Cruauté et horreur à Masisi : MSF témoigne

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Dans un communiqué rendu public hier mardi 15 avril 2014, l’organisation humanitaire « Médecins Sans Frontières » a présenté une série des témoignages sur les affrontements armés qui se sont déroulés durant les deux derniers mois dans le territoire de Masisi dans le Nord-Kivu.  Le 6 avril dernier, a-t-elle souligné d’entrée de jeu, de nouveaux combats ont éclaté sur l’axe Nyabiondo-Lukweti, dans le territoire de Masisi. Depuis mi-février, d’importants affrontements sont en cours dans cette région de la province du Nord-Kivu. Les populations, continuellement victimes de violences et ayant peur pour leur vie, ont fui dans la brousse, laissant tous les villages entre Kilambo et Nyabiondo vides et pillés une nouvelle fois.

En effet, rapporte MSF, du 15 au 18 février dernier, une première vague d’affrontements  qui s’est poursuivie en mars entre hommes armés a eu lieu sur l’axe Masisi-Nyabiondo-Lukweti, entrainant d’importants déplacements de population. Fuyant les affrontements, les populations n’ont eu pour autre choix que de fuir dans la brousse, sans moustiquaires, sans eau potable et avec peu de nourriture. Ces déplacés sont exposés aux maladies liées à la promiscuité, au manque d’hygiène, et au manque d’accès à l’eau potable.

            Face aux besoins urgents de toutes ces personnes, MSF, présente à Masisi-centre et à Nyabiondo, est rapidement intervenue en renforçant son équipe à Nyabiondo, où de nombreux déplacés s’étaient réfugiés, et en redémarrant ses cliniques mobiles hebdomadaires à Lukweti – dès que l’accès était de nouveau possible. Les Centres de Santé de Lwibo et de Lukweti se sont également vus remettre des kits de médicaments afin de pouvoir redémarrer leurs activités, mais le matériel a été pillé et les centres sont restés fermés pendant plus d’un mois.

            Andreas Spaett, Responsable logistique MSF présent lors des affrontements des mois de février et mars, témoigne des déplacements massifs de populations: « Plus de 2000 personnes ont trouvé refuge dans notre maison et dans le Centre de Santé de Nyabiondo que nous appuyons. On a dû réhabiliter les installations sanitaires, créer des points d’eau et distribuer des bâches pour toutes ces personnes. On a mis en place des comités d’hygiène, et créé des enclos pour les animaux que les personnes avaient amenés avec elles. C’était un vrai village, un havre de paix et de protection au milieu d’un conflit. »

            Durant le mois de mars, 24 blessés par balle et à l’arme blanche se sont présentés à l’Hôpital Général de Référence de Masisi et ont été ainsi soigné par MSF. Mais au-delà des blessés, les combats vulnérabilisent des populations entières. Délaissées, elles sont difficilement accessibles pour nos cliniques mobiles. En effet, les craintes de subir de nouvelles violences incitent les personnes déplacées à rester cachées et à ne pas se rendre aux centres de santé ou aux lieux des cliniques mobiles. Ainsi, quatre décès ont été signalés à l’équipe MSF lors de sa visite à Lukweti fin mars, faute de soins.

            « Le jeudi 19 février, on a fui dans la forêt, car les combats ont atteint notre village, raconte Myriam, une maman de 30 ans ayant fui son village au nord de Lukweti avec sa famille.  Tout le monde a fui, car les combats étaient graves. On a fui sans rien, j’avais juste les habits que j’avais sur moi, rien de plus. On est parti avec mes 7 enfants, mon mari et le reste de ma famille. (…) Dans la brousse, on n’avait pas accès aux soins de santé. Mon bébé est tombé malade, il vomissait, toussait et avait la diarrhée. Je n’avais rien pour le soigner et ça empirait. Quand je suis rentrée dans mon village, je suis tout de suite allée à Lukweti pour faire soigner mon enfant. Mais le centre de santé avait été pillé (…). C’est pareil à Lwibo, – il n’y a plus rien. Les infirmiers ont aussi eu peur, et ils ont fui avec nous.

            Les hospitalisations au Centre de Santé de Nyabiondo ont aussi été divisées par trois entre janvier et mars 2014 dû aux mouvements de population fuyant les combats, et les cas de paludisme compliqué enregistrés sur la même période ont augmenté de 84% par rapport à octobre-décembre 2013, une pathologie souvent liée aux conditions de déplacement. Les traumatismes liés aux conflits subis par la population sont aussi alarmants : au mois de mars, MSF a reçu au sein de ses structures 28 nouveaux cas de violences sexuelles.

            Des villages entiers ont également été victimes de pillages, et les maisons ont été brûlées. « Après quatre jours, les enfants étaient malades, ils avaient froid, ils avaient peur et on n’avait rien à manger, continue Myriam. On s’est dit que tant qu’à mourir, autant mourir dans son village, alors on est rentré. On est arrivé au village. Nos huttes étaient encore là mais ils avaient tout pillé. Tout le monde a perdu ses effets… »

            Depuis 2007, MSF soutient l’Hôpital Général de Référence de Masisi où elle offre des soins de santé primaires et secondaires gratuits. Elle a mené, depuis les conflits armés de février dernier, plus de 3330 consultations au Centre de Santé de Référence de Nyabiondo  où elle travaille également en appui depuis mars 2009 et intervient toujours dans le même territoire à Kilambo, Lwibo et Lukweti avec ses cliniques mobiles depuis février 2013.

Tshieke Bukasa

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