CSAC-Le Phare : la vérité des faits

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Le Phare a finalement vu atterrir dans ses bureaux, le vendredi 02 décembre 2011, la lettre du CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication) visant à le réduire au silence pour une durée de dix jours. Le libellé prête à une grande confusion, parce que le quotidien de l’avenue Lukusa n’a jamais été invité à comparaître et n’a jamais eu l’opportunité de présenter ses moyens de défense.

Le Phare est fatigué de revenir sur l’affaire de 3 millions de bulletins de vote cochés avant terme et ayant fait l’objet d’un de ses articles publiés dans son édition du mardi 22 novembre 2011. Faisant preuve de responsabilité et de professionnalisme, Le Phare avait invité instamment le président de cette institution d’appui à la démocratie à clarifier rapidement une situation de nature à jeter le trouble dans les esprits des électeurs, partis politiques et candidats.
Et celui-ci l’avait fait à travers un droit de réponse publié dans l’édition du 24 novembre et reprogrammée dans l’édition suivante, celle du 25 novembre, du fait qu’une seconde copie du même droit de réponse était déposée à notre rédaction, certainement à la suite d’une petite confusion dans la transmission du courrier. Cela était fait pour prévenir toute mauvaise interprétation de la disposition de la loi en la matière.

A ce stade, Le Phare a cru comprendre que le dossier était clos car la personne morale qui s’était sentie lésée et qui avait menacé d’aller en justice s’était arrêtée au niveau du droit de réponse.
En s’accrochant à ce dossier, le CSAC donne la curieuse impression de vouloir faire dire au Phare ce qui ne se trouvait pas dans ses éditions du 22 et 23 novembre 2011. Si ces deux livraisons poseraient réellement problème, notre journal s’empresse de lui rappeler que les bulletins cochés, les bureaux fictifs et les électeurs omis – faits signalés dans les éditions incriminées – étaient au cœur de l’actualité le 28 novembre 2011, jour des élections présidentielle et législatives nationales. A cette date en effet, des Congolais du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest et du Centre ainsi que le monde entier, à travers les médias internationaux (Euros News, France 24, BBC, TV 5, AFP, AP) ont vécu de visu ces trois types d’irrégularités.
Les médias tant nationaux qu’étrangers ainsi que des missions d’observation des élections tant congolaises, africaines que mondiales ont pris acte de ces points négatifs du processus électoral de 2011.
Pas plus tard que ce week-end, une institution aussi sérieuse que la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) est revenue là-dessus dans sa déclaration faite devant les médias, et dont une copie est parvenue au Phare.

Finalement, le CSAC semble être l’une des rares organisations à ne pas reconnaître les irrégularités constatées par tous le 28 novembre 2011. Si tel est le cas, il devrait compulser les différents rapports présentés en primeur aux médias à ce sujet par des missions d’observation de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, de la SADC, du Centre International Carter, du Renosec, d’Osisa, de Cafco, de l’Eglise catholique, de l’Asadho, de la Ligue des Electeurs, etc.
Le Phare affirme, sans fausse modestie, n’avoir violé ni la loi, encore moins les règles d’éthique et de déontologie puisque son travail de monitoring électoral a été confirmé par les réalités du terrain. A la limite, la décision du CSAC aurait pu se justifier si elle était intervenue avant le 28 novembre, c’est-à-dire avant que les faits ne donnent raison à notre publication. Accuser Le Phare de violation des articules 5, 9 et 13 du Code de déontologie des journalistes congolais est incompréhensible, car les faits tels que des bulletins cochés en dehors des bureaux de vote, et des électeurs omis sont fondés, vérifiables sur le terrain.     Ainsi donc, le peuple  congolais avait le droit d’être pleinement informé de l’évolution du processus électoral. Conformément à l’article 24 de la Constitution, Le Phare s’est inscrit dans cette logique et estime que les attaques inutilement menées contre lui sont de nature à brouiller les pistes.

Dans cette affaire, s’il y a des gens qui ont fait preuve d’irresponsabilité, il faut les chercher du côté de ceux qui ont voulu introduire des bulletins frauduleux dans les urnes et non de notre journal. Et s’il y a des gens qui ont mis la sécurité du pays en danger, il faut également les chercher du côté de ces mêmes fraudeurs dont les actes délictueux ont été à la base des incidents graves ayant provoqué aux quatre coins du pays mort d’hommes, de nombreux blessés, des incendies des maisons et des bureaux de vote, etc.
La vraie question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment tant des candidats ont-ils pu disposer d’autant de bulletins officiels de vote. D’où viennent ces bulletins? Et qui est finalement au coeur de cette fraude organisée?
Le fond du problème est assurément là, et il est important que des réponses cohérentes soient trouvées  si l’on veut crédibiliser non seulement les scrutins qui viennent d’avoir lieu, mais aussi ceux attendus de 2012 à 2013.

Le Phare a fait preuve de professionnalisme en signalant la tentative de fraude en amont. Le reste relève de la responsabilité des enquêteurs qui doivent aider la République à retrouver sa dignité.
Compte tenu de la clarté des faits et de leur matérialisation sur le terrain, Le Phare estime, au finish, que la décision du CSAC est illégale sur toute la ligne. Par conséquent, il s’en tient à l’esprit et à la lettre de l’article 28 de la Constitution pour s’opposer, par toutes les voies de droit, à un ordre manifestement illégal. Le Journal n’a pas d’autre arme que celle-là, même si nous savons que l’implication tardive du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) dans ce dossier est un terrible message qui nous est adressé. Par ses décisions, le CSAC cherche à donner des contours de régularité à un dossier qui viole nos droits en tant que citoyens et aussi en tant que journalistes. En reprochant à nos journalistes la prévention d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, l’instance de régulation des médias en RD Congo veut en réalité donner aux services de sécurité intérieure qui traquent nos journalistes Castro et Ben Muboyayi depuis plusieurs jours des arguments légaux pour leur causer du tort. Ce faisant, le CSAC est sorti de son champ  d’action et met toute la corporation journalistique en danger en se comportant comme un appendice des services de sécurité. Il est vraiment dommage qu’on en arrive là dans un dossier  pourtant clair.

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