Le cri d’alarme de Delly Sesanga : la paix civile est rompue au Kasaï

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Delly Sessanga. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo1.  Depuis plus 6 mois, des faits d’une violence inouïe, aux allures des massacres se  déroulent, dans la quasi-indifférence, au KASAI-CENTRAL. De son épicentre situé dans  le territoire de DIBAYA, la violence s’est étendue à la Ville de KANANGA, ainsi qu’aux  territoires voisins de KAZUMBA, LUIZA, DIMBELENGE, dans la Province du KASAI CENTRAL, et au-délà dans les Provinces du KASAI, du KASAI ORIENTAL et de LOMAMI  dans les villes et territoires respectifs de TSHIKAPA, de MIABI et de KABEYA  KAMWANGA, de KAMIJI et MWENE-DITU.
2.  L’extension de la zone de conflit, l’escalade de la violence, la recrudescence des morts et des victimes, le déplacement des populations s’enracinent. La récupération des thématiques initiales par des revendications politiques globales expose la province à une lente décomposition et menace, à très court terme, les fondements de la paix et du vouloir-vivre ensemble pouvant mener à la résurgence des conflits d’un autre âge. Et, pourtant, il ne s’est agi au départ que d’un conflit personnel entre l’autorité provinciale et coutumière, mais mal géré par les Institutions provinciales et le Gouvernement central, qui ont réciproquement entretenu, à différentes époques, la déstabilisation et l’instrumentalisation du pouvoir coutumier à des fins politiques.
3. La paix civile est aujourd’hui rompue au Kasaï! Il y règne un climat lourd d’état de siège non déclaré, qui ne dit pas son nom. La mort et la désolation assaillent nos populations. La persistance de cette situation est au surplus la résultante de l’inadéquation des moyens utilisés pour rétablir l’ordre public, restaurer la quiétude ainsi que la concorde intérieure au sein de la province.
4.  Tout en déplorant la dégradation de la situation sécuritaire dans cette partie du territoire national et la catastrophe humanitaire, avec sa cohorte des malheurs; je dénonce le manque de diligence des pouvoirs publics dans la prise en charge politique de cette question; je dénonce l’incompétence des Institutions provinciales, aujourd’hui dépassées pour gérer correctement la crise; je dénonce la sur-réaction répressive du pouvoir central qui enlise et contribue à la persistance du conflit;
5.  La préférence spontanée de la force par le recours aveugle et systématique à la répression des hordes d’enfants mal équipées, afin de régler la question, ne constitue pas une solution. Dans un contexte opérationnel caractérisé par une assymétrie des forces en présence, l’emploi de la force publique mène irréversiblement à des abus et à son usage disproportionné provoquant la désolation et accentuant la méfiance des populations envers les Institutions publiques, méfiance qui alimente indirectement sa propagation. Rivées à la pauvreté, ces populations sont  désormais minées par l’abandon des pouvoirs publics
6. Pour résoudre le problème, j’en appelle à un plan intégré de sortie de crise qui prend en compte:
a) La désignation des nouveaux animateurs des Institutions provinciales afin d’assurer dans la neutralité la mise en oeuvre d’un plan de sortie de crise;
b) Le lancement, sans délai, d’un dialogue franc et constructif avec la famille régnante du Grand Chef KAMUINA NSAPU MPANDU en vue de restaurer sa dignité auprès de la population par l’organisation des funérailles, conformes aux us et coutumes des BAJILA-KASANGA;
c) Le remplacement des responsables provinciaux des services de sécurité, à savoir: ANR, PNC, DGM, DEMIAP;
d) La véritable implication des notables, élus et responsables de la province, dans la sensibilisation des populations à un plan intégré de sortie de crise;
e) Le déploiement d’un plan d’urgence humanitaire pour indemniser les victimes, aider les blessés et les populations déplacées suite aux violences;
f) La Constitution d’une Commission politique devant largement travailler avec la Commission provinciale d’arbitrage des conflits coutumiers afin de régler définitivement cette question et donner des pistes de solutions à moyen et long terme pour résorber les nombreux cas des litiges et conflits coutumiers entretenus et instrumentalisés pour des fins politiques.
            Par ailleurs, la mise en oeuvre urgente de l’accord politique du 31 décembre 2016 devrait également contribuer à engendrer la décrispation de la situation dans la Province, en procédant notamment à la libération des personnes arrêtées du fait du phénomène KAMUINA NSAPU comme le cas du Chef KABEYA LUMBU.
            Nous lançons un appel pressant au Vice-Premier, Ministre de l’Intérieur et Sécurité, d’engager sans attendre la mise en oeuvre des recommandations politiques formulées lors des diverses consultations entreprises à son Ministère sur cette situation.
            A cette étape, nous en appelons surtout à l’implication personnelle du Président de la République, comme garant du bon fonctionnement des Institutions, pour que le plan intégré de sortie de crise soit mis en oeuvre et que la Paix civile soit restaurée dans cette partie de la République.
Il est encore possible d’agir. Ne remettons plus à demain ce qui est possible d’accomplir à moindre frais dès aujourd’hui.
 
Fait à Kinshasa, le 12 février 2017
Hon. Dell Sesanga,
Député national