Cour Constitutionnelle : Kengo impose Bokona

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20 minutes ont suffi au président du Sénat, Léon Kengo, pour imposer François Bokona aux députés et sénateurs réunis en Congrès le vendredi 11 mai 2018 au Palais du Peuple, comme nouveau juge à la Cour Constitutionnelle. Le nouvel élu remplace à ce poste le professeur Eugène Banyaku Luape, démissionnaire depuis le lundi 09 avril.

Jusque-là président de la Commission Politique Juridique et administratif (PAJ), celui qui a décroché tout récemment son doctorat en droit, passe du côté de cette haute juridiction chargée de départager les personnes physiques et morales au sujet de la constitutionnalité ou non des textes légaux et, le cas échéant, agir comme juge naturel du Chef de l’Etat.

Ainsi que le redoutaient nombre d’acteurs politiques et
d’observateurs, cette désignation ne s’est pas passée dans la
transparence. Le président du Sénat a laissé la triste impression
d’avoir reçu, de quelque part, la consigne d’opérer un passage en
force.
La preuve en est que le député Delly Sesanga, qui a sollicité une
motion en vue de contester le vice de procédure commis par le numéro
un de la chambre haute du Parlement, a rencontré une fin de non
recevoir de la part de ce dernier.
Selon l’auteur de la motion étouffée dans l’œuf, qui s’est confié aux
médias dans les couloirs du Palais du Peuple, le tirage au sort retenu
comme mode désignation des juges de la cour Constitutionnelle pour
garantir leur indépendance a été superbement ignoré par le président
du Sénat, ce qui constitue, à ses yeux, une grave violation de la
Constitution.
Le choix expéditif de François Bokona, qui représente l’aile dure de
la Majorité Présidentielle, est fort critiqué par l’Opposition qui
soupçonne la planification d’un coup de force de la famille politique
du Chef de l’Etat, visant à faire rebondir ce dernier pour la course à
la présidentielle de 2018, à travers un Arrêt remettant le compteur à
zéro, sur pied de la disposition constitutionnelle ayant ramené, en
janvier 2011, l’élection présidentielle de deux à un tour unique.
On se rappellera que ce même député/MP, en sa qualité de président de
la Commission Politique, Administrative et Juridique de l’Assemblée
Nationale, qui avait fait adopter à cette institution, en janvier
2011, l’article 8 de la loi électorale qui conditionnait la tenue des
élections à l’organisation d’un recensement général de la population,
rejetant au passage tout amendement du texte.
Ladite loi, jugée liberticide, fut à la base des manifestations
populaires très violentes, réprimées dans le sang par les forces de
l’ordre mais finalement génératrices d’une panique telle, au sein de
la majorité au pouvoir, que celle-ci dut faire marche arrière et
renoncer à l’option du recensement général.
La désignation expéditive de Bokona intervient au moment la majorité
affiche, à travers plusieurs de ses lieutenants, ses intentions de
soutenir la candidature de son a « Autorité morale » à un troisième
mandat à la tête du pays.
ERIC WEMBA