De 1960 et 2011 : RDC, crises de légitimité à répétition

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Deux présidents de la République qui prêtent serment dans la même ville et en l’espace de deux jours ! C’est du jamais vu, pourrait-on dire ? Nenni, en RDC on en a déjà vécu et c’est depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Trois mois après le 30 juin 1960, le Katanga annonçait une sécession et devenait un Etat doté d’une capitale, d’une constitution, d’une monnaie, des armoiries, d’une armée, d’une police,  d’une administration, bref des éléments constitutifs d’un Etat au sens constitutionnel compris. Une partie de la province du Kasaï se proclama aussi Etat Autonome du Sud-Kasaï avec un chef d’Etat, un gouvernement, une armée, une police et des frontières qui correspondent aujourd’hui à 95 % de la future province du Kasaï Oriental tel que prévu dans la constitution du 18 février 2006. A la seule différence que cet « Etat » a continué à utiliser la monnaie nationale consommée dans les provinces sous contrôle de la capitale politique.

Une fois le Premier ministre Patrice Lumumba destitué par Joseph Kasa-Vubu, ses partisans se réfugièrent à Stanleyville pour y créer un autre Etat avec un chef de l’Etat, Christophe Gbenye, un gouvernement dirigé par Antoine Gizenga, une armée commandée par le général Victor Lundula, bref tous les éléments constitutifs d’un Etat moderne. En tout et pour tout, quatre Etats reconnus par certaines puissances extérieures, car la Belgique, l’Afrique du Sud, la Rhodésie avaient reconnu l’Etat du Katanga en y accréditant leurs  ambassadeurs respectifs et des conseillers militaires. L’Etat du Sud Kasaï bénéficia des mêmes appuis diplomatiques tandis que la République Révolutionnaire et Populaire du Congo fut reconnue par tous les Etats du bloc révolutionnaire, notamment l’URSS et bien entendu ses satellites de l’Europe centrale, la Chine Populaire et certains pays africains tel que le Ghana, l’Egypte, le Soudan, la Guinée-Conakry.  

Intervention armée de l’ONU, de la Belgique et des mercenaires européens

Cette crise de légitimité dura jusqu’à la chute de l’Etat sécessionniste du Katanga par l’intervention militaire de l’ONU au lendemain de la mort par accident d’avion du secrétaire général Dag HAMMAJORLD et ensuite par la reprise de la ville de Stanleyville par les parachutistes belges et les éléments mercenaires sud africains, français, belges, cubains et ceux de la colonne motorisée du colonel belge Van de Walle. 

Crise de légitimité entre les chefs d’Etat et les  premiers ministres

Trois mois après l’indépendance politique, un conflit surgit entre le chef de l’Etat Joseph Kasa-Vubu et son Premier ministre Patrice Lumumba. A deux reprises, les deux chambres du parlement accordèrent leur confiance au Premier ministre malgré la mise en place d’un Collège des Commissaires Généraux dirigés par Justin-Marie Bomboko avant de voir Joseph ILEO former un gouvernement qui sera rejeté par la majorité parlementaire acquise à la cause du Premier ministre Lumumba. Craignant pour leur sécurité physique, les élus et ministres lumumbistes se réfugièrent à Stanleyville pour y créer un nouvel Etat. Cette crise de légitimité fut à l’origine de la longue rébellion dite muleliste qui embrasa 3/5ème du territoire national avec un bilan lourd de 500.000 morts sans compter les dégâts matériels, industriels, commerciaux, agropastoraux et économico-financiers.

La 2ème crise de légitimité survint à partir du mois de janvier 1993 entre Joseph Mobutu et Etienne Tshisekedi. Le premier brandissant la constitution du MPR-parti Etat, tandis que le second se vantant de la légitimité acquise de par son élection brillante à la Conférence Nationale Souveraine et de la constitution adoptée par ce forum historique.

Cinq Républiques autonomes

Durant la guerre de six ans qui débuta en 1998, le pays fut divisé en cinq  Républiques, dont celle présidée par les Kabila père et fils, celle dirigée à partir de Goma et Kigali par le R.C.D., celle basée dans le Grand Nord et commandée à partir de Beni par Antipas Mbusa Nyamuisi, celle dirigée à partir de Gemena par Jean-Pierre Bemba et enfin celle dirigée à partir d’Isiro par Roger LUMBALA. Chacun dans son coin se conduisait comme un chef de l’Etat et disposait des éléments constitutifs d’un Etat, à part la monnaie nationale mais bénéficiant des appuis diplomatiques des Etats européens, asiatiques et africains.           
Comme ils contrôlaient des territoires habités par des populations congolaises et disposaient des troupes armées et de la police, les dirigeants de ces Républiques jouissaient des privilèges dus et reconnus aux chefs d’Etat. C’est à ce titre qu’ils étaient reçus dans les capitales des Etats amis en Afrique et dans le Monde. Avaient-ils pour autant prêté serment constitutionnel ? C’est possible car les actes de désignation étaient préparés dans le style semblable à celui utilisé pour une situation de force majeure.

Ironie du sort : l’accord de Sun City signé en avril 2003 mit en place un système de gouvernement sui generis avec un chef de l’Etat secondé par quatre vice-présidents de la République issus comme par hasard des mouvements politico-militaires. Même, celui se réclamant de l’opposition politique non armée, le nommé Arthur Z’Ahidi Ngoma, avait été le tout premier chef du Rassemblement Congolais pour la Démocratie soutenu par le Rwanda. Durant trois ans, le pays connut des confits politiques entre Joseph Kabila et Ruberwa, ensuite entre toujours Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. La toute dernière fut sanglante entre ceux-ci et le leader du MLC n’eût son salut qu’en quittant Kinshasa sous escorte de la MONUC.
La dualité institutionnelle née de la crise de légitimité entre Mobutu et Tshisekedi connut son épilogue lors de l’avènement de la guerre de l’AFDL.

F.M.

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