RDC Congo dans sa partie Est, et à l’impuissance tant du gouvernement congolais que de la communauté internationale d’y mettre un terme, on est tout étonné de voir la Monusco démentir les accusations lui imputant son cautionnement au trafic illicite du diamant, du coltan, de l’or et d’autres minerais. Tout en lui accordant le bénéfice du doute, l’on n’est pas moins troublé par la continuité des activités minières
illicites même dans des zones placées sous le contrôle mixte de ses troupes et de celles des forces armées congolaises. Le doigt accusateur que la Monusco pointe à son tour en direction de contrebandiers fait penser à la persistance de la situation de non Etat en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

On se souvient qu’entre 2004 et 2009, à l’époque où il était accusé par le gouvernement congolais, les Nations Unies et plusieurs Ong internationales, d’entretenir l’insécurité au Nord-Kivu, à la tête de la rébellion du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple),
avant d’être évincé par le général Bosco Ntanganda, actuellement en détention à la CPI (Cour Pénale Internationale), le général Laurent Nkunda avait lâché une expression restée célèbre : « No Kunda, no business » (pas de Kunda, pas d’affaires). Par « business », il
fallait entendre le trafic des minerais, d’armes et de munitions avec des partenaires divers parmi lesquels se recrutaient des officiels, civils comme militaires, congolais, rwandais, ougandais et autres, ainsi que des représentants des multinationales. Des casques bleus
onusiens étaient aussi cités dans des rapports d’enquêteurs de l’ONU comme d’organisations non gouvernementales nationales et internationales.

Dans l’entendement de Laurent Nkunda, son mouvement rebelle
représentait certes une menace pour le retour d’une paix durable au
Nord-Kivu mais c’était un mal nécessaire qui permettait à plusieurs
personnes physiques et morales de se faire du beurre en pillant, loin
des témoins gênants, les ressources naturelles de cette partie de la
République Démocratique du Congo. Et, une fois abandonné par ses
parrains, pour des raisons inexpliquées, mais certainement liés aux
intérêts miniers et militaires, le malheureux chef rebelle était
remplacé par Bosco Ntaganda, qui allait se rendre célèbre dans le
feuilleton de la saisie, suivie d’une libération rocambolesque, à
l’aéroport de Goma en 2013, d’un aéronef transportant un colis de
diamants présumé lui appartenir et valant plusieurs millions de
dollars américains. Il s’agissait là, d’une de preuves irréfutables,
de la complicité entre lui et des autorités civiles et militaires
congolaises, dans le trafic des diamants du sang. A l’instar de son
ancien mentor, Bosco Ntaganda allait être, lui aussi, lâché par
Kinshasa, qui avait pourtant fait de lui un général des FARDC – parce
que c’était là le prix à payer pour préserver la paix au Nord-Kivu –
Kigali et Kampala, avant se rendre à l’ambassade américaine, dans la
capitale rwandaise, et de prendre la route de La Haye, pour la Cour
Pénale Internationale.
L’enseignement principal à tirer de la sonnette d’alarme de la
Monusco est que le Nord et l’Est de la RDC ne pourront jamais
retrouver une paix durable tant que l’Etat congolais n’aura pas trouvé
la parade contre le trafic des minerais du sang et que des officiels –
civils comme militaires- n’auront pas cessé de se servir de
l’insécurité comme de leur fond de commerce.
Kimp