De la méga-plateforme de la Majorité pour la finalisation des cinq chantiers de la précédente campagne présidentielle

0
270

La majorité présidentielle se donne la vocation d’une méga-plateforme grâce à un ralliement de tous les partis actuellement au gouvernement ayant intégré son programme de campagne de 2011 en vue de parachever le projet des cinq chantiers tiré de « la révolution pour la modernité » au lieu du lapsus consacré : « la révolution de la modernité » en République Démocratique du Congo.

Le débat politique de l’actuelle campagne électorale pour la conservation ou l’alternance démocratique du pouvoir se joue au niveau de la validation des acquis des cinq ans ou de la remise en question du projet des cinq chantiers, dont l’actuelle majorité présidentielle se targue d’être le porte-étendard. Elle envisage de passer le flanc à un nouveau candidat de la majorité au pouvoir pour reconquérir le pouvoir en gagnant massivement les prochaines élections, présidentielle, législatives, provinciales, municipales et locales sur toute l’étendue de la République.

          Mais l’échec presque cuisant des cinq chantiers permet-il à la majorité d’avoir une nette assurance à fonder l’espoir pour une victoire certaine aux prochaines échéances électorales ? Même, si on peut bien vouloir se poser la question de savoir si, hormis Moïse Ekanga, Adolphe Muzitu et Augustin Matata Ponyo restés à la majorité, les anciens proches collaborateurs de l’autorité morale passés à l’opposition se sentent-ils encore concernés par la grande charge de cet échec du grand projet des cinq chantiers, dont les uns et les autres ont largement tiré profit.

          Il se dégage la nette impression que ces «Boss» d’ hier à la majorité, argentiers aujourd’hui de l’opposition, passent ce désastre économique au compte « perte et profit ». Et pourtant, tous les défroqués de la majorité présidentielle presqu’à la fin du deuxième quinquennat en 2015   peuvent difficilement dégager leur responsabilité de la situation actuelle du pays.

          Il s’agit particulièrement de Pierre Lumbi,  le tout puissant ex-Conseiller Spécial, Olivier Kamitatu , ancien dino-ministre du Plan et Moïse Katumbi, ex-gouverneur du Katanga et contremaître dans l’exécution des contrats miniers congolais-chinois conclus pour 10.000.000 de tonnes de cuivre et 600 mille tonnes  de cobalt à exploiter au Katanga  en  échange de 9 milliards de dollars à investir . Mais encore là, la République n’en a perçu que 6,5 milliards de dollars, à la suite, dit-on, de nombreux prélèvements de sommes faramineuses au profit de commissionnaires et autres dealers.

          Ce montant aura été destiné à la construction de près de 2800 km de routes asphaltées, 2000 km de chemins de fer, 32 hôpitaux et 145 dispensaires, deux universités modernes et plusieurs infrastructures de base du système éducatif, de barrages hydro-électriques, ainsi que des infrastructures pour l’approvisionnement en eau à travers le pays.

            Si notre mémoire est bonne, le «Plan Bilsen» de développement du Congo-belge avait prévu l’équivalent de 30 milliards de dollars pour 30 ans, soit un milliard par an, alors comment pourrait-on imaginer aujourd’hui avec tous les coûts additionnels de l’investissement destiné aux infrastructures et équipements modernes que l’on puisse réussir avec seulement 6,5 milliards de dollars pour dix ans ?

            Il faut reconnaître que déjà à ce niveau d’évaluation des cinq chantiers, le calcul n’était pas bon comme en témoignent d’ailleurs les mauvais résultats obtenus après dix ans de gestation de ce plan débuté en 2008.

            Mais bien plus, de l’avis de nombreux observateurs politiques et analystes financiers, la «Kabilie» n’a eu que des miettes par rapport à tous ces anciens membres du Bureau politique de la majorité passés avec armes et munitions à l’opposition. On peut dès lors comprendre la grande colère des initiés au dossier minier du Katanga comme Albert Yuma, le PCA de la GECAMINES, Martin Kabwelulu, le dino-ministre des mines, les dirigeants du Cadastre minier, notamment Jean-Félix Mupande, Directeur Général, Joseph Amisi, Directeur Général Adjoint et Justin Nyembo, Directeur Technique., qui en savent un peu plus.

            Si la force de la campagne aux prochaines échéances électorales ne se mesure que par la cagnotte qui y est réservée, le pronostic peut déjà être lancé, sans appel, comme s’affichent déjà les préparatifs de regroupements politiques de l’opposition, sur fond douteux de ceux de la majorité à six mois seulement de la tenue d’élections générales. Évidemment, si seulement si elles auront lieu le 23 décembre 2018.

            Quand on parle de cette méga-plateforme de la majorité présidentielle, on peut se demander si elle pourra disposer des moyens financiers conséquents pour affronter ces anciens collaborateurs devenus de puissants pourvoyeurs de fonds aussi bien aux acteurs de la majorité qu’à ceux de l’opposition.

Devant cette cruelle évidence, il ne reste plus que les méninges pour la triche grâce au seuil de représentativité fixé à 1% pour les regroupements politiques ou listes d’indépendants et à la supercherie électorale montée par les machines à voter pour sauver cette méga-plateforme face aux adversaires politiques de l’opposition en compétition pour arracher le pouvoir et l’argent de l’Etat.

Mais au-delà de cet aspect purement financier, il se profile un autre aspect relatif à la capacité de mobilisation politique des uns et des autres sur base de leurs discours respectifs pour convaincre les potentiels électeurs et les groupes sociaux les plus influents sur la scène politique (pas de dessin pour comprendre). Aussi dit-on, la somme du plus grand nombre de nuls ne fait pas le gros plein mais le grand vide. Il y a donc crainte que certaines méga-plateformes en soient le cas.

            Car, en retraçant les fiefs géopolitiques par province, un constat sévère s’impose comme fatalité d’un carma pour la majorité et le bénéfice du doute pour l’opposition. En effet, la majorité n’a plus procédé au recrutement de nouveaux cadres pour des placements de grande visibilité et position d’éligibilité dans les différentes instances de leur formation politique. Ce sont donc les mêmes cadres qui fourmillent depuis deux quinquennats et parmi lesquels se comptent de nombreux mal-élus.

            En jetant le regard sur les élus de la majorité à l’Assemblée nationale, nombre d’entre-eux n’ont eu leur victoire électorale que grâce à l’appartenance aux partis proches du pouvoir. C’est ce qui explique, en partie, soit leur soumission aveugle aux ordres du pouvoir, soit la pratique consistant à faire monter des enchères à chacune de leurs décisions parlementaires, soit encore celle du marchandage pour leur nomination aux postes gouvernementaux ou aux postes à mandat dans les entreprises publiques.

            Dans toutes les nouvelles provinces de l’ancien Bandundu, des deux Kasaï, du Katanga, de la Province Orientale, de l’Équateur, du Maniema, du Nord et du Sud-Kivu, du Kongo Central et de Kinshasa, on ne décèle pas les animateurs ou leaders politiques très engagés au sein des formations politiques de la majorité. Il y a de la peine à se demander si la comptabilité des fiefs acquis à la majorité ne répond pas à la politique des militants fictifs, à laquelle on est malheureusement habitué durant la paie des fonctionnaires.

             Par contre, les formations politiques de l’opposition ont subi deux grands chocs de rupture ayant entraîné de nouveaux modes de recrutement et de placement politique, ainsi que de nouvelles stratégies de conquête du pouvoir.

            Le premier choc de rupture était celui intervenu avec le passage entre 2004-2005 de nombreux acteurs issus du MLC, au RCD ou vice-versa et ses nombreuses variantes, ainsi que ceux de différents groupes Maï-Maï allant de la lutte armée vers la compétition politique en nouant des alliances parfois contre-nature avec le pouvoir en place. Il en a été tiré la leçon de l’accaparement toujours par les tenants du pouvoir de tous les avantages politiques sans partage ni concession aucune.

            Le deuxième choc de rupture est celui survenu le 16 septembre 2015 avec l’exclusion de certains dirigeants influents des partis de la majorité présidentielle parmi lesquels se retrouvent des anciens rebelles anti- Kabila et certains leaders de l’ancienne opposition politique des années 90. Il en a été également tiré une deuxième leçon de leur exclusion, selon laquelle, les tenants du pouvoir réel ne l’abandonnent jamais sans force politique ou quelconque équivalente ou supérieure à la leur.

            Et pour arriver à consolider cette force opposable et redoutable face à celle du pouvoir, le recrutement des militants et sympathisants dans les formations politiques de l’opposition se fait généralement sur base du critère de la toile affective ou répulsive du milieu d’accueil envers l’opposition et sur le critère de l’effectivité d’adhérents au point compté. Cette dernière s’appuie également sur la conscientisation des cadres, militants et sympathisants grâce à leur participation intense aux activités politiques réelles. C’est différent de la participation courante des membres de la majorité présidentielle aux scènes d’adoration ou de jouissance sous animations plaisancières ou d’agrément musical.

            Il en est de même de la stratégie des partis politiques de l’opposition pour la certification et vivification de l’engagement des membres souvent orienté vers la lutte contre le pouvoir, parfois sans motifs idéologiques définis. Pour la promotion des cadres aux postes de responsabilité ou d’encadrement des membres, il est, plus qu’ailleurs, fait recours au critère de mérite, bien qu’il se greffe parfois du clientélisme ou du tribalisme.

            On peut tout dire du mal de Katumba Mwanke, la majorité présentielle se trouve, sans lui, fortement dégarnie et l’épreuve lors de la prochaine compétition électorale pour sa méga-plateforme risque de tourner au mauvais sort, à cause des aléas de sa puissance financière, mais aussi par la faible capacité de la mobilisation politique à sa cause mal au point.

            Il s’ajoute à ce tableau sombre pour la méga-plateforme, le profil de probables dauphins que certains citoyens qualifient déjà l’un d’eux de misogyne, d’autres ciblent un autre candidat qualifié de kleptomane et certains autres voient déjà venir un autre candidat mégalomane aux allures et du genre « Djalelo dans le firmament ».  Bango yonso baza ah ah !!!…..banani ?

Pauvre majorité présidentielle mégaforme !

 

Par Jean Marie

Kashama Nkoy