Crise sociale, insécurité et dialogue national : le président de la FEC fort pessimiste

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Le siège national de la FEC, à Kinshasa/ Photo Radio Okapi.Au terme d’une année marquée par quelques événements politiques majeurs, une crise sociale récurrente, une insécurité persistante, et l’incertitude du lendemain, le président national de la FEC a pris le temps de scruter la situation économique de la RDC, comme celle du monde en 2015, avant de proposer la vision de son organisation patronale, ainsi que des pistes de solution dont le mérite est de bousculer les inerties, afin de booster l’économie vers son rendement optimal.
«On ne peut faire mieux dans notre pays, a fait valoir le patron de la FEC, si nous ne partageons pas les mêmes convictions, ne défendons pas les mêmes valeurs et ne privilégions pas l’intérêt supérieur de la nation». A travers son mot de circonstance prononcé à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux de la FEC aux corps constitués, Albert Yuma Mulimbi est demeuré très critique dans son analyse, non sans rassurer. Car, comme il l’a dit lui-même, «le rôle de la FEC n’est pas de contester systématiquement, ni de s’opposer aux actions du gouvernement. Bien au contraire, la volonté de l’organisation patronale est de les accompagner en amont pour leur donner une chance de réussite sur le terrain».
Sur le plan sécuritaire, Yuma Mulimbi n’a pas manqué de déplorer les d’actes d’atrocités et de barbaries causés par les uns contre les autres, sous le prétexte fallacieux de rechercher un monde plus équitable au moyen d’actions terroristes, de luttes armées, d’enlèvements et prises d’otages.
A ce sujet, il s’est appesanti sur le sort cruel infligé à nos compatriotes de Beni, Lubero et Rutshuru, ainsi que du Sud-Kivu, Ituri et Haut-Uélé, quotidiennement victimes de massacres perpétrés par des hommes armés des FDLR, ADF Nalu et d’autres bandes armées. Il en a profité pour louer la bravoure de nos forces armées.
La sécurité étant la première demande de nos concitoyens, leur premier droit, un droit inaliénable à vivre sans crainte de pillages, de viols et de meurtres, le président national de la FEC demeure formel : «  sans sécurité, il n’est pas possible de se projeter dans l’avenir, mais seulement de survivre. »
«La stabilité politique, sociale et celle du cadre macro-économique, a relevé Albert Yuma, c’est aussi ce que demandent les milieux d’affaires qui, loin de querelles politiciennes, ne souhaitent que la prévisibilité pour pouvoir investir. A ce titre, la FEC exhorte le gouvernement à tout mettre en œuvre pour que l’Etat continue à renforcer son armée».
Des préoccupations majeures non prises en compte par les décideurs politiques
Jetant le pavé dans la mare, le président Albert Yuma a exprimé les préoccupations de la FEC. Le secteur privé, a-t-il soutenu, appelle à un Etat fort, appuyé par une administration forte, caractérisée par un recrutement et un système de promotion méritocratique. Tel a été le cas en Corée du Sud, en Chine et au Japon.
Quant au débat sur le dialogue politique inclusif, il a invité tout le monde, acteurs politiques et sociaux confondus, à y souscrire dans l’intérêt de la nation congolaise. Et cela pour ne plus revivre le cauchemar des pillages des entreprises et la destruction des outils de production de 1991 et 1993 aux conséquences désastreuses incalculables, dont la condamnation de nombreuses familles à la pauvreté et la misère totale jusqu’à aujourd’hui. Il n’a pas manqué d’évoquer les manifestations de rue de janvier 2015, subséquentes au climat de suspicion entre les acteurs politiques en rapport avec la modification de la loi électorale.
Sur le plan économique, la FEC a noté qu’en 2015, tous les indices sont restés en berne, avec trimestre après trimestre, la baisse des cours des matières premières et de la production industrielle. A titre d’illustrations,  Glencore a suspendu pour 18 mois les activités de la société Kamoto Copper Company. 1.200 travailleurs ont déjà reçu leurs décomptes finals. Sept autres sociétés minières viennent d’annoncer la réduction ou même l’arrêt de leurs activités. Il a cité Kimin SAS, Mikas, CDM, MMG, TFM et Boss mining.
Au regard de l’analyse du budget déposé et déclaré recevable par le parlement, il ressort que la réalisation des recettes escomptées est tributaire des mesures fiscales et administratives additionnelles qui, contredisent l’engagement du gouvernement à réduire le nombre des droits, taxes et redevances, et à simplifier les procédures de leur perception, en vue d’assainir le climat des affaires et des investissements.
La conviction de la FEC est que la pratique de modification récurrente  des lois fiscales par des lois budgétaires, qui prévaut désormais dans l’hémicycle du Palais du peuple, n’est pas conforme à la Constitution.
Les milieux d’affaires congolais restent persuadés que toutes les dispositions fiscales contenues dans les lois de finances depuis 2014 à nos jours, sont inconstitutionnelles. Et en termes de mobilisation des recettes du trésor, ces mesures ne peuvent avoir que des résultats à très court terme. A moyen terme, a affirmé le président national de la FEC, elles produiront, particulièrement dans un environnement comme le nôtre, caractérisé par un faible pouvoir d’achat de la population et un secteur informel très agressif, un ralentissement général préjudiciable à l’activité économique. «Ne gérons pas le pays à très court terme, a conseillé Albert Yuma Mulimbi. Car, sans investissement, pas d’emploi. Et sans emploi, pas de revenu. Et sans revenu, crises sociales !»
            Enfin, il a plaidé pour un dialogue public-privé «qui nous encourage à nous entendre, nous écouter et nous faire confiance, tout autant qu’il nous pousse à nous améliorer pour en nourrir la substance». C’est par ce message de conciliation» et d’apaisement que le président national de la FEC a enchainé avec ses vœux de Nouvel An à toutes les institutions républicaines, au corps diplomatique, à ses partenaires et au peuple congolais tout entier.               J.R.T.