De jeunes Congolais à la merci de cybercriminels

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828367-californie-serait-particulierement-vulnerable-raisonNaviguer sur l’internet 24 H sur 24, tisser des relations d’amitié ou d’affaires avec des milliers d’inconnus à travers le monde, et même chercher l’âme-sœur dans les différents réseaux sociaux, les internautes congolais ont découvert un autre univers et ses réalités. Avec l’informatique, ils réalisent qu’ils peuvent accéder à ce monde virtuel avec de possibilités illimitées d’accroître leurs connaissances, de perfectionner leur savoir, de tisser des liens avec une population planétaire composée d’hommes et des femmes, jeunes et vieux, de toutes les races et de toutes les nationalités.
 
En effet, depuis près de deux décennies qu’ils ont décelé les multiples avantages de l’informatique, de cultiver la passion de s’ouvrir au monde et de voguer virtuellement vers d’autres horizons lointains, la jeunesse congolaise moins préparée à forger sa conscience entre ce qui est bon et ce qui est mauvais, s’intéresse en priorité aux sites pornographiques. Dès qu’ils se retranchent dans certains coins discrets de cybercafés, après les devoirs à domicile, des adolescents s’extasient devant des vidéos des scènes d’amour et des ébats amoureux.
Dans leurs téléphones, de curieux fichiers dévoilent  ce qui captive tant garçons et filles. Et dans facebook, twitter, wattsapp et autres, ils postent des vidéos et des clichés insolites. Des gamines y affichent sans pudeur leurs images de nu, dans l’espoir de s’attirer les faveurs d’un prince charmant inconnu. Une nouvelle forme de prostitution a trouvé là un terrain de prédilection.
Dans cette forêt immense, les cybercriminels, tels de loups dans la bergerie, ont ciblé des jeunes qui se hasardent à faire confiance à d’internautes inconnus dont ils ignorent tout de leurs antécédents judiciaires, de leur passé criminel.
A Kinshasa, ces malfaiteurs de l’ère de l’informatique, proposent à leurs correspondants occasionnels, non seulement des opportunités pour s’enrichir en un clin d’œil, mais un partenaire pour mettre à l’abri quelques fortunes de leurs parents. Pour ce faire, ils demandent avant tout des renseignements sur l’identité de leurs victimes, leurs comptes bancaires et autres informations utiles, de manière à cibler les brèches dans lesquelles ils pourront s’engouffrer et frapper.
Après ce modus operandi, les cybercriminels appâtent leurs victimes en leur signalant qu’elles viennent de remporter des prix d’une tombola d’une grande société internationale, d’une sélection pour les meilleurs internautes ou d’un concours parrainé par une grande figure du monde de l’informatique. Et pour accéder aux primes alléchantes en dollars, vous devez au préalable remplir quelques formalités  et vous acquitter du paiement d’un pourcentage.
Aujourd’hui,   l’on propose aux internautes naïfs, des formations, des voyages ou des postes de travail dans de nouvelles entreprises agricoles et industrielles en Europe, Asie et Amérique latine.
Bernard Lutonadio, 21 ans, a reçu un jour, dans sa boîte e-mail, un message lui faisant part du lancement  dans un pays de l’espace Schengen, d’une nouvelle firme pour la fabrication des textiles. Cette société aurait besoin de la main-d’œuvre et l’agence chargée de procéder à l’embauche s’est tournée vers le continent africain où les jeunes sans emploi feraient mieux l’affaire. Comme pour éviter tout contact physique, les cybercriminels  préfèrent ne pas apparaître au grand jour, se limitant aux échanges de SMS.
De jeunes filles abordées par ces malfaiteurs, font état de sites internet de certaines Organisations non gouvernementales qui disposeraient des antennes dans de nombreux pays africains, asiatiques et américains, où elles ont financé des projets pour accroître la production agricole et lutter contre le chômage et la pauvreté.
            Le rêve d’aller travailler dans d’autres pays pour de nouvelles découvertes, de nouvelles amitiés et de nouvelles perspectives professionnelles, ne cesse de hanter la jeunesse congolaise qui, sans s’entourer de minimum de précautions, se confient au premier aventurier ou escroc venu.  Et comme tout doit demeurer discret, ils n’en parlent qu’à leurs intimes ou proches. Après le paiement de quelques sommes d’argent, et le silence leur réservé par les malfaiteurs, ils se rendent finalement à l’évidence qu’ils ont été roulés dans la farine.
Dernière race des victimes, les opérateurs économiques congolais intéressés par  l’accès aux crédits de grands groupes financiers internationaux. Un jeune entrepreneur naviguait sur internet à la recherche des partenaires expérimentés. Des cybercriminels dont on ne sait comment ils sont entrés en contact avec lui, ont  fait part de leur souci d’aider les jeunes entrepreneurs africains en quête de financement.
            Intéressé, il a pris relai avec ces inconnus qui prétendaient agir avec l’appui des organismes de financement  et de quelques banques arabes.  Après des échanges et le transfert de certains frais d’adhésion à l’organisation, le groupe a fermé le site, ne répondant plus à aucune correspondance.
            En RDC, la Coordination de la police judiciaire ferait mieux de traquer ces cybercriminels qui, pour la plupart, opèrent à Kinshasa, sans visage et sans adresses connues.         J.R.T.