De 1960 à 2010 : des réformes à la recherche d’une performance introuvable

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Un des paramètres qui déterminent aujourd’hui, sans coup férir le développement d’un pays est le niveau d’instruction de ses habitants. On peut affirmer sans conteste que le reste des critères lui sont tributaires. A ce sujet, la République Démocratique du Congo (Rdc) était l’un des pays en voie de développement, en 1960, qui avait un niveau de développement appréciable ; c’est-à-dire, un niveau d’instruction acceptable de sa population à la date de son indépendance. Affirmation qu’on ne saurait se risquer de faire en 2010 où, unanimement, tout le monde reconnaît dans notre enseignement une baisse de niveau d’instruction préjudiciable à la promotion humaine de la jeunesse et au développement du pays. Cette baisse est perceptible aussi bien au niveau de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (E.P.S.P.) qu’au niveau de l’Enseignement supérieur et universitaire (E.S.U.).

 

          Evidemment, dès l’aube de l’indépendance, le Gouvernement du nouvel Etat Congolais a voulu se démarquer du « Programme métropolitain » (le programme laissé par les colons belges) et accusé d’être éloigné du vécu quotidien des autochtones de l’ex- Congo-Belge. En voulant provoquer un rapide développement de son pays, il a pensé instaurer, au niveau de l’Epsp et de l’Esu, un nouveau programme d’enseignement sensé mieux épouser les réalités locales du pays et promouvoir rapidement son développement. Cette volonté politique a justifié toutes les réformes de l’Education (Epsp et Esu) dès ce moment jusqu’aujourd’hui. Mais, à chaque tentative, les résultats sont loin d’être au rendez-vous.

EPSP : Introduction du Cycle d’orientation (C.O.)

          Parmi les réformes qui devaient mettre le système éducatif congolais au diapason d’une formation de qualité adaptée au système économique local, dès l’accès au cycle secondaire, figurait d’adoption d’un Cycle d’orientation (ou C.O.) de deux ans, pour tout élèves qui avait obtenu son certificat de fin de cycle primaire et qui postulait aux études secondaires. Il devait dès lors passer par ces deux années durant lesquelles les responsables de son école devaient observer ses performances et détecter ses talents. A la fin de ces deux ans d’observation, ils devaient l’orienter dans une option (ou section) qui commençait à partir de la 3ème année secondaire. De cette façon, l’élève était sensé s’épanouir dans la section qui correspondrait à ses aptitudes. Cette réforme s’était aussi étendue au niveau supérieur où on a vu apparaître l’option « Orientation scolaire et professionnelle », dont la finalité était de produire des techniciens-psychologues capables de détecter les aptitudes des jeunes ou des travailleurs dans une entreprise et de les orienter.
          Après quelques dizaines d’années d’application, les autorités ont procédé à plusieurs reprises à une évaluation et se sont aperçues que cette réforme n’avait pas atteint les résultats escomptés. Les deux années d’observation n’était qu’une perte de temps pour un apprenant qui devait débuter sa professionnalisation dès la 1ère année secondaire. C’est en ce moment que le ministère de l’Enseignement primaire et secondaire (E.P.S.) s’est transformé en ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (E.P.S.P.) pour mettre un accent particulier sur l’enseignement technique et la professionnalisation de toutes les filières de formation au niveau de l’Enseignement secondaire. Mais dans la pratique, le système de ‘C.O.’ a la peau dure et survit jusqu’à présent.
         Consécutivement à ces réformes, les documents conférés à un candidat ayant terminé le cycle secondaire ont aussi connu une variation. Avant 1967, le Gouvernement avait mis en place, pour toute option, une commission ad hoc appelée «Jury Central» pour l’homologation des diplômes délivrés par les divers établissements d’enseignement secondaire. Mais à partir de 1967, on a connu la première organisation d’une session de l’Examen d’Etat, à laquelle participent tous les finalistes du cycle long du secondaire, des écoles officielles et privées et qui était sanctionnée par l’obtention de deux documents : le Certificat d’Etat pour tout lauréat en «dessous de 50% et le Diplôme d’Etat pour ceux qui avaient 60% et plus. C’est en 1972 que le gouvernement va introduire une dernière modification en supprimant le Certificat d’Etat et en attribuant le Diplôme d’Etat à tous les lauréats ayant obtenu 50% et plus.
 
ESU : des réformes mais toujours pas des résultats probants

          L’enseignement secondaire a fait aussi l’objet de plusieurs réformes pour mettre sur le marché des produits finis de haute qualité. Mais hélas, comme au niveau primaire et secondaire, on a pas encore atteint la performance visée et jusqu’à présent, tout le monde rêve d’une formation calquée sur le programme « des universités européennes ou américaines ». Et pourtant à l’indépendance, personne au pays ou en Afrique ne mettait en cause la solidité de la formation universitaire ou supérieure donnée par nos universités : Université Lovanium catholique à Léopoldville (Kinshasa) ; Université officielle à Elisabethville (Katanga) et Université libre protestante à Stanleyville (Kisangani).

Le système de quotas et la baisse de niveau à l’Esu

          Un concours d’entrée était organisé pour toute personne désirant faire des études supérieures ou universitaires en 1960. En 1967, ceux qui détenaient le Certificat d’Etat devaient passer par une année de pré-université avant d’entrer en 1ère année de graduat, car seuls ceux qui détenaient 60% et plus accédaient directement en 1ère année de graduat. Mais l’Université Lovanium exigeait toujours la réussite à son test de « maturité » pour toute inscription en son sein. Ceci créait un certain mécontentement parmi certaines gens, voire même parmi les autorités qui voulaient casser ce test de vérification de niveau. C’est ainsi qu’en 1972, l’Université nationale du Zaïre (Unaza) a été créée, réunissant en son sein toutes les institutions d’enseignement supérieur et universitaire du Zaîre (Rd Congo aujourd’hui).
 Par après, la pré-université sera simplement abolie pour l’accès aux facultés de sciences humaines.
         En 1972 aussi, il y a eu introduction du « Système de quotas d’inscription » pour accéder à l’université. Les provinces censées avoir été moins alphabétisées, donc possédant moins d’intellectuels, devaient avoir le double d’inscrits dans chaque institution universitaire par rapport à celles présumées regorger de« trop » d’intellectuels. En outre, le Certificat d’Etat ayant été supprimé, ceux qui avaient moins de 60% devaient passer par la pré-université pour accéder au 1er graduat et ceux qui avaient 60% gardaient leur privilège de passer directement en 1er graduat. L’examen (ou test) de maturité de Lovanium a été aboli laissant la voie à une inscription basée uniquement sur le pourcentage. 
          En 1975, les autorités du pays constatent et regrettent que le niveau à l’E.S.U. ait terriblement baissé. Elles mettent en cause la formation aussi bien au niveau de l’Epsp que de l’Esu et font passer de deux à trois ans la durée de formation au niveau de graduat. Elles insistent sur l’apprentissage correct d’une profession au niveau de graduat et seuls ceux qui se destinent à des recherches peuvent entamer les études universitaires. Cette situation restera pendante jusqu’en 1980, l’année de la suppression de l’Unaza ; entraînant ipso facto tous les établissements de formation universitaire à reprendre leur autonomie de gestion jusqu’aujourd’hui.

SAKAZ

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