Couverture médiatique des élections : les journalistes congolais à l’école déontologique

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IMG_5310L’hôtel Venus accueille, depuis hier lundi 4 mai, les premières journées déontologiques de la presse congolaise sur le thème : « Les défis éthiques et déontologiques des journalistes et médias pour des élections apaisées en RD Congo ».

Pendant trois jours, soit du 4 au 6 mai 2015, les professionnels des médias réfléchissent sur le comportement à observer en période électorale.

Co-organisées par l’UNPC (Union nationale de la presse du Congo), l’OMEC (Observatoire des médias congolais), et JED (Journaliste en danger), les premières journées constituent l’occasion pour les journalistes congolais de s’interroger sur leur rôle et la responsabilité en vue de préserver la paix ou mieux contribuer à la création d’un climat apaisé durant le processus électoral.

Dans son mot de bienvenue, le Secrétaire général de JED a souligné la nécessité de réfléchir déjà sur un comportement à adopter par les journalistes et les médias. Car, a-t-il indiqué, les élections sont au centre de l’actualité en République Démocratique du Congo.

            Pour Tshivis Tshivuadi, l’organisation de ces journées se situe dans le cadre de la recherche des voies et moyens de préserver la paix et la stabilité de notre pays dans la perspective des élections qui pointent à l’horizon.

La RDC est un pays post-conflit où la paix est encore fragile, alors que les médias sont en boom numérique extraordinaire, et parfois politisés à souhait ou trop peu autonomes au plan financier. La vigilance s’impose. Autrement dit, une attention toute particulière mérite d’être accordée à la situation de la liberté d’expression et de presse, et à l’attitude que les médias devraient adopter en vue de contribuer à l’organisation des élections dans un climat apaisé.

            « Pour y parvenir, ces journées déontologiques de la presse congolaise se proposent de mettre ensemble, autour d’une même table, les représentants de l’autorité politico-administrative et judiciaire, impliqués dans le processus électoral, ainsi que les représentants des médias et de la société civile, afin de les sensibiliser à la nécessité de respecter et de faire respecter la liberté de presse et de créer les conditions d’une couverture adéquate et la plus objective possible des élections en cours », a déclaré le Secrétaire général de JED.

            En outre, il a indiqué que la tenue de ces journées fait suite à la publication, par la Ceni (Commission Electorale Nationale Indépendante), du calendrier global des élections. Dès lors, on assiste à des débats dans les médias. Pourtant ces derniers, affirme-t-il, constituent des acteurs de premier ordre dans le processus électoral. D’où des questions méritent d’être posées sur leur responsabilité dans le but de contribuer à l’organisation des scrutins dans un climat apaisé.

            Parmi ces questions, il y a celles relatives à l’intrusion des hommes politiques dans les médias, à la viabilité économique des organes de presse, au professionnalisme des journalistes et à la sécurité des professionnels des médias pendant la période électorale.

            C’est pourquoi, les présentes assises doivent constituer un lieu d’un débat ouvert réunissant des journalistes, la société civile, les partis politiques, et le gouvernement. A cette occasion, chacun pourra faire un examen de conscience sur sa responsabilité dans la création d’un climat apaisé pendant les élections voulues libres, transparentes, et apaisées.

            Par ailleurs, il a déploré la situation peu reluisante dans laquelle évolue la presse congolaise.

            « Tous les rapports publiés par nos différentes organisations démontrent si besoin en est que la presse congolaise évolue dans un contexte de grande précarité. Qu’il s’agisse des cas de violences que subissent des professionnels des médias ; qu’il s’agisse de la santé économique et financière des entreprises ou des organes de presse qui les utilisent ; qu’il s’agisse du cadre légal de l’exercice du travail de journaliste, etc. beaucoup de choses restent à faire et devraient interpeller en premier lieu les dirigeants politiques congolais qui se transforment parfois en donneurs de leçons de la presse ».

            Pour clore son propos, Tshivis Tshivuadi a aussi attiré l’attention des autorités sur la sécurisation des professionnels des médias qui travaillent dans un environnement généralement hostile.

            Aux journalistes, il a rappelé qu’ils feront bientôt face aux tensions politiques pré-électorales, surtout que cela s’accompagne souvent d’actes d’intolérance dans un contexte miné par l’impunité.

Le plaidoyer de Boucart Kasonga pour les journalistes

            A son tour,  le président national de l’UNPC Joseph Boucart Kasonga Tshilunde a fait un véritable plaidoyer pour interpeller les décideurs sur le sort des journalistes. C’est-à-dire libérer ceux qui sont en prison à l’instar de Mike Mukebayi de « Congo News », poursuivre et juger les auteurs des assassinats perpétrés à l’endroit des professionnels des médias.

            « …Cette année encore, la lutte pour la liberté de la presse nous paraît plus raboteuse qu’elle ne le fut auparavant. Nous devons nous battre encore davantage pour briser toutes les chaines de la censure et de l’autocensure nous imposées.

Ainsi donc, nous lançons aux détenteurs du pouvoir d’Etat et du pouvoir d’argent ce qui est retenu par l’ONU et l’UNESCO comme thème de la Journée Internationale de la liberté de la presse pour 2015, à savoir : « Laisser le journaliste progresser ».

            Aujourd’hui, au fur et à mesure que nous avançons inexorablement vers la tenue des élections que les uns et les autres veulent, sur le bout des lèvres, libres, transparentes et apaisées, la liberté de la presse se sent menacée. Tout est fait pour bloquer la progression du journalisme ».

            Il a rappelé qu’un appel a été lancé en 2013 au Chef de l’Etat pour se pencher lui-même sur le dossier lié notamment à la sécurisation des professionnels des médias. Que l’arbitraire cesse, afin de permettre aux médias de jouir pleinement de leur liberté, et que le tribunal des pairs prenne en charge les dérapages des hommes et femmes des médias.

            « En attendant, les médias continuent d’être fermés, les journalistes emprisonnés, traqués, intimidés, vivant clandestinement. Depuis 2011, le signal de CANAL FUTUR est coupé, de même que celui de RLTV en 2012, ainsi que le quotidien LE JOURNAL suspendu pour une durée indéterminée.

            En 2013, trois radios et une télévision de Beni au Nord Kivu, à savoir : radio LIBERTE (RALIB), radio GOMA Fm et radiotélévision RWANZURURU (RTR) n’émettent plus. La RT JUA de Lubumbashi et la radio ESPOIR de FURU à Butembo sont réduites au silence.

Cette année, la télévision CANAL KIN, la radiotélévision catholique Elikya (RTCE), ainsi que les trois radios communautaires de Moanda au Kongo central, à savoir : radio télé Boma, radio associative Kisalu et la radio télé communautaire de Moanda sont malheureusement venues s’ajouter à cette liste macabre.

            C’est ici le moment de rappeler que notre confrère Mike MUKEBAYI croupit à la prison centrale de Makala où il purge une peine de onze mois pour avoir usé de sa liberté d’écrire, … », a insisté le président national de l’Unpc en guise de plaidoyer pour que justice soit rendue aux membres de la confrerie.

   Il importe de signaler que bien avant, le président de l’Unpc/Kinshasa Jean Marie Kasamba a souhaité la bienvenue aux participants aux assises qui se tiennent dans sa circonscription.

            Le Représentant de l’Unesco s’est également exprimé à cette cérémonie d’ouverture.

C’est le président du CSAC Tito Ndombi qui a procédé, à la place du Premier ministre empêché, à l’ouverture officielle des travaux des premières journées déontologiques de la presse congolaise.

   Dom