Crise diplomatique entre la Belgique et la RDC : Kinshasa dans la logique du pourrissement

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antoine-boyambaEst-on revenu à la situation de 1966 avec la menace du gouvernement Mobutu de sanctionner la Belgique par des mesures du gel des exportations des minerais congolais vers l’ancienne métropole ? Le gouvernement congolais n’avait pas apprécié  les discours de certains officiels belges considérés comme des accusations sans fondement à l’endroit des autorités de Kinshasa, dont entre autres, celui consécutif au procès expéditif suivi de la condamnation à la peine de mort de quatre acteurs politiques qui furent pendus sur la Place
publique du Pont Cabu. Il s’agissait alors des regrettés Alexandre Mahamba, Anany Jérôme, Emmanuel Bamba et Kimba Evariste, accusés d’avoir préparé un coup d’Etat contre le Chef d’Etat, le général Joseph-Désiré Mobutu.

Il s’en était suivi une escalade verbaux peu amène et une guerre des ondes entre Bruxelles et Kinshasa, qui aboutit au rappel des ambassadeurs et au gel des relations diplomatique. Kinshasa surprit le monde en menaçant de suspendre les exportations de cuivre, de cobalt
et de zinc vers les usines belges dont celle de Hoboken, spécialisée dans le raffinage de ces minerais. La même menace vise la nationalisation de l’Union Minière du Haut Katanga.  Quel tollé en Belgique et dans certaines capitales d’Europe et des Etats-Unis d’Amérique qui comptaient beaucoup sur ces minerais pour leurs industries de transformation ! Le Congo disposait alors des moyens considérables de pression politique et économico-financière sur
l’ancienne puissance colonisatrice. Car, non seulement la Belgique connut de nombreuses crises gouvernementales mais aussi le secteur industriel, économique et financier subit des remous très importants.

Le régime de Kinshasa observa une pause d’une année avant de procéder à une fausse nationalisation de l’Union Minière du Haut Katanga tout en maintenant des cadres de direction belges, faute d’expertise locale. Les minerais congolais allaient reprendre le chemin des usines de Hoboken suite aux pressions des milieux d’affaires belges sur la
classe politique congolaise.

De quels moyens de pression dispose aujourd’hui Kinshasa ?

En déclarant que « nous avons les moyens de sanctionner économiquement la Belgique »,  Antoine Boyamba, ci-devant vice-ministre chargé des Congolais de l’Etranger a-t-il évalué les
rapports de forces entre Kinshasa et l’ancienne puissance coloniale ?

Admettons que le principe de la réciprocité diplomatique peut conduire Kinshasa à réduire la durée des visas aux sujets et autorités belges en séjour en RDC, il saute aux yeux que la balance penche en faveur de ces derniers. D’autant plus que les autorités administratives et
politiques belges ne séjournent pas plus d’une semaine au Congo. Au cours des rares séminaires scientifiques, économiques et autres concernant les deux Etats, les délégués de Bruxelles dépassent très rarement six jours de séjour sur le territoire congolais. Ceux qui
résident en permanence en RDC, ce sont des religieux et religieuses qui bénéficient des visas de séjour permanent.

Mais en face d’eux, l’on ne compte plus le nombre effrayant des citoyens congolais qui recourent à mille et un stratagèmes pour rejoindre le Royaume de Belgique pour des raisons économico-sociales. Sans oublier des compatriotes victimes des maladies qui réclament des
infrastructures sanitaires et hospitalières adéquates que l’on ne trouve que chez les « Noko ».

La modicité des intérêts belges au Congo

Sur le plan agropastoral, économico-financier et industriel, le nombre des structures d’intérêts belges s’est fortement réduit depuis les fameux et inoubliables pillages de triste mémoire de 1991-93. En plus de ces vingt années de guerre des fausses rébellions qu’a subies le pays. A titre d’exemple, la Miba n’est plus que l’ombre d’elle-même, la Gécamines a été morcelée et ses infrastructures cannibalisées, la SNCC, la CMDC n’existent plus que de nom, plusieurs banques belges ont mis la clé sous le paillasson. Bref, les intérêts belges ont déserté la RDC pour des cieux plus cléments, comme l’Asie, les Etats de l’Afrique Occidentale, l’Amérique du Sud, du Centre et du Nord ainsi que certains Etats de l’Europe Centrale et de l’Est.

En toute honnêteté, la RDC dispose actuellement de peu des moyens de pression pour sanctionner la Belgique, Antoine Boyamba devrait revoir ses calculs, à moins de se lancer dans une logique de pourrissement aux conséquences plus fâcheuses pour les Congolais que les Belges.

Castro