Crash de l’A310 de Servair Cargo à Mbujimayi : les enquêteurs sur plusieurs pistes

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Crash2Quelques membres de la commission d’enquête mixte devant déterminer les causes probables ou réelles du crash de l’Airbus 310 de Servair (ex Service Air) Cargo, immatriculé 9Q-CVH, survenu jeudi 24 décembre sur la piste de l’aéroport de Bipemba sont déjà présents à Mbujimayi. Le Directeur du Bureau Enquête et Accident (BEA) de la République Démocratique du Congo, Disanzame, est arrivé au chef-lieu du Kasaï Oriental  depuis samedi 26 décembre et y a été rejoint hier dimanche 27 décembre par le Directeur technique de la Régie des Voies Aériennes (RVA), Bertin Ngaki. En effet, des experts en aéronautique civile recommandent la prudence et plus de rigueur à cette commission en vue de bien diligenter cette enquête, au risque de se perdre devant plusieurs hypothèses.

Il s’agit d’abord de celle de la météorologie dégradée, évoquée au cours d’une conférence de presse animée vendredi 25 décembre à Kinshasa par le Directeur des vols de Servair Cargo, Christian Bila. Celui-ci a déclaré devant la presse que « l’accident de son avion à Mbuji-Mayi a été causé par le mauvais temps (orage) », avant de déplorer les pertes en vies humaines et de promettre l’accompagnement et l’aide aux familles des victimes de ce drame. Il s’est ressaisi en indiquant que  « les raisons exactes de cet accident seront connues après une enquête ». Il a martelé : « Ce n’est pas un crash, qu’on se le dise. C’est une sortie de piste. Et les raisons de cette sortie de piste seront exactement discutées lors de l’enquête ».

          Il s’agit ensuite d’une hypothèse liée à la première, à savoir la contamination de la piste. Celle-ci était mouillée. Or, à ce sujet, des experts aéronautiques font remarquer que si les conditions météo se détériorent, il n’existe pas de procédure particulière pour déterminer la nouvelle distance d’atterrissage nécessaire. Etait-ce le cas du vol de Servair Cargo ? Il revient à la commission d’enquête de creuser davantage cette piste. Des témoins présents à l’aéroport ont cependant affirmé après l’accident que l’appareil s’était posé au milieu de la piste, c’est-à-dire après avoir avalé une bonne partie de celle-ci.; Ce qui a conduit l’avion à faire une sortie de la piste. Cette question a été abordée par la direction de Servair Cargo lorsque  Christian Bila a relevé le professionnalisme des pilotes de sa compagnie, non sans démentir l’avis des témoins. Pourtant, dans ce genre de cas, il est conseillé à l’équipage de remettre le gaz et de refaire une autre approche pour venir poser l’avion à  partir de la zone de toucher des roues.

          Il est question également de la distance d’atterrissage homologuée qui conduirait au problème de freinage. A ce sujet, les avis des professionnels sont unanimes : la règle est que la piste doit être au moins égale à la distance homologuée multipliée par 1,67 si elle est sèche et par 1,92 si elle est mouillée. Cela sous entend que les distances à parcourir par les avions sont affectées à l’atterrissage par la hauteur de l’eau variant entre 3 à 6 mm ou entre 6 à 13 mm, selon le type d’aéronef. A titre d’exemple, la piste est contaminée à partir de 3 mm d’eau lorsqu’il s’agit d’un Airbus 340-313, tandis que pour un Cessna Citation, elle l’est à compter de 0,25 mm d’eau (c’est-à-dire qu’une piste est contaminée pour un Cessna Citation avec 2 mm d’eau, mais pas pour l’Airbus). C’est à ce niveau qu’intervient le problème de la vitesse à laquelle le pilote a engagé l’atterrissage et le problème de freinage l’ayant conduit à l’aquaplaning. Logiquement, si le pilote avait avalé une bonne partie de la piste et tenu coûte que coûte à poser son zinc, il avait de fortes chances de se retrouver hors piste, même avec de bons freins, à cause de la contamination de cette dernière. Tel que cela est arrivé. C’est ce qui explique peut-être que Servair Cargo ait pris aussi les devants en l’évoquant. « Nos freins sont corrects et il n’y a pas de problème de ce côté-là. Donc, il y a plus un problème de météo qui est externe à l’avion », a soutenu sans ambages le directeur des vols de Servair Cargo.

Il n’en demeure pas moins que le crash de l’A 310 de Servair Cargo a causé des dégâts collatéraux énormes, soit la mort de 11 personnes au sol et la destruction des habitations. En plus, l’avion a subi des dommages importants et  qu’il serait irrécupérable, de l’avis des experts de la RVA contactés par Le Phare. Ce n’est pas la première fois que Servair Cargo connaît des problèmes sur la piste de Bipemba. Le 24 janvier 2006, l’AN 12 de cette compagnie, opérant encore sous le nom de Service Air, immatriculé 9Q-CER, en provenance de Kinshasa, s’est crashé sur la même piste. L’avion s’est très mal posé en cassant le train principal et le train avant sur la piste 17 à la suite d’un cisaillement de vent. Mais il avait été constaté, après l’enquête, que l’avion a connu une panne du circuit hydraulique consécutive à un entretien mal assuré.

          Le crash de l’A 310 de Servair Cargo rappelle celui du Boeing 727 de la compagnie minière  MIIBA survenue à Kindu, chef-lieu du Maniema le 31 octobre 2005. En approche à Kindu, la tour de contrôle avait conseillé à l’équipage soit de se dérouter sur Kisangani, comme venait de le faire l’avion de la MONUSCO à cause du mauvais temps après deux tentatives vaines, soit d’attendre que la météo s’améliore s’il avait beaucoup de carburant. Contre toute attente, l’avion s’est posé après avoir avalé les deux tiers de la piste totalement mouillée pour aller finir sa course plus loin après avoir cassé le train d’atterrissage et les flaps de deux côtés. L’on avait toutefois apprécié la bravoure et le professionnalisme de l’équipage pour avoir  évité de justesse dans la folle course de l’aéronef au-delà de la piste des trous de fusiliers du Groupe spécial de sécurité présidentielle afin de ne pas les écraser sur l’axe de la piste. Cet accident aérien rappelle par ailleurs le crash de Toronto au Canada, survenu mardi 2 aout  2005 à l’A 340 du vol d’Air France AF 358 en provenance de Paris qui est arrivé sous  des orages violents pour atterrir sur une piste mouillée. L’avion a quitté la piste en restant dans l’axe sur 200 m avant de tomber dans un fossé et prendre feu, sans faire des victimes. Le secours a réussi à évacuer les 297 passagers et 12 membres d’équipage.

  1. ITABU ISSA