Crash du Bombardier de la Monuc Ndjili : l’hypothèse d’une météo dégradée en chantier

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La recherche de la véritable cause du crash du Canadian Regional Jet 10E (CRJ10E) immatriculé 4L-GAE de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo (MONUSCO) survenu à l’atterrissage, lundi 4 avril dernier à 12 heures 56 TU soit une heure de plus à Kinshasa, sur la piste 24 de l’aéroport international de N’djili préoccupe autant les experts géorgiens que congolais de l’aéronautique civile. On en veut pour preuve la descente sur terrain effectuée, hier mercredi 13 avril, par une forte délégation composée de plusieurs experts ; notamment ceux de l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC) de la République Démocratique du Congo et de la Géorgie, ceux de l’assureur géorgien du Bombardier accidenté et de la MONUSCO qui l’exploitait ainsi que ceux  de la Régie des Voies Aériennes (RVA), gestionnaire du site et du Ministère des Transports et Voies de communication.

Bref, l’équipe était constituée de toutes les parties impliquées de loin ou de près dans cet accident. Ils ont procédé, pendant près de trois heures, à l’assemblage des débris de l’avionique qui seront envoyés dans les tout prochains jours au Bureau Enquêtes et Analyse (BEA) de Johannesburg en Afrique du sud pour analyse. De l’autre côté, une source digne de foi signale que les aiguilleurs du ciel de la RVA, particulièrement ceux qui ont pris en charge le Bombardier de la MONUSCO dans la phase critique et finale de l’atterrissage, ont été entendus le même mercredi par les membres de la Commission d’enquête instituée pour élucider les circonstances du crash de Ndjili. Pour ne pas faire un travail à moitié, les sapeurs-pompiers de l’aéroport international de Ndjili, présents lors de la tragédie, ont également été auditionnés. Plus d’un membre de la Commission d’enquête a salué la bravoure et le professionnalisme de cette police de feu de la plaine d’aviation de N’djili qui ont permis de récupérer une partie de la carlingue, les dépouilles mortelles et le seul survivant du crash.

Bien qu’encore insuffisants, les différents éléments récoltés mercredi 13 avril  auprès des contrôleurs du trafic aérien et des sapeurs- pompiers, témoins directs du crash du Bombardier de la MONUSCO permettent déjà d’avoir une idée de ce qui est arrivé au commandant de bord Martashvili Vasil et à son équipage pendant les derniers moments. Un autre avantage qui s’offre aux enquêteurs, c’est le fait que les boîtes noires de l’avion accidenté ont été retrouvées dans les décombres. Leur décryptage va aider,  à coup sûr, à faire avancer l’enquête pour faire clore la vérité. En effet, l’un de ces enregistreurs de vol, à savoir le Cockpit Voice Recorder (CVR) emmagasine toutes les communications des membres d’équipage pendant le vol et celles entre ces derniers et la tour de contrôle, l’heure exacte de chaque intervention et en plus, retranscrit les conversations radio entre l’équipage et la tour de contrôle. Il permet donc  de reconstituer les dernières minutes du vol dans la cabine. Son jumeau, le Flight Data Recorder (FDR) enregistre, quant à lui, les paramètres du vol dont la vitesse, l’altitude, les puissances des moteurs et l’angle d’incidence et permet ainsi aux enquêteurs de retracer avec précision le déroulement  du vol jusqu’à la dernière minute.

UNE METEO TRES DEGRADEE !

Le temps reste un élément imprévisible en aviation et le crash du Bombardier de N’djili serait dû à une pénétration malencontreuse de cet avion dans un vent violent en finale. Seuls les enquêteurs le confirmeront ou l’infirmeront à l’issue de leurs investigations. Mais il est connu dans le monde aéronautique que depuis les temps des pionniers jusqu’à la mondialisation de l’avion, le vent est un élément à craindre. Il suffit de poser la question à tout aviateur pour en être suffisamment édifié. L’auteur du livre « La Caravelle » (Paris, Editions G.P., 1959), Saint Marcoux le qualifie même de l’ennemi de toute prouesse aérienne, de bandit de grand chemin car il ne s’annonce pas et est capable de dégâts énormes. En effet, il est rapporté par des sources présentes lors de l’occurrence du Bombardier de la MONUSCO que lorsque l’avion a terminé son approche finale et s’est aligné sur l’axe de la piste 24 de l’aéroport international de N’djili, la météo s’est dégradée  brusquement et un vent d’une force de 25 nœuds, soit 50 kilomètres s’est mis  à souffler d’abord du sud vers le nord. Puis en une fraction de seconde, il a changé de direction en soufflant du nord vers le sud. Du coup, la visibilité s’est sensiblement réduite de sorte que quand l’avion a été  transféré par les contrôleurs de l’approche, qui avaient en charge cet aéronef, à ceux de la tour de contrôle, ces derniers ne l’avaient pas en vue. Ce qui était curieux tout de même. A la tour de contrôle, les avis s’accordent pourtant que le pilote avait bien reçu les messages. «Bien reçu, bien reçu, bien reçu » seraient ainsi les derniers mots de feu le commandant de bord Martashvili Vasil.

Le crash du Bombardier de la MONUSCO rappelle celui survenu le 2 juillet 1994 à un DC 9-31 de l’US Air, immatriculé N954VJ à l’aéroport de Charlotte Douglas aux  Etats Unis d’Amérique et dans lequel périrent 37 personnes sur 62 passagers. Le rapport d’enquête a déterminé quatre causes, notamment la décision erronée de l’équipage de poursuivre l’approche dans un orage violent, son incapacité à détecter un cisaillement de vent et d’appliquer les procédures correctes pour en sortir. En effet, lors du décryptage de la boîte noire, il avait été noté l’ordre du pilote au copilote de repousser la manche au moment critique alors que le contraire l’aurait évité le crash mais surtout le manque d’information météo fiable fourni par le contrôle aérien.

M. I. Issa

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