De l’expo de Bruxelles aux émeutes du 4 janvier 1959

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De septembre à octobre 1958 se tient à Bruxelles une grande Exposition universelle. Des délégués congolais, rwandais et burundais arrivés dans la capitale belge – certains avec femmes et enfants – font la découverte des Européens venus de divers horizons et d’autres peuples d’Afrique. Au contact des autres, ils prennent davantage conscience de leur condition de colonisés et de la nécessité de mettre un terme à la domination étrangère. Hébergés au  « Centre d’Accueil pour le Personnel Africain » (Capa) dans des maisons préfabriquées aménagées par l’Office des Cités africaines (Oca) au parc de Tervuren, ils sont plus de deux cents à suivre des discours hostiles à la colonisation tenus par des occidentaux progressistes. Le groupe Marzorati du prof Vari Bilsen se met singulièrement en vedette surtout que I’exposition coïncide avec la publication, en octobre 1958, de son livre intitulé « Vers l’indépendance du Congo et du Rwanda Urundi », Entre-temps, en septembre 1958, les colonies française d’Afrique noire sont soumises au référendum d’autodétermination, sous le mandat du général De Gaulle. Le 28 septembre 1958, une majorité écrasante choisit l’attachement à la France, hormis la Guinée d’Ahmed Sékou Touré. Du côté anglophone le Ghana et le Soudan sont devenus indépendants depuis 1957. Quant à l’Algérie, elle se trouve, depuis 1954, en pleine « guerre de libération » contre la France. L’Afrique coloniale belge. C’est sur ces entrefaites que le Ghana de Kwame Nkrumah arbitre, en décembre 1958 la conférence des peuples d’Afrique. Les thèmes de cette conférence panafricaine à laquelle participent P-E Lumumba et Joseph Ngalula pou r le Mouvement National congolais (MNC) ainsi que Gaston Diomi pour le compte de l’Alliance des Bakongo (Abako) tournent autour de la décolonisation, de I’unité africaine, du développement des Etats africains sur la direction des Africains eux-mêmes, de la solidarité avec les territoires africains encore sous domination étrangère, etc.

De retour au pays, les délégués congolais se croient en devoir de rendre compte des travaux du forum aux militants de leurs partis. C’est ce que fait le Mnc le dimanche 28 décembre 1958. Une semaine plus tard, c’est autour de l’Abako de réunir sa base à I’Ymca.
Autorisé dans un premier temps par I’administration coloniale, le meeting est annulé à la toute dernière minute. Sous informés, les sympathisants de I’Abako affluent dimanche 4 janvier au lieu du rendez-vous. Retranchés pour concertation au domicile de Kasa-Vubu sur la rue lnzia à 500 mètres de l’Ymca, les ténors de l’Abako décident finalement de se présenter dans ce stadium en vue de calmer les esprits. Ils réussissent apparemment à faire comprendre la base que le meeting ne peut se tenir et qu’il est retardé d’une semaine. La réunion s’achève sans incident.

Mais parmi la foule qui regagne la cité indigène, déçue, on sent monter une sourde révolte. Un commissaire européen conspué par la foule au rond-point de 1a Victoire commet la gaffe de tirer des coups de feu en l’air. Il n’en faut pas plus pour chauffer les esprits à blanc. C’est ainsi que sont systématiquement « bombardés » de pierres et projectiles tout véhicule conduit par un européen ou ayant à bord des passagers d’origine européenne.

Pendant que le périmètre de I’Ymca et de la Victoire baigne dans la confusion, des spectateurs venus du stade Roi Baudouin mécontents de la défaite de V.Club devant Mikado, se mêlent aux manifestants. Et c’est parti pour des pillages des magasins des sujets portugais et grecs aux quartiers Foncobel et
Renkin, des lynchages d’Européens, de viols de religieuses et d’un tas d’actes de violence dirigés contre les occidentaux et tout ce qui incarne la colonisation. La police étant dépassée, l’administration coloniale sollicite I’intervention des unités combattantes de la Gendarmerie et de la Force Publique. La répression est brutale car I’armée n’hésite pas à tirer dans le tas, faisant de nombreux morts et blessés parmi la population noire. Tous les membres du comité central de l’Abako sont mis aux arrêts, à l’exception de Kasa-Vubu qui a réussi à semer les forces de l’ordre et de sécurité en revêtant la soutane lui prêtée par son cousin, l’abbé Loya. Au terme d’une courte planque à Kimwenza. Il va se rendre à la police.

Le gouvernement comme I’opinion belges sont sérieusement secoués par les événements du 4 janvier 1959. Prenant la mesure de la contestation intérieure, le Roi Baudouin ainsi que le Premier ministre Mark Eysken donnent chacun lecture, le 13 janvier 1959, de deux messages dont la substance tourne autour de la volonté politique de la Belgique de préparer sa colonie à I’indépendance, dans l’ordre et la discipline. Pour une meilleure évaluation de l’état d’esprit des Congolais, le ministre Van Hemerijrijk chargé de Colonies, fait le voyage de Kinshasa.

Entre autres coups d’éclat à son actif, il donne un brutal coup d’arrêt au procès sans issue dans lequel sont impliqués les leaders de I’Abako en amenant en Belgique le trio Kasa-Vubu, Kanza et Nzeza-Landu. Entre-temps, I’avocat français Me Croquez Jacques, s est tapé une forte publicité en assurant la défense des accusés. Comme par hasard, un voyage est offert à la même époque à Patrice Lumumba, chef du Mnc, au cours duquel il fait la connaissance du sergent-étudiant Joseph-Désiré Mobutu. Il l’adopte comme secrétaire particulier, malgré les mises en garde des étudiants congolais qui se méfient de ce sous-officier fiché comme un «indicateur» des services secrets belges, américains et français.

 Kimpozo Mayala

 

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