De l’IPN à l’UPN : paris réussi au sein de l’Enseignement Supérieur et Universitaire

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UPN-KINSHASA-RDCL’Université Pédagogique Nationale fut créée par le Président de la République Démocratique du Congo, par son décret n° 05/007 du 23 février 2005. L’avènement de cet événement a fait qu’aujourd’hui l’UPN soit devenue «le devenu». Oui, tout à fait «le devenu».

Qui aurait cru, qu’en 2005 l’Institut Pédagogique Nationale pouvait devenir Université Pédagogique Nationale? Qui aurait cru que l’oeuvre qui a aujourd’hui 10 ans d’âge, pondue par des enseignants de l’IPN, enseignants de vocation et de référence, appuyés par une élite de bonne foi provenant des horizons divers tant politiques, gouvernementaux que religieux, une élite intellectuelle aux grandes qualités d’initiateur opiniâtre; oui, qui aurait cru que cette belle brochette de visionnaires pouvait réussir à tout prix dans l’heureuse initiative ? Qui, enfin, aurait cru que l’avènement de l’Ecole Doctorale au sein de l’UPN, pouvait, à coup sûr et d’espoir, donner goût à la formation et à la recherche de grande facture. Qui pouvait ? Le témoignage est là ! Éloquent ! Cette Ecole est animée par des professeurs chevronnés venus des universités d’ici et d’ailleurs.

 

Il s’agit des « desseins utiles» de toute université. Desseins qui ouvrent le grand débat sur la place, le rôle, la mission et l’avenir de ce genre d’institution du savoir. Au bout de la lecture réfléxionnelle, j’ai découvert la crise généralisée et l’effondrement qui la secouent. Je suis arrivé au niveau de croire qu’il faut repenser, recréer notre enseignement supérieur et universitaire. Je parle de la crise pour évoquer, en ce qui me concerne, surtout du déséquilibre, de l‘hiatus ou de la contradiction qui environne notre enseignement supérieur et universitaire. J’ai tout récemment pondu une réflexion à ce sujet intitulée «Faillite de la raison et raison de la faillite» de l’enseignement supérieur et universitaire au Congo. Mon collègue et aîné Mwabila Malela parlerait tout simplement de la déraison. Léon Matangila a étudié la précarité de «L’enseignement universitaire au Congo-Kinshasa». Enjeux et défis éthiques. Comme pour couronner l’ensemble de la réflexion à ce sujet, Mgr Tarcisse Tshibangu a publié «La crise contemporaine, l’enjeu africain» et l’université de l’an 2000. Plus, ce dernier penseur a étudié L’université congolaise en fixant ses étapes historiques, sa situation et les défis à relever. L’ensemble des réflexions que j’ai épinglées, m’a poussé à comprendre que c’est une question de responsabilité humaine qui invite l’homme à se sentir, chaque jour davantage, capable de diriger, de modifier, voir même de renverser le cours de l’histoire de l’Enseignement Supérieur et Universitaire au Congo.

En effet, je pense que ce qui caractérise l’homme, c’est le développement et l’accroissement de sa conscience réfléchie. Plus il sait, plus s’accumule le patrimoine héréditaire de connaissance, de possibilités et de moyens, plus cette conscience s’affirme en ampleur et en lucidité. Si l’animal sait, « l’homme sait qu’il sait» avait proclamé le professeur Arnauld Clausse de l’Université de Liège.

Partant de cette phénoménologie du savoir et de la responsabilité, me semble-t-il, les initiateurs de l’UPN ont compris qu’on ne pouvait pas avoir seulement trois universités de l’Etat dans un pays de plus de soixante millions d’habitants. Ils ont pris conscience de la propre existence de la République, donc de sa permanence, dans un contexte des choses qui passent, donc du temps, du présent et de l’avenir. La création de l’UPN est, selon mon entendement, une stratégie pour consolider la force de la République.

En toute conscience, cela me fait comprendre, comme plusieurs d’entre nous, que si le passé détermine le présent et si le présent annonce l’avenir, le processus s’opère uniquement de « derrière » (« from behind » comme disent les Anglo-saxons) pour pousser le développement en avant. C’est cela la marche de l’IPN vers l’UPN. C’est cela l’expérience historique de notre institution. Aujourd’hui, voici, voilà quarante ans que les Ipeniens, toute provenance confondue, ont pris conscience de l’action du « devant» (« from before »), c’est-à-dire en avant. Nous avons actionné « notre volonté voulante ».

Je me permets aujourd’hui de faire «l’éloge du savoir» à l’UPN. Pour dire que célébrer le passé n’a de sens que par rapport à ce qui donne le sens à ce passé. Rendre hommage au passé devenu notre présent, c’est étaler notre présent, c’est étaler notre lecture élogieuse de l’UPN. «Au commencement était le verbe», dit d’une manière lapidaire Jean l’Evangéliste dans son prologue. Laissez-moi extrapoler; nous aurions dit qu’au commencement, les 10 ans de l’UPN, le mot« verbe» peut signifier« être », «parole », «discours », «sagesse» ou même «savoir ». C’est pour dire que l’éclosion, l’émergence ou la création d’une réalité comme l’UPN n’était possible que grâce au discours; mieux, grâce au savoir. Ainsi, le savoir se présente-t-il comme la condition de possibilité de l’avènement du commencement et partant, de la réalisation du projet UPN.

Les initiateurs du projet UPN, et tous ceux qui ont contribué à sa réalisation jusqu’au décret présidentiel, ont eu raison de se convaincre qu’il y avait réellement question de créer un nouveau lieu de connaissance, de science et du savoir; étant donné que nos universités sont restées largement extraverties, aliénées, formatées sous « l’Odeur du Père» tel que l’a démontré V. Y. Mudimbe dans son livre portant le même titre. Et cela, en dépit des efforts fournis dans l’expérience tentée dans le contexte plus large de l’UNAZA. Non, je pense qu’il faut un merveilleux Kaïros pour inventer le nouvel enseignement supérieur et universitaire au Congo. Je pense qu’une idée subtile gangrène l’Enseignement Supérieur et Universitaire congolais à savoir: le manque d’ambition mondiale et d’énergie d’organisation toujours coffrée dans une impuissance politique endogène inquiétante. Les esprits lumineux avaient déjà crié haut et fort: non au pessimisme, fatalisme, défaitisme. Heureusement qu’il y a encore des personnes éclairées qui prennent des responsabilités d’une manière individuelle.

Il nous faut des personnes capables d’élaborer des mythes porteurs d’espérance pour booster l’imaginaire au sujet du rôle et de la mission de l’enseignement supérieur et universitaire au sein de la société congolaise. Je pense à la nécessité d’une élite universitaire qui conçoit sa propre pensée. Le fameux « connais-toi toi-même» veut dire, au bout de la ligne, «pense donc par toi-même ». L’heure de nous-mêmes est venue. Oui, comme Saint John Perse, je dis que les temps sont forts, et l’heure est grande! «Les premiers houles d’équinoxe se libèrent déjà à l’horizon pour l’enfantement du nouveau ». Pour l’Enseignement Supérieur et Universitaire, «un grand morceau d’histoire naissante se détache pour nous des langes du future… La force de l’homme n’est pas d’être dépourvu d’un destin inexorable,’ c’est de le savoir. Sa destinée, c’est d’être responsable de lui-même ». Frantz Fanon, il y a des années, avait écrit pathétiquement dans la conclusion de «Les damnés de la terre : Allons, Camarades, il vaut mieux décider dès maintenant de changer de bord, la grande nuit où nous fûmes plongés, il nous faut la secouer et en sortir. Le jour nouveau qui se lève déjà doit nous trouver fermes, avisés et résolus. Il nous faut quitter nos rêves, abandonner nos vieilles croyances. Ne perdons pas le temps en stériles litanies ou en mimétismes nauséabonde … Si nous voulons que notre humanité avance d’un cran … il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.»

Alors, «faut-il brûler» l’Enseignement supérieur et universitaire en RD Congo ? Faut-il continuer à éduquer ou se laisser périr ? «A quand le Congo ?» A quand l’UPN ? ». Vous avez certainement reconnu des thèmes chers aux professeurs Sawyer de l’Université d’Accra, Joseph Ki-Zerbo le Burkinabais et à ce professeur Camerounais bien connu Ambroise Kom : La valeur d’une nation se mesure à la place qu’elle réserve à l’université. Pour durer, survivre et exister comme un peuple dans le monde civilisé la fonction de cette institution est cruciale …

C’est ici qu’il faut rendre un hommage mérité aux témoins de la refondation de l’Enseignement Supérieur et Universitaire parmi lesquels je cite à titre d’exemple Mgr Tshibangu Tshishiku, Mpeye Nyango, Mbulamoko Movoambe et Monseigneur Maurice Plevoets et leurs prestigieuses équipes des Conseils d’Administration. Sans oublie le tout nouveau ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, Théophile Mbemba, qui a compris la nécessité de bien faire. Eux, comme nous tous, avons oeuvré avec courage, persévérance, abnégation et avec un esprit sacerdotal pour refuser le fatalisme, la léthargie et le complexe de victime.

L’UPN ne veut pas pleurnicher et demeurer dans le complexe de victimisation. C’est une institution jeune qui veut devenir et être fondamentalement universitaire et éminemment pédagogique. A ce moment de crise de Troisième cycle de l’UPN ; crise qui l’a plongée dans l’immobilisme total depuis qu’une certaine instruction ministérielle l’a mise aux arrêts. Les choses de bien vont contrairement recommencer dans le bien. Je note que l’IPN est le tout premier établissement de l’enseignement supérieur créée en 1961 par les autorités de la jeune République du Congo-Kinshasa.

Jadis, sortir de l’IPN, cette institution d’enseignement supérieur de référence en matière pédagogique, suscitait admiration et sollicitation de la part des responsables de l’enseignement, des écoles et des parents. Aujourd’hui, l’UPN veut déployer des efforts assidus pour garder cette aura à court, moyen et long terme. L’UPN veut former des cadres de haut niveau de conception dans les domaines les plus divers de la vie nationale et aussi organiser la recherche scientifique fondamentale et appliquée, orientée vers la solution des problèmes spécifiques de la nation. Compte tenu de l’évolution de la science, des techniques et de la technologie dans un monde devenu planétaire, l’UPN veut résolument devenir compétitive d’une manière visible ici et ailleurs à travers le monde. Nous voulons être réellement « forge de la République» d’où sortent d’une façon régulière les «forgerons» de celle-ci. L’expression est de l’ancien Premier Ministre Cyrille Adoula à l’inauguration de l’IPN en 1961. Pourquoi déroger à cette règle ?

L’Heure a sonné d’être nous-mêmes avec les autres dans le monde du savoir et des connaissances.

Kambayi Bwatshia

Professeur Ordinaire

 à l’UPN