Crise du Kasaï: l’hospitalisation la sauve de la décapitation subie par son mari

0
138

En fait, elles sont toutes des rescapées des massacres perpétrés dans certaines parties de leur province du Kasaï, au centre de la RD Congo, par des miliciens se réclamant du défunt chef coutumier Kamuina Nsapu.

Le 15 avril 2017, elle était hospitalisée dans un centre de santé près de la localité de Tshinota vers Kamonia, après avoir subi une intervention chirurgicale. Une cicatrice de près d’un centimètre traverse encore plus de la moitié de son ventre. C’est ce jour-là que
son village a subi l’incursion des miliciens Kamuina Nsapu. Le bilan s’est soldé par de nombreuses pertes en vies humaines, pillages des biens et incendie de cases.  Son mari et trois de ses enfants ont ainsi été tués à l’arme blanche.
« Moi, j’étais hospitalisée, opérée. J’avais 5 enfants et un mari.
Maintenant, je n’ai plus que deux enfants qui étaient avec moi à
l’hôpital. Les trois autres et mon mari ont été tués, aux dires de mes
voisins », commence à relater d’entrée de jeu Denise. « Que ferais-je
maintenant ? J’ai beaucoup de chagrin », s’interroge-t-il, amère et
dans un lingala approximatif. « Mes parents ne sont même plus là ! Que
ferais-je maintenant ? », répète-t-elle, comme parlant à elle-même.
Après avoir appris ce qui est arrivé à sa famille, Denise a dû
quitter le centre de santé avec des voisines. Le voyage pour Kamonia,
ensuite vers Tshikapa, était de tout danger. Il fallait évoluer
difficilement dans la brousse pour ne pas rencontrer des miliciens.
Les mauvaises rencontres se soldaient par des morts, voire des
décapitations. « Ce voyage dangereux a duré un mois et demi », précise
la veuve.
Son cri du cœur : un logis, la nourriture, des habits.  Après un
séjour dans une église Néo-Apostolique de Tshikapa où elle bénéficiait
de la modeste charité des pasteurs et voisins, Denise Ndekenya loue
depuis trois mois une petite case, pour 3.000 Francs Congolais
(environ 2 $ Us) de loyer. «Malheureusement, j’ai déjà un mois de
retard de loyer. Sans ustensiles de cuisine, ni à manger. En plus,
cette maison suinte terriblement. Dieu merci, cette aide de Caritas
arrive à point nommé », souligne-t-elle, soulagée, mais apparemment
sans grand espoir pour l’avenir. Les cicatrices de son opération
continuant à lui faire mal, elle a dû recourir à deux petites filles
voisines pour l’aider à porter les vivres reçus jeudi de la Caritas.
Pour rappel, jeudi 1er février 2018, Caritas Luebo a démarré la
distribution d’une aide en vivres et Articles Ménagers Essentiels
(AME) à 600 ménages déplacés et familles d’accueil, soit environ 3.600
personnes. Une preuve de la solidarité agissante de l’Eglise
Catholique à l’égard des victimes des atrocités des miliciens de
Kamuina Nsapu, ainsi que des affrontements les ayant opposés par la
suite à l’armée régulière.  C’est le fruit de l’Appel d’urgence
(EA29/2017) lancé par la Confédération Caritas Internationalis à ses
membres, à la demande de la Caritas Congo Asbl. Denise Ndekenya fait
partie de ces bénéficiaires.
Guy-Marin Kamandji
(Envoyé Spécial)